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ROUMANIE

L'Église roumaine.

Après la Mosquée turque, il faut citer la petite Eglise roumaine, dont le modèle est tiré de la cathédrale d’Ardjisch.

L'édifice est carré, surmonté de trois petites tours inégales, dont deux sont en spirale et percées d'ouvertures obliques. Le portique, orné de croix grecques, est supporté par quatre piliers, dont la peinture imite des colonnes torses; à l’intérieur, quatre autres piliers soutiennent la coupole du fond; les fenêtres rectangulaires sont richement sculptées, et des peintures aux tons éclatants couvrent les murs.

Le style est byzantin; mais l’art grec, en se transportant sur les rives du Danube, s’est alourdi; le voisinage de l’art rasse se fait déjà sentir, et le monument manque de grandeur. Là encore la réduction semble exagérée; on ne peut pas attendre de grands effets d’une salle en miniature.

L'Égypte, qui de nos jours, grâce à l’intelligente initiative de ses vice-rois, s’est placée à la tête des nations orientales, a voulu se montrer digne du rang qu’elle a conquis. Son exposition n’est pas seulement une des plus somptueuses du Parc, c’est la plus complète et la plus instructive. On a fait à la science la part du lion, mais on n’a rien négligé pour que la beauté des formes extérieures et de la décoration acerût l’intérêt scientifique de tout le charme du pittoresque.

L'histoire égyptienne se déroule tout entière dans ces quatre édifices qui se disputent l’attention du visiteur ; le Temple représente la période pharaonesque et l’ère des Lagides: le Sélamlik, ja période intermédiaire ou l’ère des Kalifes; l’Okel et la petite maison voisine nous montrent l'Égypte actuelle. On peut ainsi suivre pas à pas. les vicissitudes de cette étrange civilisation, la plus ancienne du monde et dont l’origine est encore un mystère.

Le Temple ancien.

Le monument qu’on appelle quelquefois à tort Temple d’Edfou est en partie copié sur le Temple de l'Ouest à Philæ; du reste, c’est

moins une copie qu’une étude éclectique résumant dans un modèle unique les trois grandes phases artistiques de l'Égypte.

Une allée de sphinx, précédée d’un Pylône, conduit au temple, à l’entrée duquel se trouvent, suivant l’usage, deux statues assises. Ces statues et les sphinx sont en plâtre mélangé d’éclats de marbre concassés, composition qui imite admirablement les tons du granit.

Le Pylône, arche triomphale de huit mètres de hauteur, porte pour tout ornement le disque du soleil entre deux vipères, emblèmes du sud et du nord. Ce disque surmonte également la porte du temple, dont on remarquera les volets lisses; une légende hiéroglyphique apprend aux initiés que cette porte date du temps de Séti, souverain de la dix-neuvième dynastie.

Le temple, dont la forme est légèrement pyramidale, a vingt-cinq mètres de profondeur sur neuf environ de hauteur. Il comprend une chambre centrale nommée Sécos et une galerie extérieure, soutenue par de belles colonnes massives, emprisonnées dans un second mur jusqu’au niveau du chapiteau, qui s’épanouit en fleur de lotus. L’entablement porte une double tête de la déesse Hathor, aux oreilles de vache, surmontée d’un édicule, emblème du rôle que joue la déesse dans la trinité mystérieuse des Égyptiens. Les colonnes appartiennent à l’époque ptolémaïque et la multiplicité de leurs ornements indique déjà une époque de décadence.

Les peintures murales du couloir nous font remonter au temps de Moïse, et constatent une civilisation fort avancée à une époque où le reste du monde figure à peine dans lhistoire. Elles décrivent dans tous ses détails une campagne entreprise mille cinq cents ans avant notre ère, par la reine Hatasou, contre les habitants du pays de Pount.

La décoration du Sécos nous reporte encore de plusieurs siècles en arrière ; elle est empruntée au tombeau d’un prêtre qui vivait à Memphis sous la cinquième dynastie. C’est un des plus anciens monuments que l’on connaisse, et, chose surprenante, C’est à cette époque antéhistorique que lart égyptien semble avoir atteint sa plus haute perfection. Les colonnes de cette salle sont du plus ancien modèle qu’on connaisse, et leur chapiteau tire sa forme du bouton fermé.

Les peintures des stèles sont tirées des tombeaux de deux fonctionnaires de l’ancien empire, Ti et Phtah-Hotep, dont les noms se trouvent fréquemment répétés. Ces tableaux représentent des scènes empruntées à la vie ordinaire, la fabrication du vin, des scènes de chasse et de pêche, des joutes de mariniers, des chantiers de bateaux, des intérieurs de basse-cour, etc.

Le jour, qui ne pénètre que par une ouverture assez étroite du toit, donne du relief aux peintures, tout en projetant dans la salle une clarté vague et mystérieuse.

Le Sécos contient de précieux morceaux de sculpture, prêtés par le musée de Boulaq; quelques-uns d’entre eux sont d’une perfection

rare et datent de six à sept mille ans. On remarquera surtout les deux statues de Chephren, fondateur de la deuxième pyramide. La première, dans un incroyable état de conservation, représente le roi dans son âge mûr, derrière la tête se tient un épervier, les ailes ouvertes; l’autre peint le roi devenu vieux, l'attitude est moins belle et une jambe est fâcheusement mutilée; les deux figures sont assises dans la position prescrite par les lois religieuses. Deux statues en bois, représentant une femme debout (il ne reste que la tête et le torse) et un homme également debout tenant en main le bâton du commandement, attirent les regards par une perfection de dessin inusitée. Ces divers morceaux remontent aux temps les plus anciens. Plus près de l’entrée un joli groupe en serpentine, composé d’un personnage assis et de la déesse Hathor sous la forme d’une vache. Enfin à droite de ce groupe, on ne peut contempler sans admiration la magnifique statue d’albâtre représentant la reine Aménirités, dont la fille épousa Psammétichus. C’est un morceau d’une élégance et d’un fini incomparables.

Deux vitrines, placées au milieu du Sécos, contiennent, l’un des statuettes et divers monuments de petit modèle, l’autre de bijoux curieux qui attirent l’attention générale, et qu’on a recueillis sur la momie de la reine Aah-Hotep, contemporaine, à ce qu’on prétend, du fameux Joseph.

L'art égyptien, que nous venons d'admirer dans le temple de Philæ, sommeilla pendant des siècles après la conquête romaine; il renaît enfin avec le Mahométisme, mais transtormé; l’architecture revêt alors le caractère arabe, et les monuments changent de style, comme l'Egypte a changé de maîtres.

Le Salamlick.

Le Salamlick ou palais du Vice-Roi nous offre un modèle de cette nouvelle architecture, aux nombreux pavillons irréguliers, aux portes creusées en niches, aux murs zébrés de bleu et de rouge, aux gracieuses coupoles d’azur et d’or. Deux rotondes en bois sculpté, ornées de vitraux, se détachent sur les faces latérales du palais ; l’effet qu’elles produisent n’est pas des plus heureux, mais l’ensemble de l’édifice est plein de grâce et de légèreté. La porte d'entrée est en bois ouvragé, garni d’appliques de métal faites par des ouvriers du Caire.

L'intérieur du Salamlick, qui n’est pas ouvert au public, a été meublé avec le plus grand luxe pour servir de pied-à-terre au Vice-Roi, et reproduit exactement l’aménagement de la chambre où Son Altesse est née.

Derrière les appartements privés, une salle rectangulaire bâtie dans le même style a été réservée pour l'exposition scientifique.

On y trouve une collection complète des richesses minéralogiques de l'Egypte, des travaux et dessins des élèves de l'Ecole militaire d'Alexandrie, enfin une magnifique carte en relief de la basse et moyenne Egypte, où l’on peut étudier le curieux travail d'irrigations auquel l'Egypte doit sa fertilité exceptionnelle.

L'Okel.

L’Okel, derrière le temple de Philæ, nous montre prise sur le fait l'industrie contemporaine. On le reconnait de loin à ses combles en terrasse, à ses délicieux moucharabys en bois blanc, à ses hautes murailles crépies à la chaux et ornées à leur partie inférieure de zones en briques rouges.

Un portique précédé de quatre piliers donne accès dans une cour intérieure, ou patio, où se trouvent des ateliers et des boutiques; une galerie de bois règne autour de cette salle, au plafond de laquelle est suspendu un lustre en bronze tiré d’une mosquée du Caire. Deux ouvertures (malkaf) prises dans le toit et fermées de fenêtres grillées, laissent pénétrer une lumière douce dans cette cour, que rafraichit une fontaine de marbre, destinée aux ablutions.

L’Okel, est un spécimen de ces grandes habitations communes au Caire, qui servent à la fois d'auberges, d'ateliers et de boutiques, et où se réunissent d'ordinaire les marchands et fabricants d’une même catégorie. Pour offrir au visiteur un spectacle plus varié, on a groupé ici, contrairement à la règle, des industries diverses; on trouve là côte à côte des bijoutiers nègres du Soudan aux types accentués, des bijoutiers du Caïre habiles à confectionner ces merveilles en filigrane dont l'Orient a le secret; des passementiers et des selliers, des fabricants de nattes et de chibouques, un barbier majestueux plongé en attendant la pratique dans la lecture du Coran; enfin un tourneur d'ivoire aussi adroït des pieds que des mains, et qui se sert d’une espèce d’archet pour imprimer à ses pièces la rotation nécessaire.

En face du portique, on a installé un café arabe, car dans toutes

les transactions commerciales de l'Orient le café joue un rôle indispensable. Tandis que le client s’assoit en dehors de la boutique et débat son marché, le cafedji, en compte courant avec chaque négociant, offre à l’acheteur le chibouque et le moka. On peut en faire l'expérience en sollicitant de la commission égyptienne une carte d’entrée qui donne droit au café, au chibouque et au narœuileh.

? Une carte est également nécessaire pour visiter à l’étage supérieur la salle d’anthropologie, où cinq cents têtes de momies et une demi-douzaine de momies entières, classées par dynasties et ocalités, forment une collection unique jusqu’à ce jour.

Les autres faces de l’étage supérieur sont divisées en: petites chambres destinées d’ordinaire aux voyageurs, et qu'on emploie ici au logement des artisans indigènes.

Une petite maison, servant de commun, complète l’okel égyptien; elle est composée de deux petits corps de logis en crépi blanc, à galeries de bois; celui de droite, à deux étages, est occupé par les gens de service ; l’autre, formant une galerie basse, contient les écuries et l'indispensable fontaine.

On ne verra pas sans intérêt, dans les écuries égyptiennes, deux de ces petits ânes qui sont la monture la plus usuelle des

gyptiens, et dont la gentillesse et la vivacité sont passées en proverbe.

Deux dromadaires ont aussi leur stalle; ce sont deux femelles appartenant, l’une à la race des Bicharis, l’autre à la race dite d'Haïdi. Tous les jours de beau temps elles font, vers midi, le tour du Palais; c’est un curieux spectacle que celui de ces animaux bizarres parcourant les allées au grand trot, et se pliant avec une surprenante docilité aux moindres caprices de leurs conducteurs nubiens.

Le temple de l’isthme de Suez.

Un dernier bâtiment se trouve compris dans le quartier égyptien; c’est un rectangle terminé par une rotonde, reproduisant : style d’un temple égyptien de la décadence. On le doit à la Ge de l’isthme de Suez, qui r’a pas voulu se laisser oublier dans le grand concours international de 1867.

Entre les colonnes de la façade on remarque un énorme bloc de sel, taillé dans la couche saline qui recouvre le fond des grands lacs amers. Les vitrires de la salle renferment, avec des médailles et des fragments de poterie antique, une jolie collection ornithologique et ichthyologique. Aux parois sont appendues des vues photographiques des points principaux de l’isthme et des divers travaux de la Compagnie.

Un vaste plan en relief nous fait connaître dans tous ses détails la situation actuelle de l’entreprise; les actionnaires en sauront gré à M. de Lesseps. D’autres plans de moindre dimension représentent les divers modes de travail et les principales machines employées.

En un mot, cette exposition parle aux yeux, et le visiteur, trans porté tout à coup sur les lieux, croit assister aux prodigieux efforts tentés pour achever au dix-neuvième siècle l’œuvre abandonnée des Pharaons.

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