PATAGONIE ET PATAGONS
La Patagonie est une vaste contrée de TAmérique méridionale, dont elle forme la fin du triangle sud. Cette région, encore peu connue, est séparée du Chili par la chaîne des Andes. Plusieurs rivières l'arrosent. Elle fut découverte par Magellan, en 1519.
Les Iiahitants de cette partie de l'Amérique ont été le sujet de tant de contes merveilleux, et ils sont encore aujourd'hui si peu connus, que nous ferons certainement plaisir à nos lecteurs en leur citant le passage suivant du récit d'un voyageur anglais qui les visita, il n'y a pas longtemps encore :
« Le 12 janvier 1833, nous étions dans le détroit de Magellan, et nous promenions nos regards sur ces tristes rivages, sans pouvoir y découvrir aucune trace de population, lorsque nous entendîmes crier d'en-haut qu'on apercevait sur la côte de Patagonie un homme qui s'avançait à cheval en faisant des signaux. Curieux de voir par mes yeux ce que c'était qu'un Patagon, je priai le capitaine de me permettre d'aller à terre. Je débarquai avec deux ou trois de nos matelots, et le sauvage vint à notre rencontre, mais sans descendre de cheval. Sa mine n'était pas du tout engageante, et je jugeai à propos de me tenir sur mes gardes en l'approchant. Il me parut très grand : sa peau était couleur de bouc, et de longs cheveux tombaient en désordre sur ses épaules. Au premier abord, je crus qu'il portait des lunettes ; mais quand je fus près de lui, je reconnus que le tour de ses yeux était peint en noir, ainsi que la partie du nez qui les sépare. Son costume se composait d'une grande peau de vigogne qui lui enveloppait tout le corps jusqu'à la hauteur des genoux. Ses jambes étaient entourées de bandelettes ou lanières de cuir destinées aies garantir du frottement de la selle, faite de bois, avec des étriers en os. Sa peau de vigogne était retenue à la hauteur des reins par une ceinture d'où pendaient un grand couteau et un affiloir en acier comme ceux de nos bouchers. Quand nous nous joignîmes, mon homme, avança la main en signe d'amitié. Je tirai un coup de pistolet en l'air pour voir l'effet que cela produirait sur lui ; mais il n'en fut pas effrayé, ce qui me prouva qu'il avait déjcà vu faire usage des armes à feu. Je lui mis mon second pistolet dans la main; mais je jugeai tout de suite qu'il ne savait pas s'en servir. Je lui enseignai à pousser la détente, et il se hasarda à tirer : un rire effroyable annonça combien il était satisfait de sa prouesse. De ma vie je n'avais vu d'être aussi sale, et j'oserais affirmer que de la sienne il ne s'était lavé. J'essayai de lier conversation avec lui en espagnol ; mais tout ce qu'il savait de cette langue, c'étaient
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les mots rhum et tabac, qu'il ne cessait de répéter d'un ton qui annonçait une extrême avidité. Je lui donnai une poignée de cigares, qu'il reçut avec des démonstrations de joie. Il me lit entendre par signes que, du côté de la baie de Saint-Grégoire, je trouverais un grand nombre de naturels. Ma curiosité se trouvant pour le moment satisfaite, je le quittai et retournai à bord du bâtiment.
» J'oubliais de dire que, de loin, le cheval de mon Patagon semblait avoir quatre oreilles, ce qui eût -été une anomalie singulière; mais je vis bientôt qu'il n'en avait que deux; seulement on les avait fendues depuis la pointe jusqu'au cornet, et je sus plus tard que c'était un usage général.
» Il y a déjà longtemps que les fables qu'on avait répandues touchant la stature.giganlesque des Patagons ont été démenties. »
Les Patagons son-t nomades et changent fréquemment de résidence. Le sol qu'ils foulent est cependant fertile; mais ils s'adonnent exclusivement à la chasse. Le climat est délicieux durant l'été. Les traits des Patagons ont beaucoup de ressemblance avec ceux des Chinois, particulièrement les yeux et le nez, ce qui peut faire supposer que l'Amérique a commencé à être peuplée par des hommes venus de l'Asie.
LES GÉOPHAGES.
Certes, pour un Parisien, pour un Français quelconque, il y a à ouvrir de grands yeux en voyant la nature des aliments qui font les délices de certains peuples, ou dont autrefois on faisait grand cas, et que l'on dédaigne aujourd'hui.
Par exemple, dans cette région des sauvages de l'Amérique du nord, sachez-le, il n'y a pas que des anthropophages ; on y trouve aussi des géophages, c'est-à-cliré des mangeurs de terre.
Les géophages sont plus communs qu'on ne se l'imagine. Il y en a dans toutes les nations de l'Amérique, chez presque toutes les peuplades d'Indiens, et chez la plupart des sauvages de l'Asie, de l'Afrique, du Japon, à Java, etc. En Europe même, ils ne manquent pas, et on en compte beaucoup en Laponie.
Au Mexique, l'habitude de manger de la terre s'est même communiquée à nos compalrioles, et j'ai vu maintes fois des créoles de Mexico manger à pleines mains de la terre à potier, sans craindre de nuire à leur santé et dans le seul but de devenir plus blanches et plus pâles.
Celte habitude de manger de la terre, qui souvent se transforme en
passion, comme l'ivrognerie, gagne même les animaux, qu'on est obligé de surveiller à ce sujet, clans la crainte qu'ils ne se rendent malades. J'ai été fréquemment surpris et témoin du goût prononcé de mes propres chevaux et de mes mules pour la terre, et de voir que chaque fois que le sol manquait de végétation alimentaire et qu'on était obligé de leur cueillir des branches d'arbres, et principalement de mesquita, sorte de mimosa très commun au Mexique et dans l'Amérique centrale, ils ne les mangeaient pas sans les avoir roulées sur la poussière, ordinairement très abondante, des chemins de plaines , et de telle manière qu'on peut dire qu'ils avalaient autant de terre que de feuilles ; c'était leur assaisonnement.
Dans l'île de Sardaigne, en certains cantons, quand les habitants ne mangent pas la terre pure, ils la mélangent dans certaines proportions avec le pain dont on m'a fait goûter, et que j'ai trouvé encore assez supportable. C'est une habitude très ancienne, car le village d'Oliena, situé près du Nuoro et au pied du pic le plus élevé du nord-est de l'île, était appelé par les Romains le grenier d'abondance de la Sardaigne, parce que les Sardes y trouvaient une terre qu'ils mélangeaient alors avec des glands, pour s'en faire un aliment. C'est la farine de montagne des Lapons et autres pays.
Dans le Haut-Orénoque, le Cassiquaire, la-Mêta et le Rio-Négro, les naturels recherchent avidement une argile mêlée d'oxyde de fer et d'un jaune rougeâtre; on la pétrit en boulettes et en galettes que l'on met sécher, et que l'on fait cuire quand on veut les manger : c'est un lest pour l'estomac, sinon une nourriture. Bien qu'elle ne contienne pas d'aliments nutritifs, cette argile a une action telle sur le principal organe de la digestion, que l'on voit des Indiens vivre des mois entiers sans autre ressource. Il la font frire quelquefois dans l'huile de séje, et Ejors cette sorte de friture offre quelques parties réellement substantielles.
L'aliment en question, quelque singulier qu'il paraisse, n'affecte pas d'une manière fâcheuse la santé de ceux qui en contractent l'habitude.
Le goût des sauvages pour cette glaise devient même si prononcé qu'on les voit détacher, des habitations en argile ferrugineuse , des morceaux qu'ils portent avidement à leur bouche. Ils se montrent connaisseurs et gourmets en terre, car toutes les espèces n'ont pas le même agrément pourleur palais : ils la dégustent et la distinguent en qualités très diverses.
Les naturels de la Nouvelle-Hollande témoignent le même goût pour la terre glaise. Ces indigènes, du reste, comme ceux de l'Amérique, ont été amenés à manger de cette terre faute d'aliments plus substantiels.
Mais que penser quand on voit les Chinois croquer des vers de