‹ Les Curiosités de l'Ancien MondeChapitre 59 sur 97 · CAP DE BONNE^ESPÉRANCE , MONTAGNE DE LA TABLE ET COLONIE DU CAP · texte numérisé non relu

CAP DE BONNE^ESPÉRANCE , MONTAGNE DE LA TABLE ET COLONIE DU CAP

Le cap de Bonne-Espérance, à la pointe méridionale de l'Afrique, fut vu pour la première fois par Barthélémy Diaz, en i486, et doublé par Vasco de Gama, en 1497.

On l'avait nommé d'abord cap des Tempêtes; mais Jean II, roi de Portugal, changea ee nom en celui de cap de Bonne-Espérance.

Les Hollandais, les plus ardents navigateurs du temps, y fondèrent une colonie, 164 ans après la découverte du Cap, c'est-à-dire en 1650; mais elle fut occupée par les Anglais en 1795 et 1806, et elle leur a été laissée en 1815.

En arrivant au Cap, tout d'abord on est frappé de la vue d'une mon-

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tagne rocheuse, absolument plate, qui a toute l'apparence d'une table gigantesque, et que, pour cette raison, l'on nomme la montagne de la Table.

Une autre montagne, voisine de la précédente, porte le nom de montagne du Lion.

C'est sur le penchant de ces deux montagnes, la Table et le Lion, qu'est située la ville du Cap. Elle forme un amphithéâtre qui s'allonge jusque sur les bords de la mer : les rues, quoique larges, ne sont point commodes, parce qu'elles sont mal pavées. Les maisons, presque toutes d'une bâtisse uniforme, sont belles et spacieuses. On les couvre de roseaux pour prévenir les accidents que pourraient occasionner des couvertures plus lourdes, lorsque les gros vents se font sentir. L'intérieur de ces maisons n'annonce point le luxe frivole : les meubles sont d'un goût simple et noble ; jamais on n'y voit de tapisseries ; quelques peintures et des glaces en font le principal ornement.

L'entrée de la ville par la place du château oflYe un superbe coup d'œil : c'est là que sont assemblés en partie les plus beaux édifices. On y découvre d'un côté le jardin de. la Compagnie anglaise dans toute sa longueur ; de l'autre les fontaines dont les eaux descendent de la Table par une crevasse qu'on aperçoit de la ville et de toute la rade. Les eaux sont excellentes et fournissent avec abondance à la consommation des habitants, ainsi qu'à l'approvisionnement des navires qui sont en relâche.

Il est assez ordinaire de voir un petit nuage blanc qui s'attache d'abord à la cime de la montagne de la Table, du côté de celle du Diable : c'est l'annonce d'un vent qui doit souffler avec furie. En effet, l'air commence à devenir frais ; peu à peu le nuage augmente et se développe ; il grossit au point que tout le sommet de la Table en est couvert. On dit communément alors que la montagne a mis sa perruque. Cependant le nuage se précipite avec violence et pèse sur la ville. On croirai' qu'un déluge va l'inonder et l'ensevelir. Mais à mesure qu'il gagne le pied de la- montagne, il se dissipe, il s'évapore, il semble même qu'il se réduise à rien. Le ciel continue d'être calme et serein sans interruption ; il n'y a que la montagne qui se ressente de ce court moment de deuil, qui lui dérobe la présence du soleil.

Le pied de la Table est encombré d'une grande quantité d'éclats de rocher qui paraissent s'en être détachés. La base est un granit pur, et, jusqu'à son sommet, elle paraît être alternativement composée de couches horizontales de granit et de terre. Elle s'élève à trois mille six cents pieds au-dessus du niveau Me la mer. On n'y peut monter que par la crevasse d'où découlent les eaux qui remplissent les fontaines de la ville. Celte route est pénible, surtout vers le haut, où la crevasse se

réU-écit beaucoup et devient presque perpendiculaire. Il faut gravir pondant plus de deux heures pour gagner le sommel. Il olîre alors une plate-forme Irt's étendue, liérissôe d't^normes rochers confusément amoncelés : on dirait les ruines d'une ville immense. Le temps, les nuages et le vent semblent en avoir usé les parties les plus saillantes.

Vers le milieu du plateau se trouve un bassin bourbeux. C'est de là que découlent les eaux qui arrivent au Cap par la crevasse en question. Ce bassin peut avoir trois ou quatre eenls pas de circonférence. Ces eaux sont-elles le produit d'une source des pluies ou des brouillards? qui pourrait le dire ? Mais la montagne est circonscrite par une quantité de ravins, qui sont autant d'aqueducs qui vont çà et là distribuer les eaux du bassin et fertiliser les habitations éparses à quelque distance de son pied.

La Table est le repaire des vautours. Le vent du sud-est les oblige souvent à déserter la montagne, et la furie avec laquelle il souffle les précipite dans les rues du Cap, où ils sont assommés à coups de bâton. On y voit aussi Tespèce de singe appelé papion, que les Hollandais appellent bairians, et dont Paris a vu un curieux spécimen, dans le cirque de l'Impératrice, où un singe de cette espèce, sous le nom de VEcuyer quadrumane, exécutait tous les tours d'ordinaire réservés à des hommes. On sait qu'ils sont voleurs ; ils se répandent dans les habitations et escaladent les jardins pour en dérober les fruits.

Lorsque les curieux vont pour la première fois à la montagne et s'engagent dans la crevasse, ils se croient assaillis par une pluie ordinaire, quoique le temps soit beau, et il pleut réellement pour eux en effet. Ce sont les gouttes d'eau qui, suintant continuellement des rochers supérieurs, tombent sur ceux qui sont plus bas, se heurtent, se divisent en une pluie d'autant plus fine qu'elle approche plus du pied de la montagne. Cette pluie est toujours plus abondante le matin que le reste de la journée ; les fraîcheurs et les rosées de la nuit en expliquent aisément la cause.

On rencontre dans la crevasse, à un tiers environ de sa hauteur, une superbe nappe d'eau qui coule sur un rocher plat très étendu. On vient de la ville du Cap se promener jusqu'à cette cascade : la route n'en est j>as tellement escarpée que les dames ne puissent se donner la satisfîiction d'y aller jouir d'un charmant coup d'oeil fort pittoresque, d'un point de vue délicieux, et d'une fraîcheur exquise.

C'est un usage assez remarquable que, dans le pays les plus chauds, les esclaves font du feu partout où ils travaillent. Cela leur sert à allumer leurs pipes et à faire cuire ou réchaulïer leurs aliments. Ceux du Cap, chargés d'aller couper du bois pour la maison de leurs maîtres, vont quelquefois le chercher sur le revers de la Table. Or, le soir, s'ils négligent d'éteindre les feux, ils se conuuuniquenl insensiblement de

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proche en proche à toutes les herbes et racines sèches ; la trace gagne et s'étend décote et d'autre, parvient à des enfoncements où le bois vert et le bois sec indistinctement s'allument et s'embrasent; ce sont alors autant de fournaises, de petits volcans qui tiennent ensemble par les cordons de feu qui les ont unis. La flamme s'en échappe par tourbillons, et se nuance suivant que les différentes cavernes sont plus ou moins profondes. La nuit survient, et la ville et la rade et tous les environs jouissent d'un spectacle d'autant plus magnifique que, la cause en étant connue, on est exempt de ces terreurs profondes qu'imprimerait ailleurs un pareil phénomène, car la hauteur et l'étendue de cet embrasement donnent à la montagne un aspect plus effrayant que les laves du Vésuve dans leur plus grande force. Tout ce qu'on pourrait imaginer pour éclairer les navires à vingt lieues en mer n'approcherait jamais de ce phare allumé au hasard par une misérable broussaille qu'a laissé brûler un nègre étourdi.

C'est auprès du Cap, derrière la Table, que se trouve le fameux vin de Constance. Ce vignoble ne produit peut-être pas la dixième partie du vin qu'on débite sous son nom. Les uns disent que les premiersplants sont originaires de Bourgogne, les autres de Madère, d'autres encore de Perse. Ce qu'il y a de certain, c'est que ce vin bu au Cap est délicieux, qu'il perd beaucoup par le transport, et qu'après cinq ans il ne vaut plus rien.

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