RÈGNE VÉGÉTAL
Le climat de l'Amérique méridionale est généralement moins brûlant que celui des zones de même latitude dans l'Ancien Monde.
Il en résulte une excessive fécondité.
Aussi les productions du conlinont américain sont ivmarquablos par leurs variétés, leur nombre et quelques-unes par leurs formes extraordinaires.
Le principe vital s'y déploie dans toute sa vigueur, en parcourant dans le règne végétal, le règne animal et chez les diverses races d'hommes qui l'habitent, une chaîne immense admirablement graduée. Depuis la mousse dont se nourrit le renne dans les terres polaires, jusqu'au cierge pascal qui s'élève à deux cents pieds, au cactus colossal et aux arbres gigantesques des forêts vierges; depiiis les Esquimaux, qui' habitent le nord, et les Pescherais du sud, jusqu'au Caraïbe et au Patagon élancé ; depuis la structure admirable des termites jusqu'au tapir et au jaguar du Brésil; depuis les brillants papillons du Pérou jusqu'au guacumago aux riches couleurs et au géant des oiseaux de proie, le condor chevelu ; enfin, depuis le crapaud de Surinam jusqu'au caïman et à l'alligator, la nature a fait preuve d'une telle fécondité et d'une variété si prodigieuse dans les organisations qu'elle a créées, qu'il n'appartient qu'à un Humboldt d'en entreprendre la description, et que le pinceau d'un Spix ou d'un Martius pourrait seul les reproduire.
Parmi les végétations indigènes de cette vaste contrée, nous citerons la pomme de terre, solanum tuberosum, dont le savant Espagnol José Pavon, dans la Flo7m perumana, place le paj^s natal aux environs de Lima, dans le Chili, et même dans les forêts de Santa-Fé-de-Bogota : ce tubercule y vient sans culture, et les indigènes qui l'ont transporté dans l'intérieur des terres l'appellent papas.
On a déjà classé quatorze variétés du quinquina ou arbre de Chine, qui ne se trouve qu'entre le 2*= et le &" degré de latitude australe. Il fournit annuellement douze, à quatorze cents quintaux de son écorce pour les besoins de l'Europe.
Le cacaotier, la vanille, le maïs, sont encore des plantes indigènes, et il serait trop long d'énumérer ici les innombrables végétaux que l'Amérique fournit à la médecine et à la teinture.
Parmi les végétaux résineux, l'aracatscba offre dans sa racine une nourriture farineuse d'une saveur agréable.
Le palmier-cirier croît non loin et au nord de l'Equateur, dans un petit district qui a de quinze à vingt lieues de circonférence. Il atteint une hauteur de cent soixante à cent quatre-vingts pieds. Quatre-vingtsept variétés du palmier, cet arbre si riche, si utile et si beau, offrent dans toutes les forêts des trésors de leurs fruits précieux, vin, huile, cire, farine, sucre et sels.
Enfin, les orchides, si belles, si variées, s'y montrent sous deux cent quarante-quatre espèces différentes.
Dans la contrée qui avoisine la cataracte Tequemdama, près de Santa-Fé-de-Bogota, la nature semble avoir réuni tout ce qu'elle a de plus curieux, de plus rare en végétaux et en animaux. Les forêts sont impénétrables à l'homme, tant les herbes y sont fortes et les arbres multipliés.
Magnificences du Nouveau Monde. il
Au Chili, c'est le cocotier, le c6dre, l'encens et les plantes médicinales qui font le principal trésor de la contrée.
Au Brésil, dont un bois utile pour la teinture porte le nom, plus de quatre-vingts espaces de végétaux ligneux, entrent dans les objets d'échange réclamés par l'Europe. 11 donne aussi un excellent thé, cultivé avec succès.
Les marécages de l'Orénoque donnent le gaïac et la gomme élastique ; la Guyane fournit toutes les productions du golfe diî Mexique, sans aucune précaution de culture ; la Guyane française, celles des Moluques et des îles de la mer Pacillque.
Au fond des forêts de Venezuela, on vient de découvrir un végétal analogue à la cochenille.