LES MAGNIFICENCES DU NOUVEAU MONDE
terre, et surtout lorsqu'on retrouve ce goût chez les Romains de Tantiquiié?
Un naturaliste de beaucoup de valeur , monsieur Mulsaut , de Lyon, a consacré un long travail h rechercher quelle espèce de ver pouvaient priser si fort les descendants dégénérés du vieux Brutus et les contemporains du gourmand LucuUus.
Je fus moi-même témoin d'un fait nouveau pour moi, et qui me surprit beaucoup. C'était dans l'Amérique du sud, aux environs de la mission de Santa-Ana. De toutes les parties de la maison que j'occupais et des cours sortit une multitude extraordinaire de fourmis ailées, mâles et femelles. Dès que les Indiens s'en aperçurent, j'entendis répéter partout :
— Ce sont des Océpis !...
Aussitôt les hommes, les femmes et les enfants arrivèrent en nombre inimaginable, et se prirent à se disputer les femelles de ces fourmis, dont le ventre, rond, de la grosseur d'un petit pois, était rempli de germes d'œufs, matière grasse, blanche comme de la pâte. Ce fut pour moi une surprise de voir ces pauvres Indiens et Indiennes s'emparer de ces insectes, leur arracher le ventre et les croquer avec autant de plaisir que s'ils eussent savouré le fruit le plus succulent. D'autres de mes gourmands, plus délicats, réunissaient les fourmis dans un vase , afin de les manger frits. Je l'avoue, lecteurs, ne m'en faites pas honte, surmontant la répugnance que devait naturellement me faire éprouver l'aspect d'un mets aussi étrange, j'en voulus goûter, et... je le trouvai passablement agréable. Je vous prie de croire cependant que je n'en fis pas un repas...
Pendant une quinzaine de jours, les Indiens donnèrent ainsi partout la chasse aux fourmis, et en firent une ample provision.
Tant il est vrai que chaque contrée du monde a ses lois, ses usages et ses mœurs !