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les voyages en mer, la France au contraire, se désintéressa de ces cures marines.
Un concert de protestations toutefois, ne tarda pas à s’élever de tous côtés contre cette condamnation systématique.
Ces dernières années, de nombreux médecins ont, sur des bases scientifiques, par des travaux remarquables, remis en pleine lumière les mérites de « la Cure au grand
large », trop longtemps négligée en France.
L’air marin de la haute mer
L’utilité des cures climatiques, dans le traitement de nombreuses affections, n’est plus aujourd’hui discutée. - Le climat n'est-il pas, comme l’a dit le professeur Laignel-Lavastine au congrès d’hydrologie et de climalologie médicale de Lyon en 1927, « comme une potion physiothérapique dont les éléments sont multiples » ?
Aussi les médecins avaient-ils l'habitude de diviser, d’une façon un peu arbitraire d’ailleurs, les climats en deux grandes variétés : d’une part les climats calmants, sédatifs, qui conviennent aux nerveux, aux éréthiques, et que l’on trouve dans les plaines, les forêts, ainsi que dans certaines régions montagneuses bien abritées et de faible altitude; d’autre part les climats excitants, toniques, indiqués chez les déprimés, les asthéniques, et qui sont le propre de la haute montagne et du bord de mer. (Certaines stations comme Arcachon devant être éliminées de ce cadre trop schématique).
Pourtant, depuis les travaux du professeur Bernard et du docteur Loir, il est nécessaire d’introduire une troisième variété de climat, aussi importante que les précédentes, qui offre l'avantage d’être à la fois sédatif et tonique, le climat du large, resté trop longtemps méconnu.
Celui-ci, dont la connaissance fut longtemps retardée par la confusion des climatologistes rangeant dans la même catégorie, climat du large et climat du bord de mer, est d’un intérêt médical considérable et ouvre à la thérapeutique moderne des horizons tout nouveaux.
Si dans les traités d’hygiène classiques, les chapitres ayant trait aux climats maritimes mêlent constamment les caractéristiques atmosphériques du littoral et celles de la haute mer, nous devons, à l’heure actuelle, faire une distinction très nette entre le climat du large, seul véritable climat marin, et celui des côtes, que l’on pourrait nommer simplement climat maritime.
Cette terminologie climatique, proposée par le docteur Loir, s’accorde fort bien avec la définition suivante, due à Littré : « Les plantes qui poussent près de la mer se nomment plantes maritimes et l’on appelle plantes marines celles dont le pied est dans la mer. »
Les avantages que le malade vient chercher sur le littoral, il les trouvera au large, avec leur maximum d'intensité, par contre dépourvus des inconvénients des côtes : variations de température, irrégularité de l’état hygrométrique et barométrique, inconstance des vents.
L'étude des différents éléments météorologiques nous permettra de préciser les caractéristiques du climat de la haute mer.
La principale qualité de l’air du large réside dans son extraordinaire pureté : il se rapproche beaucoup plus de la pureté chimique que l'air terrestre, ou que Vair des montagnes, écrit le docteur Loir : pas de traces d'hydrogène sulfuré, pas de traces d’ammoniaque, aucun carbure. Dans l'air terrestre, ceux-ci sont en effet le
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résultat de la décomposition des matières organiques ou proviennent encore des combustions, de la respiration. L’anhydride carbonique s’y retrouve, d’autre part, avec une constance remarquable, due en grande partie au rôle régulateur de l’eau de mer.
La proportion oscille seulement entre 0,0004 et 0,0006 (H. F. Schaeffer.)
L'air marin renferme en plus une quantité considérable d’oxygène et d’ozone, ainsi qu’une très notable proportion d’iode. Le Dr Bernard insiste sur ce fait qu’il y àa < comme des propriétés cicatrisantes dans l’air de la mer ».
Le dosage de cet iode, fait par A. Gauthier, a donné les résultats suivants :
Pour 1.000 litres d’air à 0° et sous une pression normale, on trouve à Paris 0,00013 d’iode.
Au large à 60 kilomètres des côtes, 0.0167, soit treize fois plus qu’en ville.
Il convient d’insister sur la nature organique de cet iode qui est, par le fait même, très facilement assimilable. Il contribue à donner à l’air marin les qualités toniques qui le caractérisent.
Pureté bactériologique également que l’air de l’océan doit à l’absence au large de toute souillure et à l’épuration qu’il subit au contact des vagues.
Miquel donne les chiffres suivants :
Au large, 0,6 microbes par m3 d’air;
A moins de 100 km. des côtes 1,8 par m3;
Au sommet du Mont Blanc 4 à 11 microbes par m3;
Rue de Rivoli à Paris 3.480 microbes par m3.
Le commandant Moreau, dans une traversée de Bor-
deaux à La Plata, filtre 3.980 litres d’air de mer et ne trouve que 2 microbes.
On peut donc, à juste titre, considérer l’air du large comme parfaitement aseptique.
Mais si les conditions chimiques, bactériologiques et physiques du large ont une importance capitale, « décisives » (L. Bernard, Loir, Legagneux) ce qui caractérise principalement le climat marin et l’oppose à celui du littoral, c’est sa grande stabilité thermométrique, barométrique et hygrométrique.
De cette régularité découlent les avantages immenses du large au point de vue climatothérapique.
En mer, les variations de température ne sont jamais, ni intenses, ni rapides
« La différence entre les températures maxima et minima journalières à l’ombre, en un mot l’amplitude diurne, ne dépasse pas 5 degrés centigrades », écrit le Dr Paillard.
Les variations mêmes entre ces températures de jour et de nuit ne sont pas très marquées; l’énorme masse d’eau joue le rôle d’un régulateur thermique, empêchant tout écart brusque.
La journée durant, les rayons du soleil pénètrent profondément dans l’eau et la chaleur absorbée est considérable; la nuit cette chaleur est restituée, lentement et progressivement; l’eau des couches supérieures se refroidissant, est remplacée à mesure par l’eau des couches inférieures plus chaudes.
Sans doute cet équilibre thermique est rompu par certains phénomènes, les courants marins en parti-
culier; mais ces courants sont bien connus et par
conséquent les perturbations thermiques et atmosphériques qu’ils entraînent sont aisément évitables.
Aussi, comme le dit le Dr Paillard, la température en mer ne varie pratiquement qu’en latitude : elle suivra en quelque sorte la marche du navire à travers l’océan, augmentera ou décroîtra progressivement, permettant à chacun de se prémunir en changeant de vêtements.
La pression atmosphérique en mer, jouit également d’une grande régularité; elle est élevée puisqu’elle oscille entre 760 et 763 mm. de moyenne. |
L'air marin est donc de « l’air comprimé » selon l'expression de Peter.
Cette haute pression entraîne un certain nombre de phénomènes physiologiques avantageux, tant du côté de la respiration qu’au point de vue de la circulation générale et pulmonaire.
Quant aux côtes elles ignorent cette constance. Guillerm rapporte deux tracés de pression, pris à la même époque, l’un en pleine mer, l’autre sur un navire de cabotage.Le premier tracé, remarquable par sa régularité, le second enregistrant une pression fort irrégulière.
De même, l’état hygrométrique de Fair présente au large deux particularités essentielles :
Son intensité est plus faible que sur les côtes.
Ses variations sont lentes et peu accentuées. La brume est rare tandis qu’elle est fréquente au voisinage du littoral.
Les brouillards s'étendent sur des régions connues, par conséquent faciles à éviter (particulièrement sur les bancs de Terre-Neuve où ils sont provoqués par la ren-
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contre du Gulf-Stream et les courants froids du Labrador).
Enfin régularité des vents en pleine mer.
Tandis que les côtes sont soumises à des vents inconstants et variables, exposées tantôt aux brises de terre, tantôt aux brises de mer, le régime des vents présente une fixité remarquable en plein océan.
L'étude des cartes marines permet, d’ailleurs, de distinguer, suivant les régions et les époques, les grands. courants aériens plus ou moins permanents.
Cette constance de la brise marine dans la même direction n’effraya-t-elle pas les équipages de Colomb ? Ces vents, selon eux, devaient conduire tout droit à un gouffre situé aux limites du monde.
Comme bien l’on pense, l’ensemble de ces qualités du climat de pleine mer ne se rencontre pas sous toutes les. latitudes, ni dans toutes les mers.
Il sera donc essentiel d’examiner les moyennes annuelles de chaque région, quant à ses vents, sa pression, son état hygrométrique et sa température.
Depuis 1924, la Société des Amis de l’Institut océanographique du Havre met-à la disposition des navigateurs un questionnaire ayant pour but de nous fournir pour chaque région des renseignements météorologiques, enregistrés au cours du voyage, ainsi que des observations concernant les passagers (Gaz. Méd. de France, sept. 1931).
Toutefois une critique sérieuse aux avantages plus haut cités, ne pourrait-elle être faite par suite de l’existence de ces vastes dépressions atmosphériques que représentent les cyclones ? Ceux-ci entraînent en effet,