‹ Les curiosités de l'Exposition universelle de 1867Chapitre 102 sur 174 · BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

BEAUX-ARTS

L'exposition des beaux-arts, cette année, ne ressemble en rien à celle de 1855. En 1855 les beaux-arts étaient isolés dans une Annexe, il fallait s’y rendre exprès, et une fois entré il vous était impossible de soulager la fatigue des yeux. Cette année, quand cet ébiouissement inévitable que cause à la longue la vue des tableaux commencera à vous gagner, vous aurez un refuge naturel dans les galeries voisines où l’on pénètre par de nombreuses issues.

C2 n’est pas seulement cette amélioration matérielle qui différencie les deux expositions, celle de 1855 et celle d'aujourd'hui. Elles sont plus profondément dissemblables encore par leur caractère. On se souvient que l'Exposition précédente admettait des œuvres remontant presque aux premières années de ce siècle. C'était l’étalage solennel! de toutes les richesses artistiques accumulées depuis près de trente ans. Les diverses nations, les diverses écoles s’y paraient de ce qu’elles avaient de plus célèbre et de plus saillant. De là, un singulier mélange de dates, des anachronismes, si l’on peut parler ainsi. Les erreurs dont on était revenu, les passions éteintes, les luttes assoupies se réveillaient, et dans le pêle-mêle des tendances passées, les tendances du jour devenaient insaisissables. Le romantique par exemple reprenait sa vieille querelle avec le classique. Ingres se redressait devant Eugène Delacroix. Le public dérouté par ces résurrectionsne savait pas suivre du regard les progrès récemment accomplis et se méprenait sans cesse sur la signification de l’art moderne. Sans doute il fallait cette solennelle convocation de l’œuvre artistique de notre siècle pour prendre un point de départ et mesurer ensuite l’espace parcouru. Mais mous sommes arrivés maintenant à une période plus intéressante encore.

Qu'est devenu l’art depuis douze ans ? à quel idéal nouveau aspire-t-il? quel profit a-t-il retiré de ce grand enseignement des expositions internationales ? Répondre à cette question est le privilége de l'Exposition actuelle. Elle donne une idée plus nette de la physionomie de l’art moderne, un pressentiment de son avenir. Elle accuse une réaction plus prononcée contre les systèmes de peinture qui étaient en rivalité sous le règne de Louis-Philippe, et qui

dans les entrainements de la lutte exagéraient leur antithèse par des contrastes extrêmes. Les disputes sur la ligne et la couleur n’ont plus d'écho dans les galeries que nous allons parcourir ; il y a encore de la fantaisie, de l’archaïsme, une prédilection pour le réalisme ; mais les angles sont adoucis, et ce qui domine aujourd’hui, c’est une entente commune pour observer scrupuleusement la nature. En un mot moins de caprice, moins de hardiesse aussi, mais plus de conscience.

FRANCE

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