DÉCOUVERTES SUCCESSIVES DANS L'AMÉRIQUE
La première découverte de l'Amérique, en ne considérant l'Atlantide de Platon que comme une peinture allégorique des mœurs et des formes des gouvernements de son temps, remonte jusqu'aux temps obscurs du moyen-âge.
Des Normands, dès l'an 895, partis de l'Islande, découvrirent la terre polaire du Groenland, qui signifie Terre Verte, h raison de l'aspect qu'elle présente.
En 982, des Islandais, sous Eric-le-Roux, allèrent porter la religion chrétienne dans les contrées environnées de glaces de la côte orientak.
Les découvertes se succédèrent ensuite en grand nombre.
L'Islandais Biœrn découvrit en 1001, vers le sud-est, le Winland.
Plus tard, les frères Nicole et Antonio Zeni entreprirent, de 1388 à 13-90, un voyage dans la partie septentrionale de l'océan Atlantique, et furent poussés vers la mystérieuse Frieslanda, vraisemblablement l'île Feroë.
De là ils visitèrent une partie de l'Amérique du nord, qu'ils nommèrent Drogno : c'est la Nouvelle-Ecosse d'à présent.
Mais enfin, ce n'était pas le continent de l'Amérique, et nul n'avait souci de leurs découvertes.
Ce fut le célèbre Génois Cristoforo Colombo, Christophe Colomb, ou Colon, comme il se fit appeler plus tard en Espagne, qui fit la découverte de ce Nouveau Monde, et c'est à lui qu'appartient incontestablement la gloire d'avoir, le premier, fait connaître l'Amérique. Après une longue et dangereuse navigation, il découvrait, le 7 octobre 1492, l'île de Guanahani, une des îles Bahama, qu'il nomma San-Salvador, en mémoire du secours que lui offrit cette île au milieu de sa détresse. Il pénétra ensuite jusqu'à Cuba et Hispaniola ou Saint-Domingue, aujourd'hui Haïti.
Dans un second voyage, entrepris en 1495, Colomb découvrit les îles Caraïbes, et en 1496, Porto-Rico et la Jamaïque.
A la même époque, le Vénitien "Giovanni Cabote, au service de la Grande-Bretagne, découvrit les côtes du Labrador, ^
Puis Sebastiano Caboto, frère du précédent, également au service de la Grande-Bretagne, visita, en 1497, l'île de Terre-Neuve.
Un an après, Christophe Colomb entreprit son troisième voyage, et découvrit l'île de la Trinité, l'embouchure de l'Orénoque et le conlinent de l'Amérique méridionale. Seulement, comme nous l'avons dit, le naïf
Colomb mourut sans savoir qu'il avait découvert un continent, la quatrième partie du monde, et crut avoir trouvé le Catliay, le fameux Calliay de Marco Polo, et être arrivé, par l'ouest de l'Europe, à Test de l'Asie.
Malgré les fatigues et les dangers que coûta à Christophe Colomb celte découverte, dont il n'eut pas la conscience, il ne fut pas assez heureux pour lui donner son nom. Cet honneur fut usurpé, ou peut-être obtenu sans qu'il y ait prétendu, par le Florentin Amerigo Vespucci, Améric Vespuce, qui était alors aux Grandes-Indes, et qui ne visita qu'en 1501 les côtes du Brésil, découvertes par le Portugais Pedro Alvarez Cabrai.
Christophe Colomb, après avoir, en 1302, visité dans un quatrième voyage les côtes de Honduras et l'isthme de Panama, vint terminer sa glorieuse carrière dans une douloureuse captivité.
On dut ensuite à l'intrépide Gaspard de Corte Real l'exploration de Terre-Neuve.
Dès loOG, les Français Jean Denys et Coraart avaient eu connaissance de celte ile, et Yames Pinzou et Diaz de Solis avaient visité l'Yucalan.
Les Florides furent découvertes en 1512, par Ponce de Léon.
Trois ans plus tard, Jean Grijalva aborda sur les côtes du Mexique, qui reçut le nom de Nouvelle-Espagne, et dont Fernand Cortez fit la conquête de 1519 à 1520.
L'extrémité méridionale de l'Amérique fut visitée pour la première fois par le Portugais Hernandez Magalhaën, Magellan, qui, le premier, franchit le détroit qui porte son nom, détroit de Magellan, et fit le tour du monde.
Alonzo Pizarre parut en 1526 au Pérou, dont il finit par s'emparer en 1531.
Tandis que Sébastiano Caboto découvrait le Paraguay, et que les négociants augsbourgeois Wclser prenaient possession de Venezuela, Bererra et Grijalva abordaient, en 1533, sur les côtes de la Californie, explorée plus tard, avec plus de soin, par les Espagnols Guzman et d'UIloa.
En même temps un Français de Saint-Malo, Jacques Cartier, découvrait le Canada et l'embouchure du fleuve Saint-Laurent;
Diego de Almagro visitait le Cliili, et Pedro de Mendoza les pays situés sur les bords de la rivière de la Plata.
Quatre ans après. Fernando de Soto conquérait les Florides ;
Orellana remontait le fleuve des Amazones ou Maragnon ;
Et les Espagnols, poussés par la soif de l'or, que l'on disait trouver partout sur ce sol fécond, étendaient leurs recherches jusqu'à la côte nord-ouest et au cap Mendocina.
Ce ne fut que vingt ans plus tard que le moine André Urdanietta découvrit le détroit de Behring, et que le Grec Fucas, Apostolos Valerianos,
trouva la route qui, par le détroit de la Reine-Charlotte, conduit dans l'océan Pacifique.
Si Ton excepte la colonie fondée au Canada par le Français Roberval, la gloire des premières notions géographiques sur TAmérique appartient aux Espagnols et aux Portugais.
La découverte du Spitzberg, en 1596, est due à deux Hollandais, Jak Van Heemskerke et Cornelitz Ryp.
Ce fut seulement lorsque la route par Archange! eut été découverte, et eut ainsi frayé à la navigation une communication par l'est avec l'Amérique, que les Anglais s'éveillèrent enfin. Deux petits vaisseaux de cette nation, d'après les ordres*de la reine Elisabeth, et sous le commandement de Waltcr Raieigh, cinglèrent vers l'Amérique, et prirent possession, en lo84, du pays situé au nord du détroit de Pamlico, qu'ils nommèrent Virginie, en l'honneur de la reine vierge d'Angleterre. Dès Tannée suivante, Richard Greenville y conduisit une colonie de cent sept Anglais, qui, cédant bientôt aux obstacles et aux difficultés qu'ils rencontrèrent, revinrent dans leur patrie, en 1586, sur les vaisseaux de François Drake,
François Drake, dans un voyage autour du monde, venait de découvrir Cayenne, les côtes de la Guyane et les îles voisines du détroit de Magellan.
Les premières colonies anglaises en Amérique qui aient eu quelque succès, s'établirent de 1603 à 1625. Les explorations des baies d'Hudson et de Baffin appartiennent aux dix premières années du wn" siècle : elles immortalisent les navigateurs courageux: dont elles portent les noms.
Le détroit de Davis doit aussi son nom au navigateur qui le franchit le premier.
Restaient encore à visiter dans l'Amérique du nord les contrées intérieures et les terres polaires du nord-ouest et du nord-est. Ces deux lacunes furent remplies dans le cours du xviii® siècle, et au commencement du \i\% par Mackensie, Lewis, Clarke, Weld, Long, Pike, Volney, Dundas, Cockrane, Beltrani, Wilson, Flint, Hardy, Ashley, Giraud, Storr, Siddons, Wardc et Hearne, pour les terres intérieures;
Et par Cook, Behring, Phipps, Scoresby, Ross, Bukan, Wrangel, Anjou, Parry, Lyon, Franklin, Richardson, Beechey et Graah pour les terres polaires.
Les notions les plus certaines sur l'Amérique méridionale sont dues, outre les Portugais et les Espagnols déjà cités, aux voyageurs Diego de Noxas, Garcia de Lerma, Diego de Order, Juan de Ayol)a, Domingo de Irala, Juan de Goray, qui fonda Ciiaco, ,
Puis vinrent aussi Jacques Le Maire qui, en 1615, découvrit le détroit qui porte son nom; Magnificences du Nouveau Monde. 12
Mascardi, qui, le premier, fit connaîti'c la race des Indiens Ccsares ;
Samuel Fritz et La Condamine, qui, par leurs relations cl les cartes qu'ils dressèrent du fleuve des Amazones, jetèrent quelques lumières sur la topoj,M'apliie de T intérieur.
Mais c'est surtout au\ missions des jésuites et des franciscains que la géographie doit ses plus nombreux documents, par leurs explorations pendant le xvii^ et le xviii'^ siècles, dans le Paraguay, à Santa-Cruz de la Sierra et chez les Chiquitos.
Nous croyons inutile de rappeler ici les nombreux travaux entrepris dans le commencement du xix"" siècle par des voyageurs et des savants, tels que Humboldt, Bonplaud, Brakenridge, Heckewelder, Kunitz, Henderson,le prince de Newied, Saint-Hilaire, Temple, Hamilton, Spix et Marlius, Pohl, Mikan etNallercr, Eschwége, Basile Hall, Caldeleugh, Mollien, Stuarl-Cochrane, Langsdorf, Gosselmann, Stevenson, Head, Mi ers, Broctor, Rengger, Beauchamps, King et Pringle-Stokes, et tant d'autres.
Le capitaine Louis-Antoine Guédon, envoyé, en 1825, par la maison de commerce Baron et G'" de Dieppe, dans la baie de Baffin pour la pêche de la baleine, découvrit l'île de Dieppe, échappée aux recherches de Ross et de Parry, et le détroit nommé détroit de Guédon, voisin de la passe du Prince-Régent.
Les renseignements précieux publiés par Mollien etHamillon sur la Colombie, maintenant divisée en trois petites républiques ; l'ouvrage de Beauchamp et du jeune Suisse Rodolphe Rengger, sur le Paraguay, renferment la meilleure relation qu'on ait eue jusqu'ici sur le pays et son despote dictateur, le docteur Francia ; mais surtout les notices remarquables des deux frères anglais Miers et Head ont puissamment contribué à calmer les illusions et l'esprit de vertige qui s'étaient emparés des Anglais, leurs compatriotes, relativement aux immenses trésors dont ils supposaient que l'Amérique méridionale était remplie. L'attrait des métaux précieux, ce grand mobile des hommes, a donné naissance à sept compagnies des mines en Angleterre, deux dans l'Amérique du nord, et une en Allemagne, dont les frais, qui s'élèvent à plus de 80,000,000 de francs, furent difTicilement couverts.
Parmi les voyageurs qui, dans les dernières années, ont le plus contribué aux progrès des notions géographiques de l'Améi-ique du sud, on doit compter Rcdhcad,'les ingénieurs anglais King et Pringle-Stokes, qui visitèrent les côtes de la Patagonie, et franchirent le détroit de Magellan, objet de terreur pour tous les navigateurs.
Maison doit surtout citer le Français Parchappe qui, pendant douze ans, n'a cessé de parcourir les provinces intérieures et méridionales de cette immense péninsule. Ses découvertes jettent un nouveau jour sur le parcours de l'Ui'Uguay et des autres lleuves du territoire de Parana ;
sur la langue de terre de Corrientes, sur la province d'Entre-Rio ou pays silué entre les grands fleuves qui forment le Rio de la Plata, Il reconnut Terreur qui avait fait jusqu'ici quadrupler la véritable longueur du Ijic Ibera dans la direction de l'est à l'ouest. Il se convainquit également que l'opinion sur les inondations n'était pas fondée, et recueillit en même temps une foule de détails topographiques précieux. Il est aussi parvenu à déterminer le cours d'une partie du Rio-Colorado et du Rio-Negro, et a remplacé par des données positives une quantité de choses inexactes que contenaient jusqu'alors les relations et les cartes. •
L'obscurité qui avait jusqu'à ce jour régné sur les notions géographiques de la côte orientale du Groenland, et que le jeune Scoresby avait éclaircies par ses découvertes, en 4822, vient d'être dissipée par les recherches d'un capitaine de frégate danois, nommé Graah, Ce voyageur qui déjà, en 1823 et 1824, avait exploré la côte occidentale, partit de nouveau en 1830, sur l'ordre de son gouvernement, traversa le détroit qui sépare la terre ferme, à l'endroit où est situé Staalenhuk, de l'île de Sermensog, côtoya la côte orientale du Groenland, et s'avança bien au-, delà de cette partie de la côte où l'on prétendait qu'il devait exister une ancienne colonie irlandaise, dont il n'a pu découvrir la moindre trace. Il en conclut que cette colonie n'a pas été établie à l'est de Staalenhuk, mais bien dans la partie sud-ouest du Groenland, au-delà de Julia- Nenahad, opinion exprimée déjà quarante ans auparavant par Eggers. Il est toutefois un fait qui semble contredire cette opinion, c'est que les habitants de la côte orientale, par leur taille, leur constitution, les traits du visage et la couleur de la peau, diffèrent entièrement des Esquimaux, et se rapprochent au contraire beaucoup des Européens. Leur nombre paraît diminuer, et Graah n'a trouvé que six cents individus sur toute la côte. La côte orientale est encore plus stérile que l'occidentale, et n'est réellement qu'une montagne de glace plus ou moins aplanie.
Le missionnaire catholique Vicenzo Bizzozero, de Florence, partit, en 1829, du Haut-Canada, traversa la Nouvelle-Orléans, et parcourut ces plaines délicieuses qui sont connues sous le nom d'Altakapas, c'està-dire anthropophages, à cause de ses premiers habitants. Il se trouva là sous un climat aussi doux que celui de Naples, rencontra de nombreuses plantations de mûriers, et reconnut que la culture de la soie était dans un état des plus (lorissants.
Le prince Paul de Wurtemberg a fait ensuite, en 1831, un voyage de découvertes dans les régions de l'est, au-delà des chaînes de montagnes : c'est à lui que l'on doit la meilleure carte de la Louisiane.
Mais depuis cette époque, combien d'autres voyageurs se sont éloignés de leur patrie, attirés par l'amour de voir, de connaître- et d'in-
striiire les autres, et sont partis pour l'Amérique du nord et pour celle du sud, afin de nous en dévoiler tous les mystères, les richesses et les beautés.
Parmi les premici's se sont trouvés des observateurs qui nous ont initié à loulos les pliascs de la vie des sauvages peuplades des Prairies : Peaux-Rouges, Pieds Noirs, Tétes-Plales, Sioux, Apaches, Gomanches, etc. Qui n'a pas tremblé en lisant leurs récils émouvants !
Parmi les seconds, celui dont le nom a fait bruit par la science et les peintures qu'ils nous a rapportées, figure avaul tous monsieur Alcide d'Orbigny.