LE JARDIN RÉSERVÉ
Entrée : 50 centimes.
Si, l'esprit lassé par la vue des nombreux objets qui viennent de s'imposer à votre attention, ia tête fatiguée des mille bruits divers qui se font entendre de tous côtés, il vous arrive de souhaiter un instant de repos, le murmure d’un ruisseau, le parfum des fleurs, « un frais bocage, » comme disent les poëtes, passez par le tourniquet quoique non compris dans ces poétiques rêves, et entrez dans le Jardin réservé ; à l’activité fiévreuse de l’industrie succède le calme paisible de la nature, aux puissantes machines, aux vêtements chamarrés d’or, aux diamants, aux cristaux étincelants de mille feux, succèdent la verdure, les fleurs, non moins riches dans leur variété, non moins éclatantes par leurs couleurs, et jamais contraste ne fut plus rapide, plus complet. Si pour le Parisien, qui se souvient qu’il y a un an à peine ce jardin si frais et si gracieux était un bas-fond marécageux, cette transformation est une étonnante merveille ; pour le simple visiteur qui ne juge que d’après ses impressions du moment, rien de charmant comme ces pelouses si vertes qui reposent agréablement les yeux sur une étendue de 50000 mètres carrés environ; rien de pittoresque comme ces accidents de terrain qui coupent l'horizon, comme ces bosquets, ces grottes, ces cascades, ces serres, les unes gigantesques, les autres toutes mignonnes, mais concourant également à l'harmonie de l’ensemble ; tout cela se marie, se fond, se groupe d’une façon si parfaite qu'il semble difficile d’en séparer les divers éléments pour les analyser, et qu’il faut mieux laisser le visiteur au libre cours de ses impressions.
Cependant il faut signaler à son attention la serre monumentale qui s'élève sur le haut d’une éminence, du sommet de laquelle on voit jaillir une cascade qui tombant sur des rochers, s’en va se jeter dans le lac. Cette serre est remarquable et pour sa grandeur et pour la hardiesse qui a présidé à sa construction. Au milieu des