LES RACES AMÉRICAINES
Bien que provenant de deux races principales, l'espèce humaine, en Amérique, offre les caractères les plus variés et les plus originaux.
La première de ces deux races comprend les peuples qui habitent les régions les plus septentrionales, et désignés ordinairement sous la dénomination commune d'Esquimaux.
On peut y joindre aussi les Pescherais, tout-à-fait au sud de l'Amérique, faible peuplade encore placée aux degrés les plus inférieurs de la civilisation, et portant l'empreinte, qu'on ne peut méconnaître, de la nature sauvage qui les environne, et qui éteint sous la neige de la zone glaciale tout sentiment noble et généreux.
La seconde race se compose des Indiens, les véritables habitants primitifs de l'Amérique, d'une constitution musculaire remarquable, à cheveux- plats et rudes, l'os frontal d'une dépression extraordinaire , les pommelles saillantes, le nez aquilin, les yeux longs et bien fendus, le visage long sans être aplati.
La couleur des habitants varie, suivant la latitude qu'ils habitent, du jaune de rouille au rouge de brique, et du brun-canelle au gris de cuivre.
D'après Vater et Dauxion-Lavayssi, il paraît vraisemblable que la plus grande partie des habitants, sortis de l'Asie dans les temps les plus reculés, appartenaient à la race mongole, qui, par suite de changements de climats et de manière de vivre, s'est peu à peu modifiée telle que nous la voyons maintenant.
Depuis Christophe Colomb, une foule d'Européens de toutesles nations y ont émigré et s'y sont établis; Espagnols, Portugais, Anglais, Français, Suisses, Allemands, Hollandais, Danois, Suédois, Russes, Juifs même, sont venus s'y établir. Outre ces émigrés volontaires, la détestable soif de l'or a transplanté sur le sol américain une innombrable quantité d'esclaves noirs amenés de la brùlanle Afrique. Sur une population totale de trente-cinq millions d'âmes, les naturels forment à peine la moitié. Le nombre des esclaves seuls, des nègres nés en Amérique et des mulâtres, est de cinq millions cinq cent mille.
Le nombre des différentes langues ou dialectes parlés en Amérique est incalculable, eu égard à la faible population d'un aussi vaste continent. L'Espagnol Lopcz en compte quinze cents. Mais Humboldt a rapporté les différents idiomes, dont les plus usités sont les langues aztèque ou mexicaine, péruvienne et caraïbe, aux deux langues-mères desTollèques et des Apalaches.
Nous avons dit (]iic les nalurcls de rAmôrique du nord sont les Indiens des 31ont:ignes-Rocheuses, de la rivière de Cuivre, des Prairies, etc., connus de nos jours sous le nom de Chippcways, d'Iroquois, de Hurons, d'Osages, de Peaux-Rouges, de Pieds-Noirs, de Mohikans, d'Algonquins, de TcMes-Plates, de Nez-Percés, de Moliawks, de Sioux, de Tuscaroras, de Navajoôs, d'Apaclies, de Comanches, etc. Mais toutes ces tribus, pressées par le flot toujours grossissant des blancs d'Europe, qui envahissent leurs territoires et les refoulent vers l'ouest, décimées par des luttes terribles contre leurs vainqueurs, réduites à rien, bientôt disparaîtront complètement de leur patrie devenue la proie des conquérants qui leur font une guerre d'extermination.
Les naturels de l'Amérique du sud ou Indiens indépendants, que les chrétiens refusèrent longtemps de considérer comme de véritables hommes, oITrent des singultyités bien remarquables et fort intéressantes, dans leur physionomie comme dans leurs mœurs. Voici comment et pourquoi :
Parmi les peuples qui occupaient le pied des Andes ou Cordillères, à l'époque de la découverte, le plus nombreux et le plus puissant était les Péruviens au teint cuivré. Fiers et courageux jadis, ils sont maintenant méconnaissables, et cette dégradation est due au joug avilissant des Espagnols, tout adouci qu'il était par l'influence de l'Eglise. Ceux qui embrassèrent la religion furent appelés fidèles, et ceux qui refusèrent d'abandonner l'idolâtrie se nommèrent harbaros. Ces derniers, écrasés par d'énormes impôts, arrachés à leurs occupations et enlevés à leurs familles pour être jetés dans les mines, étaient voués dès leur naissance au travail des mines et déclarés incapables d'exercer aucune fonction publique. C'était la loi qui les frappait de cette double réprobation. Les Péruviens soumis à cet affreux esclavage dégénérèrent rapidement, et ces hommes qui, à l'époque de la découverte, étaient supérieurs à leurs vainqueurs par l'énergie, les lumières et la civilisation, ont pour descendants des êtres bruts, stupides et paresseux. Tout le monde sait les efforts de Las Casas et du clergé pour mitiger ces châtiments.
D'après une tradition du pays, voici quelle est leur histoire :
A une époque que l'on pourrait fixer au xii" siècle, deux individus au teint blanc, Manco-Capac et Mama-Oello, sa femme, vinrent s'établir parmi les tribus péruviennes. Ils se disaient enfants du soleil, et donnèrent des lois, réglèrent le culte et enseignèrent l'agriculture et l'art de filer et de tisser.
Manco-Capac fonda Cusco, et ses successeurs, au nombre de dix-sept, et sous le titre û'incas, gouvernèrent en répandant parmi le peuple la civilisation, l'instruction et les dogmes du sabéisme, c'est-à-dire le culte des astres.
Les prêtres du roi de Gusco surent dresser un méridien, calculer le moment des solstices, et, par des intercalations sagement calculées, ils convertirent l'année lunaire en année solaire. Les connaissances astronomiques de ces temps reculés ont laissé des traces, malgré les révolutions politiques et l'esclavage, car les tribus sauvages de la province de Paranija ne sont pas étrangers au grand art d'observer les astres.
Des ruines nombreuses telles que celles du palais des Incas à Gusco et à Quito, la chaussée creusée à travers les rochers des Andes, et qui, tracée au cordeau, se dirige vers Gusco, en franchissant le sommet du Parama, élevé de quatre mille huit cents mètres, monument bien supérieur à la Voie Appienne; les pyramides et autres monuments non moins remarquables, donnent une haute idée des arts chez les anciens Péruviens.
La langue des Incas est celle qui est le plus usitée, même aujourd'hui, à Quito et à Lima. On l'appelle quitschuan, et l'aversion des peuplades péruviennes pour la langue espagnole est si forte que les prêtres d'Espagne, pour conserver leur influence , sont obligés d'apprendre la langue que les naturels s'obstinent à préférer. Gette langue est sonore et flexible : on sent qu'elle s'est formée par un long usage, mais elle est privée des consonnes b, d, f, g, r.
Outre les Péruviens, les races les plus nombreuses sont les Botokondes, les Patagons, et les habitants de la Terre de Feu ou Pescherais.
Les Patagons, qui vivent sur le versant des Andes, sont des tribus nomades. Ils se montrent ennemis prononcés des Espagnols, qui redoutent surtout les Puelches ou Poyuches, les Gauchos et les Araucaniens.
Au Paraguay et dans le Tucuman, les jésuites ont fondé de nombreux établissements agricoles parmi les peuplades sauvages qui vivent au milieu des forêts. G'est surtout chez les Guanaris que ces vaillants et pieux missionnaires ont eu du succès, et on perte à plus de deux cent mille le nombre des convertis devenus agriculteurs.
Les ennemis les plus implacables des Espagnols sont les tribus indiennes qui ont adopté l'usage du cheval, et qui le manient avec une dextérité surprenante. Tels sont les Abipons, les Mocabis, les Tobas, etc.
Les indigènes de la Patagonie, tels que les Puelches, les Moluches, les Tuelches, etc., sont adroits cavaliers et ennemis implacables. Ils manient la fronde avec une rare habileté, et sont d'une haute stature, sans être pour cela des géants, comme le disent certains voyageurs.
Les Pescherais qui habitent la Terre de Feu sont à peu près au nombre de deux mille. Gais, ofTicieux, maisstupides, ils occupent les derniers degrés de l'échelle humaine.
36 LES MAGNIFICENCKS
Au Brésil, les peuples originaires sont les Topinambous, qui habitent les rives du Tocantin, les Ouctakapos, les Moxos, etc. Les Portugais les emploient pour ramer, et c'est le seul travail auquel on ait pu les habituer. Remplis de haine pour leurs maîtres, aimant leur libevté par-dessus toute chose, ils évitent les colonies européennes et ne respectent pas les voyageurs, ce qui rend les communications difficiles et périlleuses entre les ports et Tinlérieur du pays. Les mômes dangers du reste se rencontrent, dans toutes les contrées de l'Amérique du sud, ce qni nuit beaucoup au commerce.
Les indigènes de la Guyane sont les Caraïbes et les Maïpures. Les Omégans occupent les bords du Parima, lac dont les bords sont taillés dans la talc, qui brille au soleil comme l'or et l'argent. C'est sans doute à celte circonstance que l'on doit la fable de l'Eldorado.
La plus grande partie de la population de l'Amérique méridionale se compose de tous les mélanges résultant des alliances des Européens, des Indiens, des nègres et de leurs descendants. Les Espagnols comptent onze gradations difïérenles provenant de ces alliances :
Les métis, issus d'uji Européen et d'une Indienne;
Les quarterons, d'un Européen et d'une métis;
Les oclavons, d'un Européen et d'une quarlerone ;
Les pulchueles, d'un Européen et d'une octavone.
Les enfants d'un Européen et d'une pulcbuele sont considérés comme Espagnols.
Les mulâtres proviennent d'un Européen et d'une négresse;
Les quinterones, d'un Européen et d'une mulâtresse ;
Lessaltatras, d'un quarteron et d'une Européenne;
Les calpans-mulâli-es, d'un mulâtre et d'une Indienne ;
Les cliinos, d'un calpan-mulâtreet d'une Indienne;
Zambos ou zambajos, tous les enfanls provenant des alliances entre nègres et Indiennes.
On donne le nom de créoles ou creollos à tous les habitants issus de parents européens unis légalement.
Tous .ces peuples et leurs dilTérents mélanges ne sont pas encore entièrement sortis de leur état de barbarie primitive. Toutefois, la plupart d'entre eux, surtout dans l'Amérique du nord et dans les Antilles, ont fait des progrès remarquables vers la civilisation.
On évalue à douze millions la population de l'Amérique du sud, dont un million à peu près se compose d'Indiens indépendants, répandus sur toute la surface de ce continent, mais principaleiU(>nl dans le centre et vers le midi. La contrée où il y en a le moins est la république de Colombie. Ces tribus indépendantes pailent toutes un dialecle différent, mais la langue des Garanis paraît étie comprise par pi'csque tous les Indiens. Leurs chels, dont l'autorilé est loin d'être absolue, se
nomment caciques. Chez les Araucaniens, qui se sont surnommés euxmêmes Moluches, ce qui iiignïûe guerrier, le chef est appelé taqui. Dans ces derniers temps, 1860-1863, le chef suprême ou roi des Araucaniens était un Français que son influence, son adresse et son talent avaient porté à être élu par ces peuplades à demi sauvages. Il portait le nom d'Oréli P^ Mais jalousé par le gouvernement du Chili, il fut fait prisonnier et très étroitement gardé par ses ennemis. Il parvint naguère à s'échapper , et depuis peu il est venu en France , peut-être afin d'assurer son retour et sa domination dans sa nouvelle patrie d'adoption.
La plupart des peuplades dont nous venons de parler s'occupent de chasse et de pêche ; mais quelques-unes préfèrent subsister du butin qu'elles enlèvent à leurs voisins. La culture des champs et les travaux domestiques sont généralement abandonnés aux femmes.
CURIEUSES RUINES DE L'AMÉRiaUE, MEXIQUE ET PÉROU.
Nous allons maintenant parler quelque peu du Mexique, dont nous avons négligé de rien dire, afin de traiter ce sujet presque isolément. Il doit nous intéresser d'autant plus que le drapeau de la France flotte en ce moment dans ces contrées, conduisant nos vaillants soldats contre les bandes de Juarès, l'injuste et coupable tyran, ennemi de tout droit et de toute civilisation.
Sans faire la description du Mexique, dont les beautés naturelles se rattachent à l'ensemble de toutes les magnificences de l'Amérique, nous signalerons cependant le fleuve du Rio-Grande, qui a sa source dans les environs de Mexico, au pied du Nevado de Tolaca. Ce grand fleuve traverse les Etats de Mexico, Méchoacan, Guanaxuato et Xalisco. Après avoir baigné plusieurs villes, il se précipite d'une cataracte de quatrevingts pieds, commence une série de chutes avec des abîmes de deux cents toises , et mêle ses eaux au lac de Chapala , célèbre par ses sites montagneux, ainsi que par son îlot. Enfin il se rend dans le grand Océan.
Comme le Pérou, jadis le Mexique fut une contrée très civilisée, et ce que l'on voit encore de l'ancien Mexique, et surtout ce qu'y trouvèrent les Espagnols, lors de la découverte de cette quatrième partie du monde, donne la mesure de la puissance, de la richesse et de la grandeur de cet empire.
C'est sur co point que nous voulons nous élendrc plus spécialement.
L'empire mexicain, qui avait h sa tétc des caciques, ressemblait plutôt aux monarchies féodales du moyen-âge qu'au despotisme de l'Asie.
La ville capitale était Tenochtitlan, remplacée aujourd'hui par Mexico, assise sur les ruines de la cité des caciques... On y remarquait :
Le temple de Tezcatlipoca , la première des divinités aztèques après Tcoll, l'Etre suprême et invisible, et de Huit-Zilopochtli, le dieu de la guerre. Cinq mille personnes étaient attachées au service de ce temple.
Il était environné de Irentc-neuf autres temples, et ses murs, hélas ! étaient revêtus de têtes d'hommes immolés, car ces dieux exigeaient des victimes humaines par vingt-cinq et cinquante raille!... Il est inutile, pensons-nous, de faire remarquer que seul le catholicisme a aboli et pu abolir les sacrifices humains. Partout où a régné et règne l'idolâtrie ou culte des démons, on est sûr de les trouver.
Le palais de Montézuma, qui comptait plus de mille salles, dont une pouvait contenir trois mille personnes. Ces salles étaient ornées de marbres fins et de boiseries de cèdre et de cyprès.
Outre ce palais, le prince en avait plusieurs autres dans la ville : c'étaient des palais pour ses femmes, des logements pour ses officiers et ses ministres, des maisons pour recevoir des étrangers, detix ménageries dont la description tient de la féerie, de beaux jardins et des bois clos de murs pour les chasses.
La ville possédait aussi un arsenal et un marché deux fois plus grand que celui de Se ville.
Mexico, suivant M. de Humboldt, ne contenait pas moins de neuf cent mille habitants.
Aujourd'hui, Mexico est bâti sur les ruines de Tenochtitlan; la cathédrale sur celles du temple de Tezcatlipoca, et l'hôtel du duc de Monteleone sur les débris du palais du cacique Montézuma.
Et les restes de tant de grandeur se réduisent à un calendrier mexicain de porphyre de douze pieds de diamètre et du poids de vingtquatre kilogrammes, adossé maintenant au mur de la cathédrale ;
A la statue colossale de la déesse Teoyaotimiqui , monstre gigantesque taillé dans un blôc de basalte de neuf pieds de haut, à laquelle on offrait en hommage des milliers de cœurs humains, arrachés soudaia à la poitrine d'infortunés jeunes hommes et de jeunes filles, et encore palpitants.
Quant à la ville de Mexico, qui a remplacé Tenochtitlan, disons-nous, située à l'ouest du lac de Tezcuco, dans une plaine assez triste, bordée d'algues et de marais en putréfaction, elle eslsplendide. Ses rues, tirées
au cordeau, sont larges et généralement très longues ; il y en a de deux milles. Les principales partent des quatre points cardinaux et viennent aboutir à la grande place. Elles sont pavées de petites pierres rondes et polies. Les maisons, bâties uniformément en pierres de taille, ont de deux à trois étages, des portes extérieures ornées de bronze, et une galerie à chaque étage dans les cours, qui sont garnies de fleurs. Les façades sont peintes en blanc, en rouge et en vert, ornées de passages écrits de la Bible ou de carreaux de porcelaine, formant des dessus mauresques. Les toits, plats, carrelés en briques, et décorés d'arbustes et de fleurs, forment, le soir, autant de promenades particulières. La grande place, une des plus belles du monde, est entourée : 1° de la cathédrale, qui a cinq cents pieds de développement; 2° de l'ancien palais du vice-roi ; 3" de Fhôtel de Cortez, le tout avec des portiques formant contour. Au centre, s'élève une fort belle statue équestre de Charles IV, exécutée à Mexico.
La cathédrale, qui est un magnifique édifice, est renommée par ses richesses. Mais en outre de ce monument grandiose, Mexico compte cinquante-six églises et trente-huit couvents des deux sexes.
La population actuelle est de cent quatre-vingt mille habitants, dont une moitié de race blanche, un quart de race indienne, et le reste de sang mêlé. Dans ce nombre figurent vingt mille malheureux appelés saragales ou guichinangos, véritables lazzaroni américains, n'ayant d'autre asile que les rues.
Les faubourgs de la ville, encombrés de masures, de plâtras et d'immondices, sont le séjour de cette hideuse misère, tandis que les villages voisins sont peuplés de villas délicieuses.
Dans le voisinage de Mexico se trouvait le temple de Can-Teolt, la déesse du maïs, la Cérès mexicaine. Aujourd'hui le village de Guadalupe le remplace, et il est célèbre par son riche sanctuaire de la sainte Vierge : on s'y rend en pèlerinage de tous les points de la Confédération mexicaine.
On voit à Huechuetoca un canal d'écoulement que l'on appelle le désaque. C'est une des œuvres hydrauliques les plus gigantesques que les hommes aient jamais exécutées. Si la fosse était remplie, les plus gros vaisseaux de guerre passeraient à travers la rangée de montagnes qui bordent le plateau de Mexico, au nord-est.
Une petite ville du nom de Tula possède un calendrier mexicain, sculpté, comme celui qui est adossé à la cathédi-ale de Mexico, sur une pierre énorme, mais qui offre de grandes différences. Monsieur Beltranis l'attribue aux Toltôques.
Otumba, pauvre ville, a un magnifique aqueduc, deux anciennes colonnes iiarfaitemenl sculptées et deux pyramides. Ces pyramides sont des téocallis ou temples consacrés par les Toltèques au soleil et à la
lune, La première a deux cent sept pieds de hauteur, el la seconde cent soixante-tieize. Les murs sont de pierres non taillées, hautes de huit pieds, épaisses de trois. L'édifice est parfaitement orienté. Au sommet, on voyait autrefois des autels, avec des coupoles en bois et des statues couvertes de lames d'or. Les deux téocallis sont environnés de petites pyramides de vingt-sept à trente pieds, ornées de bas-reliefs et d'hiéroglyphes : c'étaient des sépultures de chefs de tribus. Monsieur de Humboldt trouve dans ces monuments une grande analogie de formes avec le mausolée de Bélus, à Babylone, qui n'était qu'une pyramide dédiée à Jupiter-Bélus.
Tezcuco, jadis Acolhuacan, capitale de la grande nation de ce nom, n'est plus aujourd'imi qu'un assemblage de chaumières décoré du titre de ville. Avant la conquête du vieux Mexique par les Espagnols, Acolhuacan était l'Athènes de l'Amérique pour les sciences et les arts. On y voit les ruines d'un palais bâti par les Espagnols et les belles casernes construites par Fernand Cortez pour le jeune cacique de Tezcuco, son allié. Le palais des anciens caciques, long de trois cents pieds, était vraiment digne des Romains. On a élevé une église avec ses matériaux.
On remarque encore un bel aqueduc indien, plusieurs pyramides, des tombeaux en briques, et le palais de la ville où Cortez et sa petite armée furent logés lors de l'invasion du Mexique par les Espagnols.
A deux milles de là se trouve le village indien de Huexotla, qui possède les ruines d'un palais, une muraille haute de trente pieds, épaisse et très longue, les magnifiques bains de Montézuma, le dernier cacique, tué par les Espagnols lors de la découverte de l'Amérique, et des terrasses d'un stuc plus dur et plus beau que celui de Portici et d'Herculanum, les villes d'Italie détruites par le volcan du Vésuve.
C'est tout près de là que l'on voit le volcan de Popocatepelt et le mont Izlaccihuatl, les deux plus hautes montagnes du Mexique.
A Guernavaca on trouve un monument ancien, excessivement curieux, appelé le retranchement militaire de Xochicalco. Il a cent dix-sept mètres d'élévation et montre une quantité de figures hiéroglyphiques, parmi lesquelles on distingue des hommes assis, les jambes croisées comme des Orientaux. La plate-forme a près de neuf cents mètres carrés.
Dans le voisinage de Puebla est Cholula, jolie ville bien bâtie, environnée de plantations d'agaves, peuplée de 16,000 âmes, capitale d'une république oligarchico-théociatique à l'époque où Christophe Colomb mit le pied en Amérique. C'était la Jérusalem, la Rome de l'Amahuac. On s'y rendait en pèlerinage de tous les points du Mexique, Outre un très grand téocaili, qui a une base de treize cent cinquante-cinq pieds et une hauteur de cent soixante-douze, et qui porte sur sa surface de quatre mille deux cents mètres carrés une église moderne de Notre-
Dame de los Remedios, entourée de cyprès, cette ville possédait autant de temples qu'il y a de jours dans Tannée.
Tlascala, misérable petite ville aujourd'hui, était autrefois une splendide cité. On y voit encore les ruines d'un ancien temple magnifique, et celles d'une muraille d'une longueur de six milles qui la protégeait quand, regorgeant d'une population nombreuse, elle était la capitale de l'Etat le plus puissant de l'Amahuac, après celui de Mexico.
Nous ne devons pas oublier Milta, située dans une triste solitude, peuplée de ruines d'élégants édifices, de tombeaux avec des dessins étrusques, de colonnes de porphyre, d'appartements intérieurs pareils à ceux des monuments de la Haute-Egypte, ce qui, avec beaucoup d'autres édifices, peut faire supposer que le Mexique aurait pu être peuplé par des voyageurs égyptiens, éloignés de leur patrie par une tempête violente.
Ocafingo, gros village, est renommé par les ruines de l'ancienne ville de Tulha, et San-Domingo par celles de Culhuacan, que monsieur Jomard ne craint pas d'appeler la Thèbes américaine. Cachées durant des siècles dans de sombres forêts, elles ne furent explorées la première fois qu'en 1787, et pourtant ce sont les monuments les plus curieux et les plus grandioses du Nouveau Monde. Culhuacan, qu'on appelle aussi Palanqué, paraît avoir eu de sept à huit lieues de tour. Ses ruines immenses offrent des temples, des tombeaux, des fortifications, des pyramides, des ponts, des aqueducs et nombre d'édifices, de maisons, etc. On y a trouvé des vases, des idoles, des médailles, des instruments de musique, des statues colossales, des bas-reliefs, des hiéroglyphes, etc. Tout annonce que ce fut la résidence d'un peuple très avancé dans l'architecture, la peinture, la sculpture, peuple à taille élancée, aux belles proportions, n'ayant dans les traits rien d'asiatique et rien d'africain.
Enfin sur les rives du Rio-Géla, on rencontre aussi les ruines antiques d'une ville aztèque de près d'une lieue carrée, avec des maisons en torchis, exactement orientées, des murs de douze décimètres d'épaisseur, une fortification flanquée de grosses tours, un canal artificiel conduisant les eaux du fleuve à la ville, et une grande plaine couverte d'innombrables vases de terre cassés, régulièrement peints en blanc, en rouge et en bleu.
Nous tenions à donner tous ces détails à nos lecteurs pour leur faire connaître la civilisation du Mexique et du Pérou, avant que les Espagnols envahissent l'Amérique et ne s'emparassent de ces riches contrées, dont leur insatiable cupidité et leur amour de l'or firent bientôt un vaste champ de bataille, une terre de deuil et de désolation.