‹ Les curiosités de l'Exposition universelle de 1867Chapitre 86 sur 174 · ITALIE. — MOBILIER. — VERRERIES. — CÉRAMIQUE · texte numérisé non relu

ITALIE. — MOBILIER. — VERRERIES. — CÉRAMIQUE

l'Exposition universelle mérite une attention spéciale, son œuvre est toute de transition, et on peut. y étudier le principe qui doit relier l’avenir au passé.

Les verreries de Murano.

Venise, célèbre jadis pour ses miroirs et ses verreries, a fait une exposition des verres et émaux provenant de ses fabriques actuelles, de la fabrique Salviati surtout. Ce sont pour la plupart des verres historiés, des verres soufflés dits de Murano, des verres colorés, tordus, quadrillés, festonnés, des miroirs encadrés defleurs en verre fondu; le vieux style vénitiense retrouve partout; l’antique cité veut soutenir sa gloire en faisant de même, et non en faisant mieux. Car il faut bien le dire, ces imitations du seizième siècle ne sont pas des progrès. Loin de là, le copiste moderne ne perfectionne même pas l’exécution. Venise a pris soin de nous en donner la preuve; les anciens modèles, eux aussi, sont venus au Champ de Mars. Le musée de Murano en a envoyé une très-belle collection, qui montre que le passé défie le présent.

Dans la même salle on remarquera de fort belles mosaïques également imitées du moyen âge et représentant des rois et des prélats, Henri VIII, Charles Ier, etc. ; à côté, le portrait de l’empereur Napoléon III également en mosaïque.

La céramique italienne.

Ce n’est pas seulement l’ancienne verrerie vénitienne dont l’Italie poursuit la rénovation. Elle a encore une réputation à sauver, celle des faïences peintes, qui ont fait la gloire autrefois d'Urbino, de Faenza, de Gublio, de Pesaro.

Le marquis Laurent Ginori-Liscr en possède à Florence une remarquable fabrique, au Champ de Mars une abondante collection. Ce sont vases de faïence à figurines en relief, aiguières, coffrets, corbeilles, candélabres, services de table, et, toujours dans le même genre, un large coffre à pans d’ébène dont tous les côtés et le couvercle sont garnis de faïences. Ce sont aussi faïences unies à sujets coloriés. Mais s’il y a profusion, il n’y a pas variété. Les figurines en relief sont toutes mythologiques, voilà pour le sujet; les chaïrs et les vêtements sont de couleurs fades et pâles, où le rosé domine, voilà pour la peinture. Quant aux faïences unies elles sont uniformément, selon l’antique coutume, couvertes de nudités jaunes et d’ornements verdâtres ; les vases portent en guise d’anses, des serpents enroulés.

‘Les meubles italiens.

Ce qu’il y a de mieux dans l'exposition du mobilier italien, ce sont les meubles de luxe. Ce peuple «éminemment artistique a une entente admirable de l'harmonie en toutes choses. Fait-il de la peinture ? ses tableaux ne seront jamais gauches, les couleurs n’en seront jamais discordantes; fait-il de la :seulpture? les-attitudes auront rune grâce infinie, les groupes se présenteront naturelsiet sans ligne choquante. Faït-il de l'architecture ? la symétrie :se combinera avec l'imagination pour former un ensemble à la fois proportionné et riche d’ornements. L'harmonie domine dans toutes ses œuvres. Ces qualités innées chez lui le servent jusque dans la fabrication des meubles, qu’ilcemprend, il est vrai, d’une manière un peu architecturale. Presque tous ses bahuts ont des colonnettes et des frontons. C’est du reste l’antique style de Florence. Il se prête aux incrustations de marbres et de mosaïques, aux marqueteries d'ivoire gravé, aux sculptures de‘chimères et d’arabesques. Comme type de ce genre, nous avons remarqué un meuble monumental en ébène, imité du seizième siècle, dessiné et exécuté par À. Pialri; mélange de couleurs, de boïs, de ‘cuivres, ide marbres variés, vraiment curieux. AT

En style plus pur peut-être MM. Anrtont (Luigi) et BRAMBILLA, de Milan, ont exposé une armoire d’une grande magnificence. Elle est enguirlandée jusque dans. ses frises et ses colonnettes de très-fines marqueteries d'ivoire; ses vantaux sont remplis de sculptures d’6bène et de plaques.d'ivoire gravé.

Dans la même salle, ne laissez pas inaperçue une des œuvres les plus riches de la marqueterie italienne, c’est une large table ronde appuyée sur des chimères ou sphinx dorés; toute Ja tablette n’est - qu'une mosaïque de différents bois, bois de houx, bois d'oranger, bois d’ébène combinés pour produire des figures et des feuilles d’ornementation. Il y aura là une preuveide plus du goût italien, de “cette intuition harmonieuse dont nous parlions tout à l’heure. Tout autre artiste eût recherché les disparates : blanc contre noir, rouge contre blanc, et serait arrivé à des crudités de tons agaçantes pour le nerf optique. L'artiste italien a fondu toutes ces nuances dans le ton général. La table n’est pas l’œuvre d’un ‘mosaïste patient, elle est plutôt celle d’un peintre.

Aïnsi en est-il de beaucoup d’autres ouvrages ‘analogues que nous pourrions citer, qu'il faudra ‘voir. La salle abonde en tables couvertes de mosaïques de marbre ou de mosaïques de:bois. Il'yen a de charmantes. : ë

La sculpture sur bois figure dans l’exposition du mobilier. On notera de beaux supports, de très-jolis encadrements de feuillages et de fruits. Nous passerions bien sous silence le piano des frères Marcæino de Turin, car nous savons que les pianos sculptés ne

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