LA FIÈVRE MÉDITERRANÉENNE
A côté du paludisme, vient se placer dans le cadre des maladies méditerranéennes fréquentes en Algérie et en Tunisie, la fièvre de Malte, dont le traitement hydrominéral n'a jamais, que je sache, été étudié.
La fièvre de Malte, fièvre méditerranéenne, mélitococcie ou mieux fièvre ondulante, confondue jusqu'aux années der. nières avec la fièvre, typhoïde et le paludisme, caractérisée par la présence dans le sang du melltococc^s melitensis^laisse après elle de l'anémie, des troubles intestinaux d'ordre spasmodique et une forme particuUère d'arthralgie récidivante, avec gonflement doulom^eux des articulations.
L'évolution de cette maladie est parfois de courte durée, vainanl de quelques jours à quelques semaines, mais elle est pai'fois fort longue et s'accompagne de rechutes fréquentes. .
Le traitement, purement symptômatique, ne parvient pas toujours à débarrasser le malade de son anémie et de ses ai'thralgies, et c'est alors que sont indiquées les cures thermales et climatiques.
A ces malades conviennent tout particulièrement les chmats de grande altitude : Thorenc, dans les Alpes -Maritimes (1 200 m.) ; Pralognan, en Savoie (1,410 m.) ; Chamomx (l'050 m) ; Dienne, dans le Cantal ( 1,300 m.), ctc.^
Aucune donnée clinique précise ne me permet de préciser l'action des différents groupes d'eaux minérales sur les convalescents de fièvre. Je possède seulement trois observations
LA FIÈVRE iMÉDITEHRANÉENNE.
de malades que j'ai traités à Vichy : l'une, jeune femme de 31 ans, présentant une anémie très prouoncéo s'accompagnant d'asthénie et de troubles doulonreux intestinaux ; le second, homme de 26 ans, présentant des gonflements douloureux des deux genoux avec anémie ; le troisième, homme de 34 ans, ayant seulement des troubles articulaires.
Chez ces trois malades, que j'eus l'occasion de revoir à plusiem-s reprises depuis leur cure, le traitement thermal consista en boisson d'eau d'Hôpital, en doucher-massages et en douches ascendantes. Le résultat fut excellent et s'est pai'faitement maintenu depuis.
Il est probable que les résultats que j'obtiens à Vichy seraient également obtenus dans d'autres stations bicaribonatées sodiques fortes ou faibles, à Vais, à Châteauneuf, à Fougues, etc., — aux eaux arsénicales, comme la Bourboule et le Mont-Dore, — aux eaux chlorurées sodiques, comme Bourbon-l'Archambaut, Bourbon-Lancy, — et aux chlorurées bicarbonatées, comme Châtel-Guyon ou Saint-Nectaire.
L'essentiel, en présence d'un convalescent de fièvre ^de Malte, sera de bien poser les indications de la cure thermale d'après l'examen du malade ; je pense toutefois que dominera la nécessité de désintoxiquer l'organisme et de faire du cytolavage, et que ,dans ce cas, sera tout particulièrement indiquée la cm^e de Vichy.
LES ANÉMIES DES PAYS CHAUDS
Le traitement hydrominéral des anémies des pays chauds peut être compris de dcu.x manières. Ou bien, sans recherchella cause pathogénique de cette anémie, l'on voudra simplement ramener à la normale le taux des globules sanguins et leur teneur en hémoglobine, et l'on enverra le malade faire une cure d'altitude ou d'eaux arsenicales ou ferrugineuses. Ou bien, recherchant la cause de cette anémie, l'on interrogera un à un tous les appareils pour rechercher leurs dysfonclions et l'on traitera d'abord la cause de l'anémie avant de s'attarder à ses conséquences.
Cette seconde méthode me paraît la meilleure et c'est ehe qui devra nous guider dans le traitement hydrominéral des anémies .
Y a-t-il tout d'abord une anémie essentielle des pays dhauds. Je ne le crois pas, et chaque fois que j'ai rencontré un état anémique chez un colonial, un examen clinique approfondi m'a permis de rattacher cette manifestation à une affection d'ordre particulier.
Jolly appelle anémie « toute altération de la fonction respiratoire du sang ». Cette altération est constituée par la diminution de la valeur globulaire. Or, je pense qu'une seule cause essentielle peut produire cette anémie : c'est l'hémorrhagie. En dehors de l'hémorrhagie, il faut partir du principe que toute anémie est consécutive à une altération d'organes ou à une infection. Il en est ainsi pour la classique anémie pernicieuse progressive de Biermer, due à une infection d'ordre
LES ANÉMIES DES PAYS CHAUDS
gastro-intestinal, — pour la leucocytliémie où on retrouve à la bascla malaria, la syphilis, la fièwe typhoïde ou l'alcool, seuls débris restant encore, avec la chlorose et le purpura, de la pathologie du sang, qui va s' éclair cissant chaque jour.
L'on a vu, au cours des chapitres qui précèdent, que, chez les coloniaux, l'état anémique accompagne toujom's les troubles de l'appareil gastro -intestinal et de leurs annexes ou le paludisme. Il suit les fluctuations de l'évolution morbide, augmentant ou diminuant avec son intensité. Parfois, comme dans l'ankylostoraiase, il revêt une toute particulière intensité, mais l'expulsion du parasite ne tarde pas à en arrêter la progression.
En général, le traitement hydrominéral s'adressant à la maladie primordiale aura facilement raison de l'anémie des pays chauds, sans qu'il soit nécessaire de recourir à des eaux spéciales. Si pourtant l'on tenait à ne pas faire de therapeu'tique pathogénique et à combattre directement l'anémie par les eaux minérales, l'on recherchera les stations pouvant exciiter l'hématopolèse et reminéraliser le plasma sanguin. Ce rôle est principalement rempli par les eaux riches en fer, en arsenic, en soufre et en chlorure de sodium, et l'on aura seulement l'embarras du choix.
Les eaux ferrugineuses proprement dites ont pour le colonial l'inconvénient d'être généralement froides : ce sont les eaux d'Orezrra. de Forrfes ( 160 mètres), de RenlaigiAe, de Boisison, de Campagne, etc.
D'autres eaux contiennent du fer en quantité suffisante pour avoir une action favorable tout en étant chaudes, telles l'eau de La Malou et de Luxeuil ( 350 mètres) , mais elles sont rarement suivies de bons effets chez les coloniaux, en raison de l'altération plus ou moins grande de l'appareil digestif et de ses annexes que fatigue bien' vite la' médication ferrugineuse.
Les cures arsenicales semblent plus favorables et les stations où cette cure pour être pratiquée ont le double avantage d'être à la fois .stations thermales et climatiques : La Bourhnnle, le Monf-Dore, Roijat, Saint-Nectaire, etc. Parmi ces stations, la BnurJmuie est la plus réputée, et ses eaux produisent à la fois un effet favorable sur le sang et la circulation, sur la nutrition et sur l'innervation par leur arsenic, par leur chlorure de sodium et par leur bicarbonate de soude.
54 LES CUnES THERMALES DANS LES MALADIES DES PAYS CHAUDS.
Dans les airémics consécutives à la fièvre typhoïde, on peut conseiller les eaux sulfureuses d'Ax (718 mètres), des Eaux chaudes ( 675 mètres) , de Moligt ( 450 mètres) et de la Presîe (1,100 mètres), etc.
Quand la déminéralisation est intense et semble dominer l'anémie, les cures chlorurées sont parfois indiquées, faibles à Lantùtte-les-Bains et à Châteauneuf, fortes à Scdies-de- Bêarjr, à BmWifz'-Brisdous, à Sdh'ns-dii-Jura et à Salins- Môiitiêrs, mais c'est là l'exception, et le praticien fera bien de se montrer prudent dans ses prescriptions comme dans son administration : le plus souvent, chez les malades venant des pays chauds, il s'agira d'anémie parasitaire et particulièrement d'anémie palustre. >
L'anémie palustre. — J'ai longuement insisté aillem's sur cette forme si fréquente ( 1) : elle est très répandue» très tenace, et, comme toutes les anémies d'ordre toxique ou toxinique, elle ne se laisse guère influencer par les médications toniques et reconstituantes. La quinine, qui favorise l'hémolyse, est ici contre-indiquée ; le fer et l'arsenir n'arrivent pas à redonner au sang sa teneur en globules rouges et en hémoglobine, et le praticien qui cherche seulement ses armes dans l'arsenal de la pharmacothérapie aboutit souvent à des échecs aussi pénibles pour lui que pour ses malades. Il ne faut pas perdre de vue que l'anémie des paludéens ne disparaît qu'en même temps que redevient normal le fonctionnement des organes hématopoiétiques lésés par l'hématozoaire et en particulier du foie.
C'est donc aux eaux à spécialisations hépatique, et à Vichy en particulier, qu'il faudra s'adresser pour combattre l'anémie palustre.
L'anémie ankylostomienne. — Parmi les autres maladies parasitaires facteurs d'anémie des pays chauds, il faut noter Vankylostomîase, due à la présence de V ankijlostome duodénal dans l'intestin.
Longtemps, à la suite des travaux de Griésinger sur la chlorose d'Egypte, on a fait de l'ankylostomiase une maladie
(Cf. Er] mon tl- Vidal, Le paludisme et son traitement par Jes'eaux minérale alcalinos' (Bulletin de la Société de Médecine de Paris, Mai 1912).
LES ANÉMIES DES PAYS CHAUDS
propre aux pays chauds ; mais on a diï reconnaître que le parasite se rencontrait partout et la maladie a été retrouvée sous tous Icis climats et particulièrement en France, dans le bassin houillcr du Nord et dans le bassin de Saint-Etienne, où elle tend à se répandre cliez les mineurs, a la f advenu' des conditions lij^giéniques défectueuses.
L'ankylostomiase se manifeste par des troubles gastrocntériques, diarrhée, constipation, etc., qui persistent pendant un temps parfois fort long. Puis s'établit une anémie lente et progressive, arrivant à la cachexie et conduisant le malade à la mort. ' ' ' '
L'administration du thymol tue le parasite, mais il faut ensuite guérir l'état gastro-entérique et l'anémie, et la cure hydrominérale et climatique se trouve indiquée, sans d'autre spécialisation que celle fournie par l'état du malade. Comme généralement l'anémie domine, c'est aux cures de grande altitude et aux eaux reconstituantes qu'il faut recourir de préférence.
L'anémie leishmanienne. — A côté de rankylostomialse vient se placer la leisHntctnîose, qui semble s'identifier avec le Kala-ictzar^ bien étudié dans ces temps derniers par Nicolle, de Tunis. C'est une anémie infectieuse répandue sur les côtes de la Méditerranée, à évolution chronique, frappant surtout les jeunes enfants. Elle est due à un parasite provenant du chien, se logeant dans le foi^ la rate et la moelle osseuse^ causant, indépendamment de l'anémie, des lésions stéatogènes plus ou moins prononcées.
Les signes de la première période sont purement gastrocntériques et l'anémie apparaît seulement dans la deuxième période avec la fièvre et l'hépatomégalie, à laquelle succède une période de cachexie.
Chez les tous jeunes enfants, le pronostic est d'une extrême gravité et la mort est fréquente ; chez les enfants plus âgés, la guérison a été signalée, mais au prix d'une déchéance organique profonde.
Contre cette déchéance organique, un changement de mi- . lieu s'impose ; il faut envoyer le convalescent en grande altitude jusqu'à amélioration notable de l'état général. Puis une cure thermale sera prescrite, et, en raison du bon effet
56 LES CURES ÏUERMALliS DANS LES MALADIES DES l'AYS CHAUDS.
produit par l'arsenic clans la thérapeutique générale do la leishmaniose, c'est aux eaux arsenicales, et à la Bourboule en particulier, qu'il faudra recourir.
D'autres parasites intestinaux, comme le bothriocéphale, le ténia, le trichocéphale dispar, l'ascaride lombricoïde entraînent aux pays chauds des troubles gastro-intestinaux plus ou moins graves et des formes anémiques plus ou moins durables. Leur traitement hydrominéral et climatique ne présente rien de particulier et se confond avec celui des manifestations qu'il importe de combattre.