NON TES
De nos jours, si tous les médecins s'accordent pour reconnaître à la lumière solaire une influence considérable sur l’organisme et faire du soleil un facteur thérapeutique de premier ordre, tous sont également persuadés que cette action est variable non seulement suivant l'intensité, mais aussi suivant la qualité des rayons.
La composition du rayonnement varie en effet, suivant les lieux, les époques : il est bien démontré qu’une durée d’insolation de cinq minutes en juillet, fait plus en haute montagne qu’une demi-heure en mars et en plaine (Axel Winckler).
C’est à la lumière d’autre part, et non pas à la chaleur qu’est due l’action bienfaisante du bain de soleil : une grande intensité solaire, développant une forte chaleur, est plutôt nuisible et les méfaits du soleil tropical sont bien connus. ù
En mer, le choix des lignes, des saisons et des époques, étant étudié avec soin par le médecin, les bateaux emmèéneront leurs passagers sous un ciel serein presque assuré; la vie à bord s’écoulera donc complètement au grand air, sur les ponts-promenades immenses des paquebots modernes, « véritables solaria >» qui permettent à chacun de placer sa chaise-longue où bon lui semble, tout en profitant de larges espaces pour la marche et le sport.
Nulle part ailleurs la luminosité liée à l’insolation ne sera aussi intense qu’en haute mer, en plein océan, où l'étendue du ciel visible est immense, et où aucune montagne, aucune forêt, ne retient le flot lumineux.
Dès que le soleil apparaît à l'horizon, ses rayons viennent frapper le navire, et, dans sa course à travers
Er 0
le ciel, il baigne successivement toutes les parties du bâtiment (Paillard). De l’aurore au coucher, nul obstacle à l’action régénératrice des rayons solaires.
Or, dans ce rayonnement, il est nécessaire de distinguer trois constituants principaux :
La lumière directe, produite par le faisceau solaire incident, la lumière réfléchie et la lumière diffuse.
En ce qui concerne le rayonnement direct, des mesures effectuées récemment ont montré que malgré l’épaisseur de la couche atmosphérique maximum, ce faisceau possède en mer, et sous une incidence normale, une valeur sensiblement équivalente à celle obtenue dans des lieux différents, aux mêmes heures, aux mêmes saisons et aux mêmes latitudes (d’Halluin).
On démontrerait aisément, que pour diverses hauteurs du soleil au-dessus de l’horizon, la puissance du rayonnement direct varie considérablement au cours d’une même journée et ce, par suite de l’obliquité différente des rayons à travers les couches absorbantes et diffusantes.
Cette absorption est plus marquée à la mer qu’à la montagne; toutefois la différence reste relativement peu sensible en plein océan, résultat, sans doute, de la limpidité de l’atmosphère du large.
La lumière réfléchie, par contre, atteint en mer une intensité plus forte que partout ailleurs. « La surface de la mer et des vagues, remarque Lalesque, forme un puissant et gigantesque miroir, aux mille facettes mobiles, qui disperse les radiations en tous sens. »
De même, la lumière diffuse proprement dite, due à
la diffraction et à la réfraction des rayons lumineux par
les molécules d’air et de vapeur d’eau toujours abondante au voisinage de la surface, est très intense en pleine mer.
. Jointe à la lumière réfléchie, elle y atteint 32 p. 100 de la lumière solaire totale, tandis qu’à l’altitude de 1.800 m. elle n’est plus que 6,2 p. 100.
D'autre part, ces trois variétés de rayonnement sont composées elles-mêmes de radiations qui ne jouissent pas des mêmes propriétés.
Aussi faut-il distinguer dans ces radiations, celles. visibles (violet, indigo, bleu, vert, jaune, orange, rouge) de celles invisibles, au delà du rouge et du violet, que l’on a dénommées infra-rouge et ultra-violet.
Chacune de ces radiations se caractérise par sa longueur d’onde, l’unité de mesure est l’angstrôm (correspondant à la dix-millionième partie du micron). Et cette longueur d’onde diminue à mesure que l’on se rappro+ che du violet : si les infra-rouges atteignent 50 à 60: microns les ultra-violets sont strictement limités entre 0 micron 400 et 0 micron 103.
Or la dispersion du flot lumineux en mer, résultat d’une diffusion aussi intense et de l’énorme réverbération des rayons solaires par la surface des eaux, n’est pas égale pour toutes les radiations. Elle porte surtout sur les rayons à courte longueur d’onde : les radiations ultra-violettes et voisines sont abondamment diffusées, les infra-rouges au contraire restent en grande partie absorbées par l’eau et la vapeur d’eau.
Ce phénomène n’est pas sans importance, car il est bien démontré actuellement, surtout depuis lés travaux
de Bernhardt et de Rollier, que les avantages pour l’or-
Le Æ
ganisme retirés des cures d’héliothérapie générale, sont en grande partie le fait des rayons de courte longueur d'onde et des ultra-violets, en particulier.
Parmi les trois sortes d’énergie, lumineuse, calorique et chimique que possède le rayonnement solaire, cette dernière surtout dûe à l’action des rayons de courte longueur d'onde, intéresse le médecin pour ses propriétés curatives et bienfaisantes.
La puissance actinique très grande de cette lumière solaire, suffit du reste à expliquer la fréquence et la rapidité des coups de soleil en mer, ainsi que le hâle des marins.
Et ce phénomène est encore plus intéressant à constater puisque l’on sait l’importance médicale de la pigmentation qui agit en filtrant les rayons, absorbant les radiations abiotiques et les transformant en rayons utiles de plus grande longueur d’onde (Calvi et Frayez).
Bien plus, l’intensité actinique en haute mer n’est pas seulement fonction de l’abondance de cette lumière diffuse et réfléchie, mais encore de l’absence totale de végétation : Duclaux a montré en effet, que le pouvoir chimique de la lumière solaire est d’autant plus important qu'est rare la présence de germes et de végétation, c’est-à-dire de matières organiques oxydables, qui attirent et absorbent la plus grande partie des rayons ultraviolets.
Ainsi la valeur thérapeutique de l’héliothérapie marine, bien qu'il ne s’agisse que rarement d’une exposition directe aux rayons du soleil, est nettement supérieure, par sa richesse actinique à tous les bains de
soleil pratiqués au bord de mer ou en montagne.