BELGIQUE. — BAVIÈRE
lité est rehaussé par une manière de vieux dessin etde vieux coloris, toute particulière à M. H. Leys. Il a emprunté aux missels enluminés, aux vitraux gothiques, aux vieilies tapisseries flamandes ces teintes plates. cette couleur brune, nettement tranchée sans dégradation, ces détails fidèles, mais sans perspective, du costume et du mobilier, ces figures sèches des personnages. M. H. Leys ne comprend point l’art historique rajeuni, il a une sorte de respect hiératique du passé ;on croirait ses tableaux faits par un #magier du quinzième siècle. Par là on n’acquiert point la popularité ; on plait surtout aux antiquaires. Mais entré dans cette voie, quelles inspirations il sait y trouver ! Quelle intelligence de l'esprit du temps ! Comme on vit au milieu de ceclergé, de ces prélats, de ces nobles, de ces légistes, de ces bourgeois! Citons comme chefs-d’œuvre dans ce genre, les nos 78, la Prestation de serment. — 80, l’explication de la Bible. — 85, le Portrait. L’attitude de la femme qui derrièrele peintre surveille la ressemblance, est charmante de grâce.
40 Trois tableaux d’Adolf DiLLENS, tous animés d’une gaieté communicative qui les rend très-sympathiques à la foule : 54, Une scène de patineurs campagnards. Quatre ont perdu l’équilibre, quatre autres emboîtant le pas et se tenant au même bâton arrivent et regardent avec un flegme tout flamand.
Une scène bien supérieure est un Repas de noces. Ceci est à voir personnage par personnage, depuis la vieille mère qui tient tristement la main de la mariée, jusqu’au chanteur d’épithalames, jusqu'aux enfants qui jouent insouciants.
On peut bien citer encore quelques bons tableaux, de meilleurs même, mais ils semblent jetés hors du cercleoùgravitent les autres : c’est un Temps d'orage, de jacob Jacoss; c’estune scène historique de Ferdinand PAuweEzLs ; C’est une Nature morte par M. J. RoBIE : l’Au- Lomme, n° 109 ; l'automne représenté par des grappes de raisins, que guette un moineau. Les feuilles pourprées de la vigne sont admirables de relief et de vérité. Ce sont encore trois tableaux de M. Ch. Dezzoux, qui semblent avoir pour sujets : la misère, la faim, la charité. C’est surtout une figure de Marie au pied de la croit (n° 193), d'une tristesse indéfinissable, par M. THoMAs.
ANNEXE DE BAVIÈRE. Dans le Parc, sur la grande avenue d'Europe.
La Bavière, grâce à d’incessants encouragements de ses rois, est devenue un pays éminemment artistique. Il s’y est formé une école nombreuse, sérieuse, originale même, d’excellents peintres. Il est incontestable que son exposition lui fait le plus grand honneur. La Belgique, l'Italie, la Prusse se sont laissé distancer. Dans la construction plus que modeste, qui abrite l’œuvre bavaroise, il y a beaucoup à voir, beaucoup à admirer ; suivons encore ici le mou-
vement du public, notre guide habituel, d’abord dans la salle de gauche :
La route entre Solferino et Valeggio,le 24 juin 1859,par François Apam. Les quatre prisonniers français qui se trouvent au milieu des Autrichiens ont ce que la foule appelle un chic admirable. Il y a des types de soldats blessés, les uns encore fiers, les autres résignés, qui produisent une véritable émotion. Et puis, que d’observation et que de philosophie sur la palette du peintre qui a tracé cette scène ! ;
En face une vaste peinture en grisaille de KauLBacx: l’Epoque de la réformation. À coup sûr de toute l'Exposition c’est l’œuvre la plus remarquable par la conception. Belles têtes, belles poses ; tous les personnages groupés àvec une entente parfaite de la mise en scène; partout de grandes pensées puissamment rendues. Les arts, les sciences sont à l’œuvre, le signal du réveil est donné, la Bible Ce toute cette activité qu’elle inspire aux hommes régénérés
ar elle.
È Plus loin dans la même salle:
Jean-Charles Chedkiewiez, grandhettman de Lithuanie, à la bataille de Choczin contre les Turcs en 1521, par BRAUDT.
En rentrant par le fond, dans la première salle, on a en face de soi une collection de grands tableaux, tous de même dimension et aussi de même style, exécutés pour le Maximilianeum, sorte de musée où Maximilien II avait conçu l’idée de faire représenter les principaux événements de l’Europe : ces grands tableaux ont un aspect classique, presque officiel, qui ferait à lui seul deviner qu’ils sont issus d’une commande et non d’une inspiration. Ce sont:
Périclès, par FoLTz.
Noce d'Alexandre le Grand, par André MuLzer.
Godefroi de Bouillon, par Gh. PILOTY..
L'électeur Maimilien chef de la ligue; — Bénédiction des drapeaux, par le même.
La Cour de l’empereur Frédéric IT, à Palerme, par Arthur de Ram- BERG.
Bien des tableaux encore arrêtent la foule, mais nul autant qu'un combat où les illettrés croient reconnaitre des cuisiniers en lutte avec des pirates. Ces prétendus pirates sont des Gircassiens; ces prétendus cuisiniers, desRusses qui emportent d'assaut un retranchement de Schamyl dans les montagnes. (Le tableau est de HoRSCHELT.)
Ne pas oublier un sujet qui ne peut rester inaperçu :
Marie-Thérèse nourrissant l'enfant d'une pauvre malade, par LIEZENMAYER ;
Ni celui-ci, intéressant surtout pour nous qui venons de voir cn France le même sujet traité par Gérôme :
La Mort de César, par Ch. PiLory. Singulier instinct des masses. L'œuvre de Gérôme n’obtientqu’un regard ; celle de Piloty s’étudie comme une page d'histoire; c’en est une en effet: l'expression des