‹ Les Curiosités de l'Ancien MondeChapitre 85 sur 97 · SORT RÉSERVÉ AUX SAUVAGES · texte numérisé non relu

SORT RÉSERVÉ AUX SAUVAGES

Nous aurions beaucoup de choses à dire sur les sauvages de l'Amérique du nord, que la civilisation repousse sans relâche vers l'ouest, en les exterminant sans pitié. Mais le plan de notre ouvrage ne nous le permet pas. Cependant il serait bon d'appeler l'attention des philanthropes sur le sort de ces Indiens, race condamnée, dont on devrait au moins, s'ils doivent périr, ne pas empoisonner l'agonie.

Il n'y a pas longtemps encore, le commissaire du déparlement indien de Washington déclarait que, dans la querelle des blancs avec les Indiens, le tort venait toujours des blancs.

Voici un nouvel exemple du sans-façon avec lequel certains officiers américains outragent à l'égard de ces malheureux les droits les plus sacrés de la justice et de l'humanité.

On a appris tout récemment que les Indiens du Colorado étaient en armes, que les feux de guerre s'allumaient chaque nuit, aux quatre coins de l'horizon, et que, sur toute l'étendue du territoire, une rage implacable poussait les sauvages au meurtre et à la dévastation. Mais ce que

Ton n'a pas dit encore, c'est la cause de cette levée de boucliers ; c'est l'iniquité monsti'ueuse (]ui, non-sculoniout TcKpliquo, mais encore, il faut le dire, la justifie. Par exemple, on a l'ait savoir depuis peu que le colonel Chivington, à la tète d'un régiment, avait remporté une victoire signalée sur les sauvages, réunis au nombre de mille environ sous le commandement du chef Black-Kaslle. Or, voici ce que c'est que cette victoire.

On croirait lii-e une légende des temps et des lieux barbares.

Les Indiens avaient visité Denver City au commencement de décembre, pour conférer avec le gouverneur et le colonel commandant. Puis ils étaient repartis pour les terres de leur tiibu, emportant la promesse qu'ils seraient protégés pendant leur voyage.

C'est dans ce trajet qu'ils campèrent à Big Saiid, où ils obtinrent, de la part du commandant du fort Lvon, une nouvelle assurance de sécurité.

Cependant, à peine étaient-ils installés que, dans la nuit, le colonel Chivington, avec un régiment tiré de la garnison, enveloppa le campement, et, au point du jour, tomba sur les Indiens sans défense et en fit une horrible boucherie. Deux cent soixante de ces malheureux, la plupart femmes et enfants, furent impitoyablement massacrés sans raison, sans besoin, sans motifs, sans même le moindre prétexte. Le chef luimême, Black-Kastle, fut fusillé à bout portant, les bras croisés sur la poitrine, en déclarant que non-seulement il n'avait jamais levé la main sur un blanc, mais qu'il ne le ferait pas, même pour se défendre.

Le reste de la bande s'est dispersé et a couru dans toutes les directions jeter le cri de guerre parmi les tribus.

Faut-il s'étonner que cette guerre des blancs et des Indiens soit acharnée, impitoyable, farouche?

Et l'homme, l'oiïicier qui a commis cet acte de férocité, n'a-t-irpas mérité, avec un châtiment exemplaire, l'exécration de l'humanité ?

Espérons qu'une enquête éclairera peut-être cette affaire ; mais il n'y a guère à y compter. Il faut les ténèbres à cette œuvre d'extermination qui s'accomplit fatalement, pas à pas, sans merci comme sans gloire.

Page 1