AUTRICHE ET ALLEMAGNE DU SUD
L’Autriche qui est un pays puissant, mais morcelé, manque d’unité aussi bien dans son industrie que dans sa constitution politique et géogramue on trouve chez elle l'effort, le luxe, la richesse, mais peu de cette individualité si marquée, qui est le résultat d’une communauté d'idée et de travail. Les premières salles, celles des matières premières, gardent un peu de l’aridité dont ne saurait se défaire une collection de métaux, de minerais, de conserves alimentaires, voire même de feuilles de tabac que de loin on prendrait pour des jambons aux formes fantaisistes; mais toutefois quelques objets curieux viennent agrémenter ce fond un peu monotone. Le premier est une collection de savons comme jamais Parisien n'en vit sur le boulevard. Ce sont des fruits de toute espèce, des quartiers de fromage et de saucisson, et tous ces objets, quelque appétissants qu’ils soient, ne sont que de simples savons : ce peut être des savons excellents, mais enfin ce sont des savons. Un curieux jeu d'échecs en bois avéc des têtes d'hommes et d’animaux est perdu dans un coin, ainsi qu’une vitrine renfermant des perdrix et des canards empaillés.
Les salles de vêtement ne nous offrent rien de bien curieux, elles montrent que les Allemandes n’ont pas le pied petit ; qu’on porte encore des talons rouges, des pantoufles brodées d’or, et qu’on y prise toujours beaucoup le galon, nous le savons aussi ; et enfin que les étoffes témoignent plus de la richesse que du bon goût de celles qui les portent. Allez voir les bijoux bohémiens, ils sont cu-
rieux, ils ont leur cachet, Le grenat, qui est la parure nationale, se groupe et se décompose de mille manières; cette partie de la bijouterie autrichienne est la plus remarquable, elle a plus de véritable originalité que l’autre qui estriche, mais lourde. Ce n’est pas à l'Autriche qu’il faut demander des modèles de mobilier, quoiqu’elle en ait exposé plusieurs en fers ouvragés et en bois sculpté; elle en a un surtout, incrusté de laque, qui est le chef-d'œuvre du mauvais goût. Mais on ne saurait trop admirer sa
Cristallerie de Bohème.
Ces produits, dira-t-on, n’ont ni la grâce, ni l'élégance de ceux de Baccarat : c'est ce qui en fait le prix, c’est ce qui leur donne de la saveur et leur conserve leur individualité. Laissez-leur ces formes gothiques et surtout ces admirables couleurs dont nous n'avons pas encore trouvé le secret; dans l’industrie il y a plusieurs places et toutes sont bonnes à prendre.
Les verres de Bohême qu’on fabrique aujourd’hui ne valent pas aux yeux des collectionneurs ceux qu’on faisait autrefois. Ce n’est plus ni la même gravité dans la forme, ni la même délicatesse dans la gravure. D'ailleurs du verre de Bohême on a abusé. Son plus grand mérite est d’être accessible aux petits rentiers. Les bourgeois plantent leurs bouquets de violettes dans les verres où les grands seigneurs féodaux buvaient jadis leur vin du Rhin.
Inutile de recommander les pipes viennoises : elles sont sans rivales dans toute l'étendue de l'Exposition, aussi bien par la beauté de l’écume que par l'excellence du travail, plusieurs sont bien plutôt destinées à servir d'ornement qu’à passer entre les dents d’un fumeur; aussi regreltons-nous qu'à côté de ces pipes de luxe on n'ait pas mis la pipe vraiment nationale avec son tuyau en cerisier, sa forme allongée et sa peinture sentimentale : au moins les Orientaux ont apporté leurs chiboucks, tandis que les Viennoïs sont forcés de fumer nos pipes de terre dans la brasserie où ils retrouvent leur bière.
Quand nous aurons mentionné un autel en bois sculpté, des tapis aux tons un peu crus, mais dont l’énsemble ne déplait pas, des porcelaines hongroïses dont on peut bien se passer la fantaisie à titre de curiosité, et enfin une collection d’horloges aux boites carrées et gothiques qui ont un parfum bien prononcé de l’ancien +emps, et qui, justement à cause de cela, pourraient bien revenir à la mode, nous aurons signalé ce qui, dans la section de l’Autriche, mérite le plus l’attention des visiteurs.
Toutefois, il serait injuste de ne point parler des spécimens typographiques de l'imprimerie de la Cour et de l'Etat autrichiens. ils se rapprochent des produits de notre Imprimerie impériale,
Les instruments de cuivre autrichiens, à part d’autres mérites peut-être, se font remarquer par leurs dimensions colossales.