INTRODUCTION
Les produits exotiques, qu’on désigne généralement sous le nom de « cultures riches », le tabac, le thé, le café, le cacao, les épices (vanille et poivre), etc., sont devenus des denrées de consommation journalière jusque dans les hameaux les plus reculés. Et, comme nous pouvons nous les procurer prêts à l’usage, nous som mes très mal renseignés sur leur nature, nous sommes indifférents à leur origine, nous ne connaissons pas les difficiles problèmes qu’ils soulèvent ni leur importance pour la richesse de nos colonies. C’est contre cette indifférence et cette ignorance qu’il faut réagir, en dépit des jugements sévères et, nous le démontrerons, inexacts, que de savants économistes ont portés sur les cultures riches, les qualifiant d’artificielles, de précai-
res, de décevantes à la fois pour les planteurs et pour
les colonies elles-mêmes. Il faut réhabiliter, au contraire, cesser de tenir en suspicion ces denrées dont la France fait une consommation annuelle de plus de deux cents millions de francs, il faut les soustraire à l’œil fureteur et aux mains rapaces d’une fiscalité déprédatrice, il faut lancer nos colonies dans la voie de leur culture en grand et assurer à la production coloniale le marché de la métropole. Cette politique agricole n'offre, nous le verrons, que des avantages : pour les planteurs, des bénéfices considérables ; pour les colonies,une magnifique moisson de richesses, alors qu’actuellement elles envoient en France à peine pour huit ou dix millions de francs de ces denrées; pour la métropole, de nouveaux marchés commerciaux, d’autant plus larges et plus productifs que les colonies lui vendront davantage. Comme l’a démontré en effet J.-B. Say, les produits s’échangent avec les produits, autrement dit, les colonies paient avec leurs denrées naturelles. Toute l'importance du commerce repose done sur la quantité de ces produits que les colonies peuvent échanger ; et il est d’une sagesse élémentaire de pousser le plus possible ces dernières à la production, les besoins étaient considérables et le débouché assuré. Malheureusement, il y a eu chez nous, à toutes les époques, un certain écart entre l'intérêt manifesté au principe et la part prise à l’ouvrage. Avec notre politique d’entrain passionné pour la conquête et d’expectative indolente pour la mise en rapport, nos colo-
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nies inexploitées industriellement et commercialement ne vont pas se développer toutes seules. Il faut aujourd’hui une politique agricole : la simple récolte des richesses végétales n'est pas suffisante pour amener la prospérité durable ; et, si pendant des siècles les végétaux indigènes d'un pays ont suffi amplement aux besoins de ses habitants, ils ne pourront alimenter pendant longtemps un commerce d’exportalion, à moins que, par la culture, on n’arrive à en augmenter et surtout à en régulariser le rendement. Au premier rang parmi les cultures à développer, sont précisément les cultures riches. Nos efforts doivent tendre à dériver sur nos colonies une partie des capitaux que nous plaçons avec tant d’élan à l'étranger, à encourager l’initiative privée, à remettre en honneur la pratique des grandes affaires, à l’égard desquelles il est de mode d’affecter un éloignement pudibond (quelle folie en effet de considérer comme un spéculateur tout homme qui consacre son intelligence à créer de la richesse !) à nous pénétrer enfin profondément de cette idée, que pour donner un vigoureux essor aux cultures riches, si dangereuses pour le petit colon sans expérience et sans argent, rien ne peut se faire sans la puissante association du capital, du travail, de Ja science, de la sagacité administrative et commerciale, le tout, bien entendu, en dehors des tracasseries de l'État, des sub-
tilités juridiques, et des barrières douanières.