INTRODUCTION
Lorsqu’en 1922, le docteur Loir écrivit à un de ses amis, médecin anglais, pour lui demander ses indications sur les voyages au long cours qu’il prescrivait dans sa clientèle, celui-ci lui répondit qu'ayant abandonné la pratique médicale, il lui envoyait un livre qu’il avait eu, pendant toute sa vie de praticien à la portée de ‘sa main, durant ses consultations.
En marge de ce livre de 150 pages environ, traitant des voyages en mer, étaient écrits les noms des différents médecins des ports du monde entier qui étaient ‘ses correspondants et auxquels ce médecin anglais envoyait ses malades à leur passage.
C’est en somme, ce qu’en France, nous faisons lorsque nous envoyons un malade à Vichy, à Vittel ou à d’autres stations. |
Et le Dr Loir rapporte, qu’à plusieurs voyages, il eut loccasion de lier connaissance avec des malades qui étaient sur le paquebot, uniquement pour se traiter.
« Lors d’une traversée, dit-il, je partageais une cabine avec un jeune Anglais, convalescent de pleurésie… Je m'étais lié avec ce jeune homme pendant les trente-cinq
jours de traversée, et pendant mon séjour de cinq ans
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en Australie, il a fait sept fois le voyage. La dernière fois il m’a dit être complètement guéri, et devoir se marier à son retour en Angleterre. »
Il y a seulement quelques années, il ne pouvait, certes, guère être question, sauf pour les Anglais intrépides, de passer plusieurs semaines en mer, pour se soigner.
Chez nous, d’ailleurs, l’époque n’est pas si lointaine, où dans les villes de l’intérieur, on regardait d’un œil soupconneux les originaux qui étaient allés « dans les Amériques ».
Avoir traversé l’Océan Atlantique, qualifié ironiquement de « mare aux harengs » depuis que notre Normandie le franchit en quatre jours, était considéré alors comme un voyage extraordinaire.
Quant aux marins, aux navigateurs qui avaient parcouru le monde, on les considérait comme des êtres à part, sujets à caution.
Mais après des siècles de luttes ardentes, l’homme n’a-t-il pas réussi à dompter l’océan sauvage ?
Si, de nos jours, les petites embarcations souffrent encore parfois de sa rage, il ne peut plus guère s’attaquer à nos bâtiments de fer et d’acier que protègent toutes les ressources de la technique moderne.
La mer, aujourd’hui, ne nous parle plus seulement de risques à courir, de luttes à soutenir, de gains et de profits arrachés à une âpre volonté, de triomphes obtenus au prix de la vie même, elle nous montre toute la beauté, le calme profond, la douce paix, que trouve auprès d’elle celui qui s’y réfugie, loin des tracas du jour, de son existence enfiévrée.
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Et l'hygiène moderne a prouvé, ces dernières années, combien la mer est un facteur sanitaire puissant, sous le rapport climatique, tant par l’action de l’air, que par celle de la lumière solaire.
Les étrangers l’ont bien compris, et tous les mois, nous voyons passer au Havre des navires, simples cargos parfois, ayant une vingtaine de couchettes, toujours occupées, qui prennent des passagers pour les emmener d'Angleterre à Vancouver, dans le Pacifique nord et retour.
Ce sont des traversées de deux mois et demi environ, ordonnées à ces voyageurs par leur médecin.
Pourquoi donc le médecin français ne se sert-il pas de ce moyen thérapeutique, l’un des plus puissants que la nature elle-même ait mis à notre portée afin de nous fortifier et de nous guérir ?
Dans ce travail nous avons cherché à montrer l’intérêt qu’il présente au point de vue médical.
Nos efforts ont été facilités par les recherches et études du Dr Loir, du professeur Léon Bernard, des docteurs Guillerm et Haury, de M. le professeur Tanon et de son élève Paillard qui, depuis plusieurs années, mènent en France la plus scientifique, la plus intéressante et la plus active campagne en faveur de cette thérapeutique par les séjours en mer.
Nous devons rendre surtout un hommage et des remerciements particuliers à M. le professeur Tanon, qui nous a reçu au laboratoire d'hygiène de la Faculté de médecine de Paris où il a créé, non seulement un
centre d’enseignement de l’hygiène maritime et de la
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prophylaxie internationale, mais aussi un centre d’étude pratique dont les conclusions ont fait faire des progrès. substantiels à l’hygiène maritime et notamment à la législation nationale ou internationale qui la régit. Nous espérons que notre travail apportera à la méde-
cine une contribution utile dans l’art de guérir.
La cure en haute mer à travers les âges
L'utilisation des voyages en haute mer, dans un but thérapeutique, remonte du reste, aux temps les plus reculés de l’histoire :
L’antiquité considérait en effet, ces cures marines, comme le traitement de choix d’un grand nombre d’affections.
Ce vers que nous trouvons dans Euripide résume d’ailleurs l’opinion des médecins grecs :
« Oaxdocoa xvSe Tov avôpwruwv yaya »
(La mer guérit les maux des hommes)
Le premier à prescrire les voyages en mer fut sans doute Hippocrate, contre la phtisie, et avec lui, de nombreux médecins de l’ancienne Rome vantèrent l’heureuse influence de la navigation sur les organismes, sains ou malades.
Celse, sous le règne d’Auguste, recommande comme moyen convenable et commode, les traversées d'Italie en Egypte : « On ne va pas en Egypte pour le pays luimême, mais à cause du long séjour en mer qu’il faut faire pour y parvenir et qui guérit. »
Aretius, Pline, parlent de l’heureuse influence des
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cures marines et leur attribuent la guérison d’Alexandre.
Du temps de Galien, beaucoup de tuberculeux se rendaient en Lybie « pour se purifier » au cours du voyage, et Caelius Aurelianus écrivait même que l’air du large nettoie le corps de ses impuretés.
Avec la décadence des empires grec et romain, la science médicale s’efface, la climatothérapie marine tombe dans l’oubli.
Notons pourtant que le célèbre médecin arabe Avicenne, celui qui fut dénommé « le Prince des Médecins », insistait sur les bienfaits des voyages en mer, dans son « Canon de la médecine », et soulignons que les Anciens avaient bien remarqué la différence entre le climat de la pleine mer et celui du littoral; ils recommandaient pré-. cisément le séjour en haute mer.
Dès le xv° siècle, tout au début des temps modernes, nous trouvons à bord des caravelles, des malades qui quittent l’Europe pour le Nouveaü continent : les médecins espagnols, confiants dans l’air du large, ne s’opposaient pas à l’embarquement de ces gens fatigués et souffreteux qui se rendaient ou Nouveau Monde.
Un vieux livre espagnol rapporte paraît-il, cette observation d’un compagnon de Colomb qui souffrant de la phtisie, se trouva complètement guéri à son retour d'Amérique.
Enfin plus près de nous, nombreux furent les auteurs qui se firent les fervents adeptes de ces cures marines.
Sennerto, Van Swieten, Mead, Reid, et Broussais, originaire lui-même des côtes de Bretagne, vantent les.
bienfaits de la vie en pleine mer. Les courtes croisières,
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au voisinage du littoral n’ont pour ce dernier aucune valeur, tandis qu’il attribue de grands avantages aux longues traversées.
Lindsay prétend même que l’hémoptysie n’est pas une contre-indication.
Mais c’est au xvin® siècle, qu’un médecin anglais, Ebenezer Gilchrist, écrivit le premier ouvrage complet sur la question : The use of the sea voyage in medecine (1716), et qui démontra véritablement l'influence favorable de la cure au large.
Ce livre eut une vogue considérable en Angleterre, et les voyages en mer prirent rapidement une grande extension.
Laennec, au siècle dernier, apportait à cette théorie l'appui de sa haute autorité.
Mais soudain vers 1854, s'élèvent des objections. Les médecins de marine constatent de nombreux cas de tuberculose chez les hommes de la mer. Aussi une pléiade d’hygiénistes, dont Rochard, Fonsagrives, Le Roy de Méricourt, affirment à l’Académie de médecine que la vie à bord des paquebots est contraire à la santé des malades.
Il faut noter cependant que ces objections coïncident avec l’apparition de la navigation à vapeur; celle-ci transforma les conditions de vie des marins, les équipages étant moins bien logés sur les navires à vapeur qu’ils ne l’étaient sur les voiliers.
Or, si les Anglais, suivis des Allemands, et bientôt des Américains n’approuvèrent pas les déclarations de
Rochard, pour s'attacher à développer d'année en année