LES SOURCES DU NIL
Une double ceinture de montagnes court à l'entour des côtes de l'Afrique.
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En-dedans de ses remparts s'étendent des plaines spacieuses inondées pendant plusieurs mois de l'année, mais ensuite, à la faveur d'un soleil de feu, revêtues de la végétation la plus active.
C'est alors qu'éléphants, girafes, hippopotames, rhinocéros, zèbres, gazelles, antilopes, autruches, alligators, s'ébattent dans les dédales sans fin de ces hautes herbes qui ressemblent à de véritables forêts vierges.
Quel spectacle offre aux Européens ce paradis de bêles fauves, cette terre où tous les animaux semblent confondus ! Des chasseurs tels qu'Anderson, Baldwin et Walberg, une fois qu'ils ont mis le pied dans ces savanes, disent à jamais adieu à la civilisation et jurent de mourir la carabine à la main.
Ici, des lac^ aux eaux transparentes, aux rives sinueuses, aux horizons les plus gracieux ; là, des fleuves larges tombent tout-à-coup dans des précipices et forment de magnifiques cataractes; plus loin, des montagnes dont le faîte, sous l'Equateur môme, est couvert de neiges éternelles, tel est le tableau sommaire de l'Afrique.
Malheureusement, ces admirables panoramas se font cruellement acheter à ceux qui tentent de les contempler. Aussi, r(3unia-Mési, le Cazembe, le Londa, et bien d'autres pays encore, sont-ils loin d'avoir révélé tous leurs secrets.
Ce n'est certes pas le courage des voyageurs qu'il faut accuser, nous avons dit le contraire tout-à-l'heure, et la longue liste des Européens qui sont morts en faisant des efforts désespérés pour pénétrer au milieu des peuplades du haut Nil, par exemple, est une preuve trop éloquente de l'ardeur qui animait ces infortunés.
Et cependant, depuis l'origine de la civilisation, on cherche les sources tant désirées.
Au I" siècle de l'ère chrétienne, l'empereur Néron donna ordre à deux centi^rions d'aller à leur recherche. Après avoir traversé l'Ethiopie, ces officiers rencontrèrent une immense étendue de marais impénétrables, au milieu desquels s'élevaient deux grands rochers d'où le fleuve s'échappait avec impétuosité.
Au xvi* siècle, deux jésuites portugais furent persuadés qu'ils avaient remonîé le Nil jusqu'à son extrême limite, D'Arville, sans sortir de Paris, prouva que les deux religieux avaient fait fausse route, et avaient suivi les cours du fleuve Bleu, qui n'est, comme l'Astobaras, (îeuve situé plus au nord, qu'un des affluents du Nil,
On a souvent répété dans ces derniers temps que ces véritables sources sortaient des montagnes de la Lune, àhuit cents lieues du Delta : ce n'est encore qu'une supposition.
Quoi qu'il en soit, nous paraissons toucher à une solution.
De nos jours, tant de voyageurs ambitionnent flionneur de la décou-
verte définitive, et plusieurs d'entre eux, persistant avec courage, ont déjàpc'nélrési loin, que l'on doilarrivei' très prochainement au dernier mot sur colle ancienne question.
Si le problème n'est pas encore résolu, on semble l'avoir tellement étudié que, d'un jour à l'autre, le fait deviendra certain. Déjà le cadre de la (|ueslion diminue.
Le Nil Blanc est-il formé, comme Tassuie Andréa de Bono, par une infinité de ruisseaux, ou sort-il du lac Victoria, comme on le suppose en général? Voilà les deux seules opinions entre lesquelles on hésite, mais il n'est plus permis d'en émettre d'autres.
Ce qui retarde, ce sont les pertes qu'éprouve coup sur coup la science, car, par une sorte de fatalité, cette espèce de minolaure nilien paraît moissonner à plaisir les géographes qui inspirent le plus d'espoir. Hier, périssait Alfred Peney; aujourd'hui c'est Pelherick, komme éclairé et courageux, qui vient d'être frappé de mort dans les environs de Gondokoro. Enfin c'est Vogel, le savant docteur, dont les curieuses lettres avaient jeté un jour si éclatant sur le lac Tchad, qui vient d'être assassiné dans le Ouaday.
Plus heureux, les Anglais Speke , Burton et Granl, ont échappé à tous les périls, et c'est à eux que nous devrons enfin la révélation des sources du Nil. Voici ce que nous apprennent de récents télégrammes :
« Si les présomptions ne sont pas prématurées, le fameux problème des sources du Nil aurait enfin reçu sa solution. M. d'Abbadie, de l'Institut, a annoncé, dans la dernière assemblée générale de la Société de Géographie, que les voyageurs Speke et Grant, partis de Zanzibar, en 1861, viennent d'arriver à Khartoum, dans la Nubie. Ma. heureusement, la dépêche qui apprend cette nouvelle est d'un laconisme extrême, ne fournit aucun détail, ne donne aucun commentaire. On sait seulement que les explorateurs Speke et Grant devaient être, il y a environ une année, dans les parages méridionaux du lac Victoria, d'où sort très probablement, au nord, la branche principale du Nil. Mais de là, comment les deux intrépides pionniers ont-ils gagné la ville de Khartoum? Ont-ils descendu le fieuve? ont-ils passé par Béléniaet Gondokoro, ces deux grandes étapes des voyageurs? C'est encore ce que l'on ignore. Dans tous les cas, il ne semble pas possible qu'ils aient suivi la route de l'Abyssinie, car les événements très gi-aves qui troublent ce pays les en auraient empêchés. Il leur a sans doute fallu côtoyer ou descendre le
Nil...»
En dépit de ces nombreux essais si souvent fatals, deux Anglaises, pleines d'enthousiasme, mesdames Tenni, veulent, au grand honneur de leur siècle et de leur sexe, mais à l'humiliation du nôtre, prendre le taureau par les cornes et le forcer à divulguer le sens de
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l'énigme. Ce voyage de chastes Anglaises, au milieu des Roners, des Dinkers et d'aulres tribus de mœurs dépravées, est fort digne de remarque
L'Egypte est placée dans une des positions les plus admirables du globe. Située à l'une des extrémités de l'Afrique, elle joint ce continent à l'Asie, et ses ports sur la Méditerranée la font en quelque sorte toucher à l'Europe. C'est une des contrées les plus chaudes, relativement à sa position; mais d'autres causes contribuent encore à y rendre la chaleur excessive. Le sol, en général peu élevé au-dessus du niveau des mers, est recouvert en partie de sable mouvant. Ce sable reçoit, concentre et répercute les rayons du soleil, qui, pendant les mois de l'été, est presque perpendiculaire ; et cette réverbération porte sur des montagnes peu élevées et dépouillées de verdure, sur des plaines arides où rien ne peut en diminuer l'ardeur. De là proviennent et l'extrême sécheresse du climat ei la rareté des pluies rafraîchissantes.
Toutefois cette sécheresse n'est pas également continue dans toutes les parties de l'Egypte. Il pleut assez fréquemment dans les provinces qui avoisinent la Méditerranée, et dans les déserts situés entre les vallées du Nil et la mer Rouge. Des ravins creusés dans plusieurs endroits de la chaîne arabique attestent que ces pluies sont quelquefois assez fortes pour former des torrents. Mais une circonstance qui est un des caractères dislinctifs du climat de l'Egypte, et qui est d'ailleurs commune à toute la contrée, c'est l'extrême abondance des rosées qui ne sont peut-être pas sans influence sur la fertilité du sol, à l'époque où le Nil est au-dessous du niveau des terres.
Mais il ne pleut presque jamais dans le centre de la contrée. L'excessive chaleur du sol et la direction des vents, déterminée par la forme de la vallée, sont les causes de la grande sécheresse de l'atmosphère. Les nuages, formés des vapeurs dos mers qui ceignent l'Egypte, sont entraînés par les courants d'air, et la force de ces courants est sensible : près des montagnes leur effet est moins puissant, aussi y pleut-il quelquefois.
Le Nil commence à grossir vers la fin de juin et au commencement de juillet. Le volume des eaux qu'il reçoit n'est pas assujéti à des règles certaines, non plus que la progression des crues. Dans les années ordin-iires^ ce fleuve s'élève au Caire de huit mètres; il monte ([uelquefois bea'icoup plus haut, et pour que l'année soit abondante, il faut que le terrain cultivé présente l'aspect d'un lac immense. Les villages,
élevés sur dos émincnccs factices, paraissent alors comme autant d'îlots disséminés sur la surface de ce nouvel océan. Rien ne peut égaler la majesté d'un pareil spectacle. On peut, du haut de la citadelle du Caire, embrasser une partie de ce grand tableau. Le terrain, propre à la culture, mais qui, trop distant des rives du lleuve, ne peut jouir des avantages de l'inondation, est fertilisé par des canaux ou à l'aide de machines d'une invention simple, connues sous le nom de roues à pots.
A trois quarts de lieue environ de l'embouchure du Nil, les eaux ont une couleur verte très prononcée, et l'on aperçoit môme disiinclcmenl la ligne de démarcation entre le vert du fleuve et la couleui- bleue de la mer. A mesure que l'on approche- davantage du goulet, la teinte verte se change en une teinte jaune, due à la couleur des sables que le Nil dépose à son embouchure, et aussi au limon suspendu dans les eaux du fleuve. Quand enfin on est positivement sur le Nil, on laisse derrière soi la mer agitée, et on n'entend plus le bruit des vagues : au contraire, on jouit du calme le plus profond. On parcourt des yeux, avec un charme inexprimable, les bords si vantés de ce fameux Nil, et on ne trouve rien d'exagéré dans les récits des voyageurs qui ont vu ces parages. Après avoir dépassé les débris d'un vieux port abandonné qui servait autrefois à garder l'entrée du fleuve, on laisse à sa gauche une île assez grande, couverte de verdure et offrant la plus belle végétation. On découvre à sa droite des forê.ts de palmiers qui paraissent d'un vert éclatant. Les rives du fleuve étant peu élevées, la vue peut s'étendre au loin sur des campagnes riches et fertiles. On aperçoit çà et là des hameaux pittoresques formés de quelques maisons de briques et de cabanes de roseaux, des habitations isolées, des minarets élégants et des tombeaux de saints musulmans, autour desquels se groupent agréablement quelques bouquets de palmiers. Du côté du Delta se développent des campagnes couvertes de rizières, offrant le plus vivant aspect. Un grand nombre d'arbres et d'arbustes croissent non loin du fleuve : on y remarque des massifs d'orangers et de citronniers qui répandent un parfum délicieux. Les rives mêmes du Nil sont ornées de roseaux, de joncs et de nénuphars. D'énormes sycomores, dont les vastes branches couvrent une immense étendue, sont distribués isolément dans les plaines, et présentent un des plus beaux phénomènes de végétation.
Dans l'Egypte du milieu, le passage n'a plus le même aspect. Le ciel est toujours étincelant sans doute, mais la nature n'est pas aussi prodigue que dans les riches campagnes du Delta. Ce n'est plus cette végétation splendide, ces champs immenses couverts de brillantes moissons admirées jusque-là, et pourtant on trouve un charme inexprinvible dans la contemplation de ces sites d'un caractère étrange et nouveau.
Aux abords de Syène, où l'on trouve la magnifique carrière d'où fu-
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rent extraits les obélisques et les grands blocs de pierre des pyramides, les mimosas fleuris se confondent avec les palmiers chargés de fruits, et de gracieux jardins entourent les maisons. L'ensemble du paysage a un aspect pittoresque. Là, bientôt, les eaux du fleuve, resserrées par des rochers de granit noir, se précipitent avec plus de rapidité que dans les endroits où le lit du fleuve, dégagé de toute entrave, leur permet de se déployer librement. Ce sont \k les premières cataractes du Nil. Mais ces prétendues cataractes offrent tout au plus l'aspect de cascades. D'ailleurs, formées p^^r cette barrière impuissante, elles ne sont plus sensibles à l'époque des hautes eaux, et les barques qui remontent ou qui descendent le Nil les franchissent alors sans de grandes difficultés.
On ne commence à voir des crocodiles que dans la Haute-Egypte, et la cause qui retient ces amphibies au-dessus de Syène est toute naturelle. Les femelles de ces animaux déposent leurs œufs sur le sable du rivage, et le soleil les fait éclore. Mais il faut alors une température élevée, et c'est ce qui retient les crocodiles dans ces parages. On voit quelquefois les palmiers qui avoisinent le Nil plier sous le poids d'énormes crocodiles suspendus à leurs branches, et qui se balancent agités par le vent. Ce sont les chasseurs, qui, ayant fait une guerre heureuse à ces animaux redoutables, les laissent ainsi sécher au soleil pour les offrir ensuite aux grands de la contrée. Souvent, lorsque le temps est calme et le soleil brûlant, les nombreuses îles de sable disséminées dans ce fleuve sont couvertes de ces crocodiles. Si les canges, ou bateaux, s'approchent d'eux, -ils rentrent dans l'eau lentement et laissent ainsi le temps de les observer à loisir. Dans les endroits déserts du rivage, on aperçoit quelquefois aussi des chacals, des renards et des chats sauvages à queue traînante que la présence de l'homme effraie à peine.
En bien des endroits, cette longue vallée du Nil n'a pas plus de deux kilomètres de largeur : dans d'autres, elle s'étend à plus de quatrevingts. Des deux côtés elle est constamment bornée par une chaîne de collines qui séparent l'Egypte du désert sablonneux de la Libye.
RULNES DE L'EGYPTE.
Aussitôt qu'on a dépassé le Caire, assis sur les ruines de l'antique Meraphis, on ne découvre plus à chaque pas que des ruines. Tantôt ce sont des colonnes isolées et des portiques sculptés sur le flanc des montagnes qui regardent le fleuve ; tantôt ce sont d'immenses débris de monuments gigantesques, isolés sur le sol, et debout toujours, ou des grottes pratiquées dans le rocher des collines et qu'habitèrent, jadis, les solitaires chrétiens. Ces grottes se font remarquer en grand nombre sur
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l'une et l'iiulre rive. De toutes parts en parcourant la vallée, on rencontre d'ùnorinos hlocsde {iranil enfoncées dans la terre ou perchés sur le sommet des montagnes. Ils sont tout couverts de caraclères hiéroglyphiques.