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mal affreux qui inspira à Cicéron une telle crainte, que l'illustre orateur lui préféra la mort !
Seuls les bateaux de faible tonnage souffrent encore des mauvais temps et des tempêtes. Ceci est si vrai que jadis, certains navires ventrus et massifs, de vitesse réduite, destinés au transport des chevaux d’Angleterre en Amérique, avaient la faveur des passagers; malgré leur ligne inélégante et leur lenteur, ils étaient stables sur l’eau et l’on n’éprouvait pas le mal de mer à leur bord. (Exemple cité par le Dr Clerc qui, dans les Archives de Normandie (oct. 1920) a soutenu la thèse qu’il fallait attendre la diminution ou la disparition des cas de mal de mer, des progrès de la stabilité des navires).
Le médecin pourra donc conseiller aux malades, sans craindre pour eux le mal de mer, paquebots et cargos réalisant un certain tonnage, et cela d’autant plus que les itinéraires choisis traverseront des mers clémentes.
Le charbonnage, nécessité moderne, constituait un autre inconvénient considérable qui pouvait faire reculer certains, dans la pratique des cures en mer. — C’est une opération très désagréable; la poussière noire s’infiltre partout, rendant le séjour très pénible pour les passagers et pour les malades.
Or, à l’heure actuelle, le problème se trouve résolu par le chauffage au mazout de la plupart de nos unités, ce qui a supprimé également cette fumée épaisse et noirâtre si désagréable en mer.
Enfin, une objection essentielle ne manquera pas d’étre soulevée : le prix élevé de ces cures; les frais qu’elles entraînent ne risquent-ils pas de les rendre inabordables pour le plus grand nombre ?
Leone
En réalité, ces voyages sont-ils vraiment plus coûteux qu’un séjour dans une ville d’eaux ?
Guillerm rapporte le cas d’un de ses amis qui, ayant fait le tour du monde sur un navire, avait auparavant séjourné dans un sanatorium suisse où, au cours du change, la journée lui était revenue à près de trois fois plus chère que celle passée en mer.
Durant ces dernières années, nous avons vu se généraliser les voyages en mer et les croisières ont eu une grande faveur; tous ceux qui les ont effectuées en sont revenus enthousiasmés : grand air, confort moderne, nourriture saine, variée et abondante y ont contribué : serait-ce une utopie de croire maintenant à la prochaine organisation, sur des navires, de croisières sanitaires à
la portée de toutes les bourses ?
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Technique des cures hélio-marines
par les voyages en mer
Toutefois, les ressources thérapeutiques des cures hélio-marines, incomparables par leur diversité comme par leur puissance d’action, resteraient un vain mot et même une sorte de chimère trop merveilleuse pour être possible si, comme la chose se passe actuellement, on se contentait de regarder ces séjours en haute mer comme un luxe permis seulement à des fortunes élevées.
Pourtant, nous médecins, qui assumons en conscience la charge de soigner nos malades par tout ce qui est en notre pouvoir, laisserions-nous, pour quelques inconvénients, tomber dans l’oubli un moyen de guérison dont les avantages sont immenses, et notre devoir n'est-il pas de dégager ces cures marines de cette trame d’erreurs et de légende qui suffit à en empêcher toute réalisation pratique ?
Sans doute ces cures se heurtent dans leur réalisation à des obstacles considérables; la lutte contre les grands fléaux sociaux en présentait encore davantage. Pourtant par des méthodes, peut-être hardies, en tous cas
réfléchies, nous avons pratiquement éliminé la plupart
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de ces maladies redoutables, qui dans le passé semblaient incurables.
De même les bienfaits de la haute mer sont trop grands, ses indications trop nettement dégagées pour que l'hygiène sociale n'arrive bientôt à tourner les difficultés et en tirer par Ià même un profit considérable.
La société, qui n'a pas reculé à engager des sommes énormes pour lutter contre les maladies en créant sanatoria, dispensaires, ne saurait se refuser à exploiter les trésors de vie que l'océan est prêt à lui distribuer.
La meilleure solution consisterait certainement à armer des navires spéciaux, transformables en sanatoria, s'inspirant des dernières découvertes scientifiques et construits selon les exigences les plus poussées de l’hygiène à bord.
Dès 1906 d’ailleurs, Edom préconisait ces bateaux de santé.
Les cabines seraient placées sur le pont, exposées de façon à recevoir une aération idéale, continue; l’ameublement très simple ne porterait pas préjudice à la gaieté du malade. Les journées s’écouleraient dans un repos parfait et les malades, bercés par les vagues, allongés sur des chaises longues, comme dans les galeries de sanatorium (puisque l’on pourrait profiter des larges espaces des ponts), pourraient respirer l'air du large à pleins poumons et s'’inonder de la bienfaisante action des rayons solaires, diffusés par la mer.
Pas de poussières, pas d'infection du dehors, puisque Fair chimiquement pur ne contiendrait que les seuls germes provenant des malades eux-mêmes. Rien ne
serait à changer dans les différents services, salles à
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manger, cuisines, salles de bains, laboratoires, pharmacie. qui resteraient organisés comme ils le sont dans les établissements continentaux, et sans plus de difficultés pour réaliser une hygiène commune rigoureuse.
Enfin le personnel médical et les infirmiers, toujours présents, exerceraient un contrôle bien plus étroit et bien plus efficace, sur l’espace restreint d’un navire que dans les allées ou les parcs d’un sanatorium.
On pourrait frêter par exemple de grands voiliers, jaugeant au moins 1.500 tonnes; ces voiliers tiennent bien la mer, souvent mieux que des vapeurs, d’un tonnage beaucoup plus élevé (1).
A leur bord, ies inconvénients du charbon, le bruit des machines, la trépidation des hélices, tous les petits inconvénients de la navigation à vapeur n’existeraient pas. |
Mais de nos jours, ces avantages devenus de plus en plus précaires avec la construction moderne de nos paquebots, notre préférence irait vers la propulsion à hélices, par turbines à vapeur alimentées au mazout; ces machines, peu bruyantes, ne provoquent que des trépidations insignifiantes, presque nulles à une vitesse réduite.
Et de même qu’en Savoie, nous avons vu naître « le village sanatorium » pour les cures de tuberculose pulmonaire, nous gardons le ferme espoir de bientôt saluer
l'apparition du « navire-sanatorium » (A. Vernes).
(1) Un moteur auxiliaire, à huile lourde, type Diesel, par exemple, serait alors indispensable pour permettre de traverser, puis de s’éloigner rapidement des zones défavorables avant de parvenir au sein des régions choisies.
La France, pourtant, ne paraît pas encore disposée à aménager, à l’heure actuelle, de tels navires, comme on l’a fait dans plusieurs pays; en attendant que la nécessité s'impose par elle-même, puisque nous en sommes là, nous pouvons conseiller la pratique de ces cures, sur les paquebots et cargos mixtes des lignes régulières.
Nous choisirons alors des bâtiments ayant une superstructure pas trop élevée, avec de vastes ponts-promenades ; ceux-ci, dans les cures marines, sont aussi indispensables que la vérandah dans les habitations des tropiques, puisque la plus grande partie du jour et même de la nuit se passera sur ces ponts.
Quant au confort du gîte, aux soins de la nourriture, nos transatlantiques, rivalisant de luxe, offrent à leurs hôtes de splendides cabines, claires et vastes, aux lits moelleux, ainsi qu’une table des plus soignée dont les mets, aussi nombreux que variés, justifient, même sur mer, la renommée de notre vieille cuisine française : nourriture abondante, toujours saine et fraîche, renouvelée à chaque escale, d’une telle diversité que sur nos navires, le malade peut suivre, sans dérangement, son régime
Dyspeptiques, diabétiques, rénaux, hépatiques, peuvent choisir les plats conseillés par leur médecin.
En un mot, nos navires n’ont rien à envier aux plus grands hôtels des stations balnéaires et méritent bien leur appellation de « palaces flottants ».
Comme on est loin de la ration des biscuits de mer d'autrefois ! A lire les rapports sur des voyages en mer du siècle dernier seulement, on comprend sans peine,
l’appréhension du départ; tout était peu sûr, l'hygiène
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lamentable ; les abris mal commodes faisaient preuve d’une insuffisance notoire; la nourriture, passable dans les premiers jours, devenait bien vite médiocre par la suite.
Aujourd’hui les conditions sont donc changées du tout au tout. Les règles de lhygiène moderne, appliquées à bord plus que partout ailleurs, ont suivi les progrès de la navigation : construction de navires ratproof, aération et chauffage au thermo-tank, cubage minutieux des locaux.
Un hôpital est prévu sur chaque bâtiment depuis le décret de 1908, et ce même décret exige qu’à cet hôpital soient annexés une pharmacie, une salle de bains, des lieux d’aisances et au moins deux chambres d’isolement.
De plus, tout navire transportant plus de 100 personnes, possède un médecin à bord (Décret du 16 septembre 1926)...
« ART. 110. — Tout navire dont l'effectif, équipage et passagers réunis, atteint le chiffre de 100 personnes, et qui fait soit une traversée dont la durée normale dépasse quarante-huit heures, soit des traversées successives dont la durée totale dépasse sept jours, doit avoir à bord un médecin pourvu du certificat d’aptitude aux fonctions de médecin sanitaire maritime. »
Pour nous résumer, nous dirons qu’une traversée de nos jours, avec les garanties de sûreté actuelle, présente moins de risques qu’un voyage en chemin de fer, et constitue un véritable enchantement, alors que par le passé on était en droit de tout craindre de l’embarquement.
Une question reste encore à résoudre : Quelle doit
être la durée de ces séjours en mer et quelles lignes devons-nous conseiller pour retirer profit de ces cures ?
Chez un Français, le mot « traversée » évoque l’idée de passages en Angleterre, em Algérie, tout au plus à New-York, et sur des paquebots d’une importance relative.
Si les deux premiers itinéraires ne s’écartent qu’à peine des côtes, le troisième, certes, est d’une durée pluslongue, mais la mer, trop souvent agitée, le climat trop incertain, ne permettent pas de longs séjours sur le pont.
Aussi nous conseillerons des croisières beaucoup plus importantes, au moins de un à trois mois, suivant le Dr Martinet, et faciles à réaliser par nos Compagnies de navigation qui, à l’heure actuelle, sillonnent toutes les. mers du globe.
Les itinéraires ayant un but thérapeutique, auxquels nous donnerons notre préférence ont été exposés dans. une étude remarquable du Dr Paillard.
Avec lui nous éliminerons les mers où sévissent de trop nombreuses perturbations météorologiques produisant des variations brutales de température ainsi que celles où soufflent des vents violents, fatigants pour les malades et rendant la navigation pénible.
On s’écartera également des mers intérieures : Mer Noire, Mer Rouge, Adriatique, même de la Méditerranée, pourtant si accueillante par beau temps.
Sur ces immenses étendues d’eau, entourées partout de terre et de ports commerçants, il ne saurait être
question de voyages au long cours mais, plutôt de sim-
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ple cabotage avec des escales peu espacées et bien trop fréquentes.
De plus, il faut encore compter dans ces mers avec les facteurs météorologiques, conditionnés par les terres et défavorables aux malades.
En Méditterranée souffle un vent brûlant, le « siroco » chargé de sable, ainsi que le « mistral ».
L’Adriatique est fréquemment balayée par la « bora », vent venant du nord-est et très froid.
Quant à la Mer Noire, elle est agitée par les vents glacés des steppes russes.
De même nous savons que la navigation côtière n’est pas à conseiller; il faut s'éloigner à plus de 15 kilomètres des côtes, si l’on veut bénéficier du climat marin, dont nous avons étudié le contraste avec celui du littoral.
Les régions inter-tropicales, situées de part et d’autre de l’équateur thermique, régions dénommées « le pot au noir » et cauchemars des navigateurs, ne sont pas non plus profitables à cause des perturbations locales fréquentes et de leurs pluies abondantes en certaines saisons. Ces parages exposés aux cyclones inter-tropicaux, comme toutes les zones de l'Océan Indien soumises aux moussons, devront être évités.
Considérant les parallèles, nous nous écarterons encore des régions océaniques, situées à plus de 40° de latitude en été et 35° en hiver, parce qu’elles sont affectées par le passage de grandes perturbations de période déterminée, ordinairement 48 heures, et variant de 36 à 60 heures. Enfin nous ne proposerons pas les hautes lati-
tudes où la bise souffle ordinairement, comme en