PYRAMIDES
Mais la plus imposante de ces ruines grandioses, est sans contredît celle des Pyramides.
« C'est à la hauteur de Gis^eh, au-delà du Nil, nous apprend le R. P. Laorty-Hadji, que se trouvent les grandes Pyramides qui font depuis (ant de siècles l'admiration du monde. L'imprjssion que produit leur aspect gigantesque est encore augmentée pai- la transition brusijue où Ton passe en venant du Caire. Après avoir traversé le Nil au vieux Caire, près de Tîle de Rondah, et marché pendant deux heures à travers des prairies verdoyantes et des jardins pleins de fraîcheur, tout-àcoup, à un quart de lieue des Pyi-amides, la végétation cesse et les sables commencent avec le silence et l'isolement.
» Quand on a vu ces monuments, il est impossible de ne pas en conserver une idée grandiose. Dix lieues avant d'y arriver on les découvre, et quand on en approche, ils semblent fuir devant le regard. Cependant le véritable sentiment de leurs pi'oportions ne se manifeste qu'au moment où on touche à leur base. Alors seulement on peut juger de la grandeur de ces prodigieux monuments. La rapidité de leurs pentes, le développement de leur surface, la mémoire des temps que ces Pyramides rappeJent, le calcul du travail qu'elles ont coûté, l'idée que le déplacement des énormes matériaux qui les composent a élé l'ouvrage de l'homme ; tout saisit l'âme à la fois d'étonnemenl, d'humiliation et de respect.
» Les Pyramides sont assises sur un plateau de roche calcaire, élevé de cent trente pieds au-dessus du niveau du Nil. Trois d'entre elles sont particulièrement importantes. Elles sont sur une ligne diagonale, distantes les unes des autres d'environ cinq cents pa;^, leurs quatre faces répondant aux quatre points cardinaux. Deux, celles de Cheops et de Chéphrem, sont surlout remarquables par leur masse et leur élévation prodigieuse. La grande Pyramide, qui porte le nom de Chéops, est lu plus septentrionale. Les abords en sont obstrués par des monticules de sable et de décombres qui servent de chemin pour parvenir à l'entrée, située à quarante pieds de la base. Cette entrée regarde le nord, et se trouve au niveau de la quinzième assise.
» Pour pénétrer dans l'intérieur du monument, il faut, armé de'tor-
DE l'ancien monde. 89
cbeset de flambeaux, se laisser glisser par une galerie é'roile et rapide qui semble précipiter les visiteurs dans les entrailles de la terre ; puis, remontant par une rampe rapide et ascendante, on arrive, non sans peine, sur un palier borizontal. Ces canaux souterrains sont en pierres calcaires, parfaitement unies et appareillées. Comme tous n'ont que trois pieds et demi de haut, on n'y peut mai cher que courbé, ce qui rend cette visite très fatigante. A l'entrée de la galerie horizoutale se trouve un puits de deux cents pieds de profondeur sur deux de diamètre, et entièicmcnt taillé dans le roc. Plus loin el sur le même plan, un corridor toujours étroit et bas conduit à une chambre, dite de la Reine. Celle pièce, dont les mur? sont en pierres calcaires, est tolalement dégarnie, sans ornement, sans inscriptions ni corniches. Elle a dix-huit pieds de long sur seize de large et dix-neuf de hauteur. En dehors de celte chambre et au bout du palier horizontal, continue la rampe ascendante, cette fois plus haute et plus spacieuse, mais aussi plus rapide et plus pénible à gravir. Les deux côtés sont garnis de banquettes en pierres parsemées de trous. Celte rampe même a un deuxième palier, et là toat annonce que l'on va voir la pièce mystérieuse et sacramentelle du monument. Une clôture compliquée dans la conslruction, et qui porte les traces d'une ouverture violente, mène dans une chambre dite du Roi. Cette chambre est un parallélogramme de Irente-deux pieds de long sur seize de large et dix-huit de hauteur. Elle est construite en larges blocs de granit d'un poli admirable. Sept pierres énormes traversant d'un mur à l'autre, en forment le plafond. Un sarcophage en beau granit s'y fait remarquer, placé du nord au sud : vide et sans ornements, on voit qu'il a été violé par la main des hommes, et que son couvercle a été arraché.
» Voiià tout ce que l'on trouve dans cet immense monument : deux petits sanctuaii'es comme engloutis dans cette masse de pierres. Pour jouir de ce spectacle, le visiteur est obligé d'aspirer pendant une heure entière un air rare et méphitique, de se débattre contre des nuées de chauves-souris qui, se jetant sur les flambeaux, étourdissent les curieux par le bruit de leurs pattes ailées, et les sufïoquent par leurs exhalaisons fétides.
» Tout porte à croire, d'après l'état des Pyramides avoisinantes, et d'après le témoignage des anciens, qu'il existait autrefois, sur la Pyramide de Chéops, un revêtement extérieur en pierres granitiques et même en marbre.
» La seconde Pyramide, en allant à gauche, est celle de Chafra ou Chéphrem. Elle a six cent vingi-cinq pieds de base et trois cent qua'revingt-dix-huit de hauteur. Le sommet est revêtu, dos quatre côtés, de granit si bien joint et si poli qu'il forme un glacis inaccessible. Le second monument, intact à sa pointe, et situé sur un plateau supérieur.
90 LES CURIOSIXÉS
paraît plus haut que le premier, ((uoiqu'il soit en rivalité moins élevé. L'ouvertui-e de cette Pyramide a été découverte en 1818 par Belzoni. L'intérieur olïre des couloirs moins longs que ceux de la grande Pyramide, mais plus dégradés, aboutissant à une chambre où Belzoni dit avoii- trouvé des ossements de bœuf, mais qui est aujourd'hui absolument vide.
» La troisième Pyramide, celle de Mycérinus, a deux cent quatrevingts pieds de base et cent soixante-deux d'élévation. C'est la plus dégradée des trois. Les blocs qui formaient jadis son revêtement gisent autour d'elle. A Tintérieur, une salle où l'on a trouvé le sarcophage du roi Menkari (Mycérinus) est effondrée en plusieurs endroits, et communique par deux couloirs à une chambre carrée, autour de laquelle sont creiisés deux' caveaux au fond, et quatre sur le côté droit. »
Disons de suite, en analyse, que ces monuments peut-être destinés à perpétuer le système géométrique des Egyptiens, peut-être à opérer des observations astronomiques-, peut-être à détourner le vent du désert, sont plus probablement de simples tombeaux érigés par d'orgueilleux pharaons qui prétendaient faire vivre leur mémoire autant que ces masses de pierres.