LES HÉPATOPATIIIES DES PAYS CHAUDS
boissons et des aliments, et veuille bien s'astreindre à un régime régulier longtemps poursuivi.
A défaut de Vichij, toujours indiqué en preimière ligne, l'hépatique colonial pourra faire sa cure à Vais ou à Fougues ; il ira à Cliâtel-Guyon ou à Brides si son intestin fonctionne mal, à Evian, à Capvern, à Vittel, à Contrexéville ou à Martigny s'il doit faire une cure de dépm'ation urinaire.
Mais dans tous les cas, la saison terminée, au lieu de finir son congé à Pa:ris, il fera bien d'aller faire une cure climatique dans une des nombreuses stations d'altitude dont la France offre le plus grand choix, et où, tout en suivant son régime, il pourra achever de recouvrir la santé qui lui est nécessaire pour retourner aux pays chauds.
LE PALUDISME CHRONIQUE
De toutes les maladies propres aux pays chauds, la malaria est la plus fréquente et marque de stigmates profonds ceux qu'elle a une fois atteints. Implantée dans un organisme, elle n'a aucune tendance à l'abandonner et se manifeste par u,ne série d'accidents, les uns imputables directement au parasite, les autres à ses sécrétions et aux lésions d'organes consécutives à son action.
Le pai-asite cause le paludisme aigu, la fièvre palustre, dont les accès, se reproduisant à des intervalles de vingtquatre, quarante-huit ou soixante-douze heures, sont dénommés fièvre quotidienne, fièvre tierce, fièvre quarte. ^
A cette forme aiguë du paludisme s'adresse la médication quinique, dont l'emploi judicieux conduit toujours à un résultat des plus favorables. Mais, si la quinine « coupe » l'accès de fièvre, si, en détruisant le parasite, elle supprime les accès ultérieurs, elle reste impuissante contre les vices du métabolisme intérieur et contre les lésions d'organes.
Pendant son évolution dans le sang, en effet, le parasite détruit un grand nombre de globules, au point de faire tomber souvent la richesse globulaire à moins d'un million par millimètre cube ; il abaisse de 30 à 50 pour 100 le Taux de l'hémoglobine, il diminue la masse totale du sang.
En se désagrégeant, ' les hématozoaires laissent dans le sang un pigment noir tout particulier, formé de petits grains isolés ou agglomérés qui se fixent à la paroi des vaisseaux
LE PALUDISME CHRONIQUE
ou nagent librement dans la masse sanguine. Par leur action sur l'hémoglobine, ils produisent un pigment jaune, et ces deux pigments associés, charriés par le torrent circulatoire, vont s'accumuler dans le foie et dans la rate où leur présence ne tai'de pas à entraîner une réaction cellulaire dont les manifestations forment la gi'ande classe du paludisme chronique.
Beaucoup de coloniaux envoyés aux eaux minérales avec l'étiquette d'anémie coloniale sont, en réalitéj de vieux paludéens atteints de cachexie palu\stre.
Le colonial arrive à cet état cachectique par deux voies angulaires, toutes deux à point de départ malarique.
Il a fait un ou plusieurs accès pernicieux, à intervalles plus ou. moins éloignés, ou des rechutes multiples de fièvre intermittente à la suite desquelles il a présenté un état cachée to -anémique progressif ; — ou bien, sans accès violents, le paludisme s'est installé lentement, revêtant d'emblée la forme chronique et conduisant peu à peu à la cachexie.
Le cachectique est aisément reconnaissable. Il a le visage bouffi, le teint terreux, les cheveux durs et cassants ; sa sclérotique a souvent une teinte subictérique. La peau est sèche et rugueuse. Les membres et le thorax sont .amaigris ; l'abdomen est volumineux. Les malléoles sont souvent œdématiées ; à un degré plus avancé, l'infiltration des tissus peut remonter jusqu'à l'abdomen.
Ces malades présentent une grande lassitude et ont peine à se tenir debout. Ils passent une partie de leur journée au lit, se traînant péniblement aux sources ou à l'établissement thermal. Ils sont très déprimés au point de vue intellectuel, fuient la compagnie et la distraction et donnent l'impression d'une profonde tristesse.
Si, dès l'arrivée du malade dans la station, l'on pratique un examen hématimétrique, l'on constate chez lui un énorme déficit globulaire descendant parfois jusqu'à 500,000 gloibules par millimètre cube.
La valeur globulaire (rapport du nombre total des globules par millimètre cube au nombre des hématies correspondant normalement à la quantité d'hémoglobine trouvée) peut être augmentée, atteindre 1,30 et 1,70, augmentation due probablement à la surcharge hémoglobinique défensive des clé-
meiits restants dont les dimensions peuvent aussi subir un accroissement comp ensateur .
Les hématies sont souvent altérées, de forme irrégulière, présentant en leur intérieur des vacuoles plus ou moins volumineuses.
Les leucecytes polynucléaires et mononuclaires sont remiplis de pigments mélanique et, au moment des accès, l'on rencontre des hématozoaires à différents stades de leur évolution.
Chez tout paludéen, un changement de milieu s'impose ; le colonial doit à tout prix fuir au plus tôt la région dans laquelle il a été infecté et faire une cure plus ou moins prolongée dans la montagne. C'est ce qu'ont si bien compns les Anglais qui, dans leurs colonies, ont créé des « heaethcities » ou villes de santé, où les troupes décimées par le pa;ludisme, les fonctionnaires, les colons vont, pendant la saison chaude et sans être contraints à quitter la colonie, faire une cure de repos en altitude.
Les Allemands ont suivi cet exemple en Afrique occidentale et ont essayé de créer dqs stations de cure pom: les coloniaux.
Aux colonies françaises, rien n'existe encore et le vif désir qu'éprouvent nos coloniaux d'être rapatriés dès leur convalescence fait que l'on s'est peu préoccupé de la c[ues'tion.
D'autre part, comme je l'ai dit dans un précédent chapitre, beaucoup de nos colonies sont dépourvues d'altitudes ou n'ont que des hauteurs difficilement accessibles. Aussi préfère-t-on rapatrier les fonctionnaires civils ou militaires qui présentent des manifestations chroniques du paludisme. Ces convalescents quittent leur colonie en toute saison. Or, tout colonial craint le froid, et le séjour d'hiver en France, même sur la Côte d'Azur ou à Amélie-les-Bains, ne leur est pas toujours favorable. Il serait tout indiqué d'aménager certaines stations d'hiver de l'Afrique du Nord, à la fois d'altitude et thermales, pour recevoir ces coloniaux. Par exemple, dans le département d'Alger, Hammam-R'irlia (520 mètres d'altitude), avec ses eaux sulfatées calciques hypenthermales et ses forêts verdoyantes; dans le dépaiHement de Constantine, Hantmam-Meskoutine et ses eaux hyper-
LE PALUDISMl!] GIIHONIQUE.
lilcnnalcs égalcinciil sulfatées calciqiies • en Tunisie, Km'bous et ses sources chaudes clilorurées sodiques, au bord de la mer, réalisent pendant la saison d'hiver les conditions les meilleures pour recevoir les coloniaux et leur permettre de se réacclimater avant de rentrer en France et d'y faire leur cure d'eau ou d'altitude.
La cure d'altitude, les p,aludéens la feront en France, dans une de ces nombreuses stations de montagne où l'oxygène^ absorbé à pleins poumons, viendra stimuler leur hématose et accroître rapidement le nombre de leurs globules rouges. En hiver, il éviteront de séjourner au bord de la mer, dont l'hu,midité ne leur convient guère ; ils irout de préférence à Améli0-les-Bfiif{ns, entouré de hautes montagnes, à l'air pur, doux et sans humidité ; à Camiba, dont le séjom- convient tout particulièrement aux nerveux ; à Pau^ dont le climat exerce sur l'organisme une action calmante et sédatrice des plus appréciables ; à Yp^et-les-Balns, dont la végétation puissante évoquera chez eux le souvenir de la flore tropicale.
Mais la cm-e d'eau aura chez ces malades la plus grande importance, et cette cure, comme les hépatiques dont je pai'lais plus haut, et pour en obtenir les mêmes effets, ils la feront de préférence aux eaux alcalines et à Yiohy\ en pai-ticulier.
L'action des eaux alcahnes sur l'organisme est des plus complexes ; elle se fait sentir sur tous les appareils, eUe moidifie toutes les fonctions. Mais, de tous les organes, le foie est celui sm- lequel cette influence se manifeste le plus nettement, et cette particularité est des plus précieuses quand il s'agit de porter remède à une lésion hépatique, qu'elle soit d'ordre digestif, toxique ou fonctionnel.
Or, chez l'impaludé chronique, les manifestations hépatiques sont à la fois d'ordre digestif, toxique et fonctionnel.
Bien rares sont les paludéens à digestion normale ; presque tous sont hyperchlorhydriques et l'ou sait l'influence qu'exerce l'hyperchlorhydrie sur le syndrome hépatique. Contre cette hyperchlorhydrie, génératrice d'hépatisme, l'eau, absorbée vivante à l'émergence des sources, donnera son maximum d'effets utiles ; son bicarbonate saturera l'acide chlorhy^ drite en excès et le ramènera au taux normal, calmant ainsi les crampes et les brûlures, supprimant les malaises et raQcourcissant la période de digestion gastrique
Contre les manifestations toxiques du paludisme, l'action de l'eau minérale est des plus sensibles et semble due surtout à un véritable cytolavage^ nettoyant la cellule et entraînant au dehors les produits toxiques. En même temps, elle régularise les fonctions physiologiques de la glande et lui rend son fonctionnement normal.
La cime agit en même temps sur la rate. La rate palustre est au début une rate fortement congestionnée, remplie d'hématozoaires et encombrée de pigments, facilement accessible sous le rebord costal et descendant parfois jusqu'aux extrêmes limites de l'abdomen.
Sous l'influence de la cure, cette rate, de consistance dure avant le traitement, n'est plus .que difficilement perceptible à la palpation ; avant de diminuer de volume, elle s'amollit, puis revient sur elle-même et reprend un volume voisin de la normale.
Quant au rein, son insuffisance vient souvent s'ajouter, chez les impaludés chroniques, aux lésions du foie et de la rate. Tant que cet organe reste sain, tant qu'il suffit à sa tâche et consent à éliminer, au fur et à mesure de leur mobiUsation, les produits toxiques dissous par le cytolavage, la cure doit être prescrite à l'impaludé chronique. Mais, si des défaillances se sont produites, si la néphrite intersti,tielle s'est installée, accompagnant la cachexie palustre, si l'albuminurie est notable, si les œdèmes sont marqués, si le myocarde est touché, alors il faut s'abstenir de toute prescription hydrominérale, car la cm-e entraînerait aisément une poussée aiguë et une crise d'urémie.
Il faut donc envoyer aux eaux minérales les paludéens avant la sclérose de leurs organes hématopodétiques et avant la période d'insuffisance rénale pour les placer dans les meilleures conditions ,de guérison. Sous l'influence ..d'un traitement sagement conduit, en proportionnant l'intensité de la médication à la résistance individuelle, en alUant l'hydrothérapie et la diététique à la cure hydrominérale, l'on obtiendra à coup sûr la régression des lésions en voie de formation et la restitutio ad integmm des fonctions physiologiques altérées. En outre, à cette acUon locale viendra s'ajouter une action générale des plus appréciables. Profondément anémié à son arrivée dans la station thermale, l'un-
LE PALUDISME CHRONIQUE
paludc chronique verra son anéniie diminuer, puis disparaître, à l'cncontre du préjugé qui veut que ies eaux alcalines aient sur l'organisme une inl'luence anémiante. Le traitement alcalin augmentera le nombre de ses globules rouges, le taux de son oxy hémoglobine. L'hématose sera ainsi facjhtée, en même temps que l'hypertension légère due à l'absorption quotidienne d'une certaine quantité d'eau supplémentau-e entraînera une suj.-activité circulatoire assurant à l'organisme une pénétration plus intime de l'oxj^gène et des éléments nuti'itifs cellulaires.
C'est ainsi que, grâce à l'action locaie et générale de ce sérum naturel qu'est l'eau de Vichy, rorg^nisme du palu,:déen est profondément modifié. Le foie, gi^and régiûateur des échanges, reprend son fonctionnement normal. La rate diminue de volmue, l'estomac remplit à nouveau ses fonctions digestives, l'anémie dispar,aît et si le malade consent à observer à l'avenir les prescriptions hygiéniques qui lui sont données en cours de traitement, il reste désormais à l'abri des compUcations les plus graves du paludisme, la sclérose des organes et la cachexie palustre.
Contre la sclérose, aucun traitement hydrominéral n'a d'action, mais sm- la cachexie palustre, les eaux de Vichy agissent encore.
Sous l'influence de la cure de boisson alliée à l'hydroi-thérapie, les cachectiques se modifient promptement.
Le premier phénomène observé est l'établissement d'une diurèse intense avec élévation du taux de l'urée dans les lu-ines. Les fonctions digesdves s'améliorent et il n'est pas surprenant de constater à la fin de la cure une augmentation surprenante du nombre de globules rouges qui, après des cm'es prolongées, arrivent à un chiffre voisin de la normale.
Mais cette cure doit être conduite avec la plus grande attention, en raison des nombreuses lésions d'organes que présente les malades, lésionis pajssant souvent inaperçues, et de la résistance très .affaiblie de lem- organisme.
Un examen clinique des plus minutieux portant sur tous les organes et sur tous les appai-eils, accompagné d'un examen chimio-biologique des urines et d'un examen hématimétrique doit précéder toute prescription hydi'iqne.
48 Lies CURES THEHMALES DANS LES MALADIES DES PAYS CHAUDS.
L'eau doil être donnée au début en quantité minimes, qtiitle à augmenter rapidement la dose quand on sera cQi-tain que la cure est bien tolérée. Il y aura parfois avantage à main-tenir pendant tout le traitement des doses minimes, quitte à rapprocher les prises dans le courant de la journée et à prolonger la cure.
Si, malgré la prédominance des troubles digestifs, l'on veut envoyer le paludéen à d'autres stations qu'à Vichy, l'on pom-ra l'adresser à Vais, aux eaux bicarbonatées sodiques fortes, ou à Fougues, aux eaux bicarbonatées calciques, où it trouvera une vie calme, loin du bruit et de la foule. Au Boulou, le fonctionnaire colonial pourra se faire hospitaliser en toute saisons^ et dans ces trois stations la cure conviendra plus particulièrement aux dyspepsies s'accompagnant d'anémie et d'asthénie plus ou moins marquée.
Si les troubles intestinaux dominent chez le paludéen, s'il fait de l'atonie intestinale, de la constipation, de l'entérite muco-membraneuse ou de la lihiaise intestinale, il fera utilement une cure à Ghâtel-Guyon, dont il retirera les plus grands bénéfices.
Si son entérite est spasmodique et douloureuse, on pourra envoyer le malade à Plombières.
S'il fait des accidents nerveux, il ira à Fougues, à Néris ou à Divonne.
Si l'on désire prescrire une cm-e arsenicale, l'on enverra le paludéen à la Bourboule (850 m.), à Vici-sur-Cère (670 mètres), à Royat (450 m.), au Monti-Dore (1,050 m.) ou à Saint-Nectaire (784 m.).
Souvent, une cure de diurèse sera indiquée, et ces paludéens pourront être utilement envoyés à Contrexéville, à Martigny, à Vittel, à Sermaize, à Evian, à Thonon, à Capivern. Là, la cure nettoiera, en même temps cpiie les voies urinaires, les canaux hépatobiliaires et videra la vésicule des sédiments qu'elle pourra contenir. Mais cette indication se produira seulement quand il y aura intégrité du parenchyme hépatique et fonctionnement normal de la glande.
Si la posologie de l'eau employée en boisson doit vai-ier avec la station thermale, les applications physiothérapiques seront partout leis mêmes et pourront être ntilement prescrites dans tous les établissements thermaux.
Le PALL'DISME CHRONIQUE.
La plupart des manifestations du paludisme peuvent être favorablement modifiées par l'iiydrotliérapie rationnellement employée, mais son application nécessite une parfaite connaissance du malade et des moyens que l'on voudra utiliser.
L'on voit fréquemment en station thermale l'accès franc de fièvre paludéenne se produire au bout de quelques jours de cm-e. Une douche froide convenablement donnée une heure avant l'accès a [permis à pliisiew's reprises au Docteur Pariset (de Vichy) d'éviter cet accès. En donnant la douche dès l'apparition du frisson, il n'a pu aiTêter l'accès, mais en a nola'blement diminué l'intensité.
Au point de vue hydrothérapique, il sera prudent de commencer pai' une courte série de bains tièdes, bientôt suivie de douches données d'abord tièdes, assez longues et sans pression, pour arriver à la douche froide et courte, qui est le procédé de choix.
Quand l'état des organes semblera l'indiquer, on aura recours à la douche locale, douche splénique et hépatique dans les congestions du foie et de la rate, douche abdominale dans les troubles douloureux de l'appareil digestif, etc.
La douche sous-marine et la thermothérapie rendront parfois les plus grands services.