‹ Les curiosités de l'Exposition universelle de 1867Chapitre 10 sur 174 · BUFFETS ANGLAIS. — LE PROMENOIR · texte numérisé non relu

BUFFETS ANGLAIS. — LE PROMENOIR

touchent. Ce qu’ils ont de particulier, ce n’est pas seulement le luxe, cette propreté, ce bon ton, qui permettent à tout Anglais bien né de s’y asseoir sans déroger, c’est surtout leur bar ou buffet, dont l'usage n’est pas venu jusqu’à nous. L’Anglais, pour qui le temps est de l’argent, ne s’accommoderait pas des longueurs de service qu'on retrouve dans la plupart de nos cafés : a-t-il faim ou soif, il s'approche d’un de ces buffets si richement servis, une pinte de paleale, une tranche de rostbeaf, deux ou trois verres de Sherry sont rapidement absorbés, puis 1l hâte son départ comme s’il entendait sans cesse retentir à ses oreilles la cloche d’un chemin de fer prêt à partir. Sa précipitation ne l'empêche pas de remarquer les magnifiques glaces qui décorent le bar, les splendides cristaux qui le chargent, et surtout les blondes jeunes filles préposées à son service, et avec lesquelles il sait trouver le temps d'échanger quelques paroles. C’est un buffet de ce genre qui a été installé au Champ de Mars avec tous ses accessoires, le dernier surtout qui n’est pas celui qui pique le moins la curiosité.

Ce promenoir, long d’un kilomètre et demi, avec sa ceinture de cafés toujours remplis, offre un spectacle plus varié et plus curieux

ue celui du boulevard parce qu’il a quelque chose de plus intime. Toutes les nationalités s’y coudoient, toutes les. langues s'y font entendre, tous les costumes y contrastent : ici c'est l’Arabe se promenant gravement enveloppé dans son burnous blanc, insensible aux regards dirigés sur lui de toute part, là c’est l’Espagnole avec son voile de dentelle pour toute coiffure, plus loin le Franctireur des Vosges que des visiteurs s’obstinent à appeler le Garibaldien français, puis des Anglaises, des Russes, des Italiennes dont un détail du vêtement trahit souvent la nationalité, sans parler de certaines Françaises qui par l’excentricité du costume ou la longueur démesurée de la robe obtiennent parfois le succès le moins désirable. Mille bruits, mille incidents viennent sans cesse jeter la vie et la diversion dans cette foule si bigarrée : tantôt c’est le carillon qui envoie vers le ciel ses milliers de notes joyeuses, tantôt le gong chinois, dont on entend le gémissement rauque et sauvage; d’autres fois un léger locomobile, véritable calèche à vapeur à deux personnes, fait le tour du promenoir, annonçant sa venue par la respiration régulière de la machine, remplacé de temps à autre par deux Arabes qui passent triomphalement montés sur leurs chameaux; il est curieux de les voir indolemment assis, les jambes croisées sur le cou de l'animal qui tour à tour se met à genoux pour laisser descendre son maître, ou part rapide comme éclair à son premier commandement.

20 DISTRACTIONS ET RAFRAICHISSEMENTS.

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