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AVENTURES

Les voyageurs ont peut-être abusé des sauvages du nord, de l'Amérique, mais ils ont étrangement négligé les indigènes. Gauchos et Patagons, de l'Amérique du sud. Ils ont tracé peu d'esquissés de ce point du globe. Et cependant on trouve dans les pampas et les llanos cette captivante poésie des savanes septentrionales : mêmes horizons, mêmes paysages, même puissance du sol, même majesté de nature.

Les explorateurs modernes de ces contrées sont MM. d'Orbigny, Demersay, Martin de Moussy et Guinnard.

Le premier a parcouru le Paraguay et les terres d'une république dont nous ignorions même le nom : la république du Grand Chaco.

Monsieur Demersay nous dit de ce territoire que ce sont de vastes plaines, sans végétation, monotones, plates comme une mer calme, à peine coupées cà et là de rivières aux eaux dormantes et limoneuses. Dans ces incommensurables solitudes, vont et viennent des tribus sauvages presque toujours en guerre les unes avec lee autres, et surtout animées d'une haine profonde contre les blancs. Comme chez les Peaux-Rouges du nord, tout voyageur doit être constamment en défiance à l'endroit de ces tribus errantes, car nonobstant toute démonstration amicale, ces terribles Indiens, sous le couvert des ténèbres, fondent sur les campements des blancs et les massacrent sans pitié. Ainsi que leurs frères des Prairies et des Montagnes-Rocheuses, les Lenguas et les Tobas du sud sont très désireux de posséder des parures européennes. Les moindres objets leur semblent des trésors. Le suprême bon ton chez eux, comme chez certaines peuplades de l'Océanie, consiste i\ avoir le lobe des oreilles excessivement long, percé, et orné de cubes de bois, ou quelquefois de longs morceaux d'écorce d'arbre roulés en spirale.

Le Grand Chaco a ses Apaches : ce sont les Tobas. Aux parures, les Tobas préfèrent les armes. Presque constamment en selle sur de très légers chevaux, ils s'élancent comme le simoun du désert, traversent leurs immenses pampas, et tombent tout-à-coup sur les infortunés qui se.sont enfoncés dans leurs solitudes sablonneuses.

Après monsieur Demersay, vient le savant docteur Martin de Moussy. C'est dans la Confédération argentine que cet autre investigateur a porté ses pas et ses recherches. Désireux d^. tout connaître, monsieur Martin de Moussy a tout étudié, les peuplades des llanos, leur histoire, leurs mœurs, la faune, la flore et le climat de ces vastes contrées." Dans ce moment même il explore la Plata, et à un moment donné, nous aurons la joie de lire les impressions de voyage de ce savant insatiable d'études et de curiosités,

Daniel de Foë nous a tracé, dans son admirable Rohinson Crusoé^ les aventures d'Alexandre Selkirk, abandonné dans l'île Juan Fernandez. Que sont les péripéties du séjour du matelot écossais dans son île déserte, auprès des terribles aventures de l'un de nos intrépides contemporains ?

En 1855, partait pour l'Amérique du sud un jeune commerçant français du nom de Guinnard, La terre de l'or lui refuse bientôt les moyens de vivre ; et, de Buenos- Ayres, où il se trouvait, il veut se rendre à Rosario, à près de quatre-vingts lieues de là. Il s'associe à un Italien, réduit comme lui à l'état d'aventurier, et munis chacun d'un rifle, possesseurs d'une boussole et d'une misérable carte, les voilà qui commencent leur pérégrination à travers les pampas. Tantôt ils ont à franchir des fleuves gonflés par des pluies diluviennes, tantôt ils gravissent des montagnes de difficile accès, toujours ils luttent avec celte rude nature du continent américain. Il leur advient de se trouver un jour entre l'abîme d'un toi'rent et la muraille escarpée d'un rocher titanique. Soudain la rivière déborde et de ses flots formidal)les bat en brèche le pied de la colossale falaise. Que faire pour éviter la mort qui les menace? Il leur vient à l'esprit de glisser la lame de leurs poignards dans les interstices de la roche, et à l'aide de ces échelons improvisés, ils atteignent avec des fatigues et des dangers indescriptibles le sommet du rocher.

Quelques jours après, nos hardis voyageurs se trouvent face à face avec un ennemi plus terrible, la faim ! Bien des heures se passent dans les angoisses d'une torture sans nom; enfin la Providence leur fait voir une proie. A quelques pas d'eux, couchée sur le tronc d'un arbre tombé de vétusté, une magnifique panthère fixait sur eux des regards flamboyants, en passant de temps en temps une de ses pattes de devant derrière ses oreilles, avec ces minauderies et ces ronrons particuliers à la race féline. A l'instant où la béte fauve apercevait les deux voyageurs,

ceux-ci la fixaient à leur tour : le combat était donc imminent. Les ennemis ne cessèrent plus de s'observer dès-lors, et leurs regai'ds demeuraient croisés comme des lames d'épée. Mais alors la panthère poussa un sourd rugissement, aiguisa ses gi-ilTes épouvantables sur le tronc de l'arbre, puis se repliant et se pelotonnant sur elle-même, elle bondit contre ses adversaires. Le Français, plus hardi que l'Italien, ne bougea pas : le ride à l'épaule, le corps un peu penché, il suivait tous les mouvements de la bête ; au moment où la panthère s'élança, monsieur Guinnard pressa la détente. Le coup partit; l'animal féroce tournoya dans l'espace avec un hurlement furieux et retomba aux pieds des infortunés mai'tyrsde la faim. La panthère était morte foudroyée, frappée au cœur. Aussitôt elle est dépouillée; sa chair est dépecée et nos alTamés la dévorent sans se donner le temps de la faire cuire.

Hélas ! les deux voyageurs n'arrivaient pas à Rosario, depuis plusieurs mois qu'ils marchaient. Ils s'étaient trompés dans la direction qu'ils avaient prise, et au moment où ils veulent changer de route, ils sont surpris par une horde d'affreux sauvages, nus, tatoués, échevelés, hurlant, brandissant leurs lassos, leurs armes-, et faisant caracoler leurs ardents coursiers. Ce n'étaient pas des hommes qui les entouraient ainsi, mais une légion de hideux démons. Les malheureux Européens se serrent la main, se disent adieu, et font feu de leurs rifles sur leur horrible entourage. Un Indien est blessé : aussi les sauvages se précipitent sur l'Italien d'abord et le tuent de leurs lances. Le Français a le bras saisi par un lasso, et roule sur la terre sèche. On le relève aussitôt, et, placé sur un cheval indompté, il est conduit à travers une trombe de poussière au campement des Indiens.

Ce sont les Poyuches qui ont fait prisonnier monsieur Guinnard. Il devient l'esclave de la tribu la plus féroce des Patagons. Gardé de près, il était impossible à noire compatriote de songer à fuir. Insulté, outragé, accablé de mauvais traitements, épuisé de fatigues, mangeant à peine, il accepta son sort dans l'espoir de voir bientôt finir sa vie. Il se sentait dépérir de plus en plus, lorsqu'un jour qu'il priait le ciel de terminer ses maux, il voit subitement se présenter à lui l'occasion d'échapper à son horrible servitude. Les Poyuches ont reçu ou pillé des barils d'eau-de-vie : ils ont bu l'eau de feu sans réserve ; ils sont tous ivres. Aussitôt le captif se glisse en rampant vers le lieu où il sait que se trouvent les meilleurs chevaux de la tribu : il saute sur le plus vigoureux, en fait maicher deux devant lui, et s'éloigne. Il galope sans relûche pendant toute la nuit, prêtant l'oi'cille au moindre bruit, e( croyant avoir toujours les sauvages à ses troiisses. Il lui semblait entendre sur le sol du désert sonner le dur sabot des chevaux de ses ennemis, et alois il repaitnil avec une nouvelle furie. Disons-le de suite : cette course désordonnée duia (pialre jours, ;i])rès lesiiuols sa monture

s'arrêta, souffla bruyamment, puis s'abattit. Le cheval était mort; le second succomba bientôt à son tour. Alors monsieur Guinnard enfourcha le troisième, et repartit avec une rapidité moindre, car il voulait ménager son dernier coursier. Mais ce fut le cheval qui, de lui-même, remarquant qu'il foulait un terrain plus frais et presque marécageux, guidé par son instinct, alla droit à une lagune voisine des côtes, et produite par les écoulements des contreforts des Andes, dans le nord des pampas. Cheval et fugitif y étanchèrent leur soif, après quoi, le treizième jour de la fuite, l'homme et la bête arrivèrent à ^io-Quinto ; le premier à bout de forces, mourant de faim, sans mouvement et sans voix, la seconde inanimée, et l'œil éteint par le mal.

Monsieur Guinnard avait été esclave des Poyuches pendant cinq ans.

De Rio-Quinlo, noire compatriote gagna Mendoza et Valparaiso, où il s'embarqua pour la France.

A cette heure nous attendons la relation de ses voyages et de sa captivité, qui certainement vont compléter les renseignements déjà fournis par MM. d'Orbigny, de Boris et d'autres voyageurs.

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