FRANCE. — GALERIE DES MATIÈRES PREMIÈRES
Quelques échantillons de ces arbres, plus que séculaires, donnent une idée de la richesse de ces forêts, et l’on peut voir le segment colossai d’un chêne âgé de deux cent quatre-vingt-sept ans. On peut traverser sans trop s'arrêter les salles qui suivent, mais celle des arts chimiques n’est pas sans offrir quelques curiosités, notamment de belles-cristallisations : c’est le cyanure de potassium formant de délicates stalactites, le sulfate de cuivre avec ses reflets bleus, le prussiate de potasse d’un jaune doré, le carbonate de soude aux angles aigus, et le soufre raffiné de l'apparence la plus appétissante. C’est la forme capricieuse bien plus que l’objet en luimême qui attire l’œil ; à ce titre les coussins de camphre, les bustes en cire, les bas-reliefs en savon arrêtent le visiteur au passage et lui demandent au moins un coup d’œil.
Une salle est consacrée au caoutchouc ; üne autre aux minerais et métaux ouvrés. Là est l'œuvre de la grande industrie, qui a triomphé des matières les plus dures, a plié, tordu et façonné les métaux à son gré, comme s'il se fût agi de la terre glaise. Voyez ce bloc d'argent, d’une valeur de 135 000 francs, ces toiles de cuivre ou de plomb qui descendent aussi souples que le lin, ces pavillons en fer ouvragé, ces statues fondues d'un seul bloc ; considérez ces tubes gigantesques qui servent de piles pour les ponts : que d’efforts, moins encore pour les fabriquer que pour les remuer et les mettre en place ! A côté ce sont des tubes pour la distribution des eaux, travail moins renommé que celui Les aqueducs romains, et cependant les Romains qui savaient, comme nous, faire des tuyaux, eussent été incapables de fabriquer des tubes comme ceux-là : tout d’une pièce, sans soudure. Pour les obtenir il y a d'énormes difficultés à vaincre. Il faut que le métal en fusion soit étiré, en conservant une parfaite égalité d'épaisseur, et à perte de vue, on peut le dire, car on vous montrera, enroulés sur des bobines, de ces tubes qui ont une longueur de 10 kilomètres, sans solution de continuité, Tout auprès ce sont des ouvrages de moindre dimension : de petites horloges en fonte, qui adoptent la forme d’un chalet, et qu’il n’est pas sans intérêt de comparer aux coucous de la forêt Noire, dans l’exposition badoise ; les chapiteaux du futur Opéra; le système du revêtement galvanoplastique appliqué à la fonte. et au bronze comme il la été à l'or et à l’argent ; et enfin le couronnement de ce même système par un inventeur qui prétend galvaniser non plus seulement la surface, mais l’intérieur même des métaux : c’est l’alchimie retrouvée par l’industrie.
Si toutefois ce n'était assez pour intéresser la majeure partie des visiteurs, la dernière salle captivera forcément leur attention par sa collection d’éponges si complète et si curieuse. Tons les madripos cat leurs représentants derrière ces vitrines. Voici l'éponge
rute telle qu’elle se trouve au fond de la mer quand la main bardie du plongeur va l’y chercher ; la voici dans toutes ses modifications et ses variétés, depuis la plus commune jusqu'à la plus
8h FRANCE. — GALERIE DU VÊTEMENT.
fine, depuis l'éponge ordinaire jusqu’à celle qui affecte les formes les plus diverses, l’éponge cactus, l'éponge-dentelle, les herbeséponges, les éponges arborescentes, les éponges fistulaires de l'océan Indien. Iei on la voit attachée à son rocher, là fixée aux débris d’un vase antique, plus loin enfin, conservée dans un bocal, et vivante si l’on peut se servir de cette expression. Une collection de coquillages de la Méditerranée montre combien cette mer est riche en mollusques ; une collection de peaux de lapins étale les riches variétés de la fourrure de cet animal si humble et si dédaigné; et, rapprochement bizarre, une simple cloison la sépare de la machine qui transforme en quelques moments ce poil en chapeau de feutre.
En quittant les productions des colonies, en laissant la rue de Provence, rentrons à notre droite sur le sol français par la galerie suivante : ù