DEUXIÈME SALLE
Le silex ne disparait pas brusquement devant le bronze, qui le remplace progressivement. \
Plus fusible que le fer, et moins difficile à extraire du minerai, le cuivre fut le premier métal de l'antiquité. L'homme apprit de bonne heure à lui donner la dureté convenable en l’alliant à l’étain pour en faire le bronze. C’est ce dernier qui domine dans la salle tout entière occupée par des objets gaulois, romains et gallo-romains.
Les bracelets faisaient partie du costume de nos ancêtres, comme le montrent tant de spécimens remarquables parmi lesquels il convient de citer ceux qu’on découvrit récemment à Saint-Jean-de- Belleville, et qui entourent encore les os des bras qu’ils ornaient auirefois; et la série si complète de M. Barry de Toulouse. Sans doute pour la plupart, ces bracelets appartenaient à des guerriers gaulois et accompagnaient ces farques ou colliers massifs (du musée de Toulouse), cette longue épée du musée de Narbonne, et ces casques de forme bizarre du musée de Falaise, qui semblent disposés pour recevoir de chaque côté les ailes d’aigles qui distinguaient les chefs gaulois. Vous pouvez encore retrouver l’umbo ou le centre du bou-
clier, et le fer des flèches, javelines et haches, qui complétaient l’armement.
Les femmes et les chefs se paraient de ces colliers d'or dont le musée de Toulouse nous a envoyé six remarquables exemplaires et qui par leur fantaisie et leur originalité rappellent l'orfévrerie si célèbre des Étrusques.
C’étaient sans doute ces Gaulois qui adoraient ce Dieu à triple visage, Trinité barbue, qui semble venir de l’Inde, et qu’on retrouve sur trois bas-reliefs du musée de Reims. Ce qui suit appartient surtout à l’art romain.
Le bronze recoit toutes les formes : ici c’est le brazero du musée de Lyon, trouvé à Vienne (Isère). Les anciens ne connaissaient guère d’autre mode de chauffage encore aujourd'hui en usage en Italie ; — là c'est le trépied d'un autel portatif (à la Société des antiquaires de Normandie), tout près les débris d’un char antique, du Musée de Toulouse, dont l’un des fragments représente le combat d’un cavalier et d’un lion. Ici c’est Jupiter du musée de Lyon, là c’est Apollon, du musée de Troyes; là l’Impératrice drapée, du musée de Lyon; là de simples casseroles que l’élégance de leur forme signale, elle aussi à l'attention de lartiste ; plus loin c’est une série de sceaux, de cachets à l’aide desquels on imprimait des mots, des phrases même sur la cire ou la terre du potier, peut-être sur les étoffes, et devant lesquels on peut s’étonner qu'il ait fallu dix siècles encore avant que l'imprimerie fût découverte.
Le musée d’Autun a envoyé un bijou d’un prix inestimable : {a statuette antique en marbre blanc du poète Ausone. Né à Bordeaux en 309, mort vers 394, il quitta le barreau, professa la grammaire et l’éloquence dans sa ville natale. Valentinien lui confia l'éducation de son fils Gratien, et il reçut de ces deux princes les titres de comte, de questeur, de préfet d'Italie, d'Afrique et de Gaules. On lui doit des idylles, des églogues, des épitres et des épigrammes. D'une main, il porte un volumen, la tête est imberbe, un peu bouffie et flasque, il semble que le poëte est pris au moment où il déclame ses vers dans une de ces récitations si chères aux rhéteurs de la décadence. — Tout près, un bas-relief en marbre du même musée, représentant un génie coifté du bonnet des affranchis et une torche à la main. Ne serait-ce pas, sauf meilleur avis, une allégorie de l’âme délivrée du corps? ‘
L'art du verrier florissait à Rome, comme le montre l’exposition de flacons et de coupes de M. Billon, et la terre cuite se prêtait aux mille fantaisies de la statuaire. Citons en ce genre une tirelire antique, surmontée d’un buste d’enfant couronné trouvé dans le département de l'Allier avec les objets qui l’entourent. Tous semblent être des ex-voto se rattachant au culte d’Isis. Statuette de cette déesse allaitant un enfant à chaque sein, singes, coqs, lapins, lions, et plusieurs figurines et bustes, d’une délicatesse merveil-