EUROPE DU NORD
fiancée norvégienne, comme elle est pimpante sous sa couronne et ses bijoux de pacotille. Voyez l’accordée de village, qui pourrait faire pendant au délicieux tableau de Greuse; puis la Suédoise effeuillant une marguerite, ou laissant tomber pudiquement sa main dans celle de son fiancé. A voir le costume dont les couleurs s’6claircissent, dont le poids diminue, on sent qu’on s'éloigne du pôle, et la faucheuse en jupons courts et les pieds nus, témoigne bien que nous ne sommes plus dans le voisinage des glaces. Resardez ce bon bourgeois allant à la promenade avec sa fille coquettement attifée , on retrouve bien là cette rude race dalécarlienne qui se souleva avec Gustave Wasa, et rendit à la Suède son autonomie et sa liberté. Ces costumes et quelques photographies complètent Pexposition de ces pays depuis longtemps sympathiques à la France et qui font chaque jour de nouveaux progrès dans les arts, la science et l’industrie.
RUSSIE
De toutes les expositions étrangères qui ont trouvé place au Champ de Mers, celle de ia Russie est peut-être celle qui a le plus de saveur, qui attire le plus par je ne sais quoi d'étrange et de mystérieux. L'Orient nous étonne par son luxe, ses vives couleurs, sa vie molle et voluptueuse, mais il est loin de nous et les récits des voyageurs nous ont préparés aux contrastes les plus merveilleux. Le Russe au contraire est notre voisin, il vit chez nous, de notre vie, il est aussi Parisien qu’homme du monde: de là notre étonnement quand nous le voyons chez lui, quand ses arts, ses productions mous montrent ce singulier mélange de l’Orient et de l’Occident, de la civilisation et de la barbarie, des robes de soie et des peaux qui servent de vêtement à l'habitant du Caucase; jusque dans les salles qui renferment l’exposition russe, toutes en bois sculpté du dessin le plus capricieux, des couleurs les plus fantastiques, il y a quelque chose de singulier: on sent qu’on est plus près de Byzance que de la Sibérie.
Tout d’abord, dans la salle des matières premières, l’odeur pénétrante du cuir vous révèle sa nationalité ; de ricnes minerais, d’oae toisons de brebis, et surtout d’éclatantes fourrures plus blanches et plus immaculées que les neiges de l’Oural, attirent Pattention du visiteur. Dans le passage qui sépare une salle de l’autre, voilà quelques-uns des costumes des Ostiacs et des habitants du Caucase. Mais pour bien connaitre les types des soixantecinq races diverses composant la population de ce grand empire, il faut voir les statuettes qui se trouvent dans la dernière salle, éelle qui précède immédiatement les beaux-arts : c'est une revue complète de la race slave, celle peut-être qui vient d’être exposée à Moscou devant les représentants de ces nationalités. La grande salle du milieu est la plus riche, la plus intéressante de toute la
section russe. Là se trouvent des fragments de ces marbres précieux que les montagnes de l’Oural et du Caucase produisent en abondance : malachite, purpurine, onyx, obsidienne, mis en œuvre et utihsés soit pour les bijoux montés avec art, soit pour des mosaïques dans le genre de celles de Florence, mais avec addition de fruits et fleurs en relief. Plusieurs meubles de ce genre témoignent de l’habileié des artistes russes, et peuvent aller pour la richesse avec ce divan oriental de velours rouge couvert de fleurs d’or et d’argent, dont la broderie a un relief considérable. Dans le même salon pourrait se trouver la singulière pendule tourne-sol, qui tourne tout entière avec son balancier, et contient plusieurs complications très-curieuses. L’orfévrerie n’est pas au-dessous de cet ensemble : un calice, un bouquet, un missel, plusieurs autres pièces richement émaillées, portent non moins que l’orfévrerie moderne, des traces non équivoques de l’art byzantin. Plusieurs peintures sur bois méritent également l’attention ; mais l’objet le plus caractéristique occupe le fond de la salle, c’est la grande
Mosaïque.
Dans ce tableau, d’un beau caractère religieux, se retrouve l’ancien type national: voilà le Moscovite, qui n’est pas encore devenu le Russe moderne, et auquel le fond d’or sur lequel il se détache contribue à donner quelque chose de légendaire.
Cette mosaïque d’un caractère grandiose, attire invinciblement les regards; elle est en carreaux de verre émaillé, les colorations en sont très-vives ; ses dimensions sont magistrales; elle doit couvrir le dessus d’une porte dans la cathédrale de Saint-Isaac à Pétersbourg. Les artistes dirigés par le professeur NErFr ont donné aux diverses figures d’évêques, aux vêtements sacerdotaux, aux attitudes et à tout l’ensemble une ampleur admirable et une majesté profondément religieuse. En regard est exposée la collection des émaux qui servent à ces patients arrangements.
ITALIE
Il y a trois ou quatre siècles, l’Italie eût brillé au premier rang dans ce concours universel des produits de Pesprit humain, tandis qu'aujourd'hui, par un triste retour des choses d’ici-bas, elle reste confondue dans la foule, pour ne pas dire effacée parmi les derniers. L'Italie industrielle et commerciale des treizième, quatorzième, et quinzième siècles n'est plus, l'Italie artistique des seizième et dix-septième siècles est éteinte en partie ; quant à l'Italie nouvelle, celle qui est en train de se former sous de nouvelles conditions sociales et économiques, elle n’a pas encore porté ses fruits, et nul ne peut dire ce qu'elle sera. Toutefois son mince contingent à