ANN£X£S DES BEAUX- ARTS
101. Courtier et Patfsans, Le paysan réfléchit, le courtier va le séduire, la femme le tient en défiance. Tous les détails d'intérieur sont très-bien rendus.
102. La Traversée^ lac de Brienz; une barque conduit on cercueil
d'enfant.
M. Humberta représenté une de ces tourmentes si fréquentes dans les montagnes: Première neige d'automne (n» 55). Un coup de vent surprend un troupeau de chèvres et de vaches, la neige se jette avec force sur eux. La beigère se débat contre cette poussière d'eau glacée qoi s'étend sar tons. Les vaches sont puissantes, énor* mes, mais comme eUes deviennent petites et faibles devant ces grands soulèvements de la nature 1 Ce tableau passe pour un des meilleurs de l'exposition suisse.
■ MUSÉE DE L'ÛISIOIM DU TMYAIL.
L^hktoire da travail, c'est l'histoire de la civilisation, la mesure du progrès accompli , le pressentiment du progrès futur.
Quiconque veut connaître notre époque, n'en peut juger que par comparaison avec le passé ; il doit regarder en arrière le chemin
suivi; il doit interroger ces mille vestiges dont la race humaine jalonne son passage dans le temps, et qui tous frappés au coin de la pensée contemporaine en conservent pour ainsi dire l'empreinte
toute vivante.
Dans une exposition où l'histoire du travail serait écrite pour chaque époque, par une série complète d'objets scientifiquement rangés, on pourrait voir connue sur une carte la civilisation descendre aux premières heures du monde, des hauts plateaux de l'Asie et se diviser sur leurs flancs en deux larges courants. Uun. se dirigeant vers le centre du continent , à l'orient, et s'y figeant peu à peu comme la coulée de lave une fois sortie du volcan. L'autre se répandant vers l'Europe et y acquérant au contraire avec le temps une force de propulsion chaque jour plus puissante, qui la fait déborder au quinzième siècle avec Christophe Colomb, sur les plages du nouveau monde. £t complétant ces données antiç[ues par le spectacle des produits de l'industrie moderne, on suivrait ce coiirant civilisateur, qui, puisant des forces^ dans sa marche môme, remonte aujourd'hui vers sa source et va raviver la Chine, la Gochinchine , le Japon , et toute la région asiatique où l'autre courant s'est endormi avant d'avoir entièrement fécondé le sol.
Les collections publiques et particuhères ont-elles répondu assez complètement à l'appel de la Commission organisatrice pour offrir sans lacunes cette superbe synthèse? nous ne le croyons pas.
Mais il ne faut pas oublier que c'est la première fois qu'une /itstotre du tfwooiX ainsi entenme est annexée à une ezp<xntion de l'industrie, et permet d'embrasser d'un seul coup d'mif le présent et le passé industriels des peuplés. Rendons grâce à la Commission de cette innovation intelligente que l'avenir fécondera sans nul doute.
FIIAiCE.
PRElIltRB SALLE.
« Arrête, voyageur ! disait Tinscription antique, tu foules un héros. » 11 semble qu'en pénétrant dans cette première salle on entende une voix mystérieuse vous dire de même : «Arrêtez, voyageurs! TOUS touchez aux archives les plus reculées de l'humanité. »
Longtemps on a ignoré l'époque de l'apparition de l'homme sur . la terre, longtemps on a doute qu'il eût été contemporain de ces étranges animaux, ébauches pour ainsi dire de la création, aujoujrdiiui disparus de la face de notre planète, et dont il ne reste de traces qu'à l'état do fossiles dans les profondeurs du sd.
Le spectacle que nous voyons est une réponse à ces doutes.
Regardez : ces silex, grossièrement taillés par éclats, sont les armes et les outils des peuplades primitives qui habitaient le sol de la France des milliers d'années avant le temps des Celtes et des Gaulois (seizième siècle av. J. G.). C'est lâge de la pierre brute^ époque où lés habitants de notre pays étaient moins civilisés à conn SÛT que les Lapons et les Samctfèdes de nos jours, arec les- ^picils, autant qu'on peut en juger» ils avaient plus d'un point de ressemblance.
, Plusieurs siècles se passent; l'homme apprend à polir la pierre; il apporte dans ce travail une habileté merveilleuse. — Hacnes en porphyre, en silex et en jade du mustje de Vannes. — Couteau de silex au musée de Narbonne. — Les harpons barbelés, les aiguilles percées d'un Chas, les poinçons taillés dans des os, indiquent une industrie assez développée. Mais la guerre est l'état social permanent de l'époque ; l'honmie est en guerre contre ses semblables, en guerre contre les animaux : aussi voyez ces pointes de lances et de ffîiches, ces couteaux de pierre et ces mâchoires d'animaux façonnées en massues terribles qui font songer à celle dont Caîn a dû se servir cotttre: son frère Abel. C'est la caractéristique de l'époque.
Et cependant l'instinct des arts s'éveillait déjà chez l'homme comme le prouvent ces croquis tracés a la pointe sur l'os et la pierre, et qui pour la plupart ont. été trouvés sous- le sol des cavernes, autour des foyers qui rassemblaijBntces hommes primitif.
L'osavre vraiment capitale de cette série, est une fkgat» d'ét6-
?i]ie]it-Miiiinoiiftli dessinée au trait sur ivoire. Son importance est acile à saisir : jusqu'ici on pouvait douter que riiorame eût vécu côte à côte avec ce gigantesque pachyderme, dont l'espèce est depuis si longtemps disparue du globe. A ceux qui di> aient qu'à ses ossements fossiles on avait trouvé mêlés des restes humains^ on répondait que cette confusion pouvait avoir été amenée par les
grandes convulsions dont notre planète a été le théâtre. Aujourd'hui cette objection tombe devant notre morceau d'ivoire : rhonuue a. TU le BiUsunouth vivant, il nous en a transmis le portrait.
Il a été aussi contemporain du Grand Ours des Qonittnm^ dont on voit un squelette fossile très- compilât au-de&aua de la vitrine à ^uche, et qu^ii a reproduit aussi sur pierre.
De cet autre morceau d'os où parmi des chevaux se voit ébauchée une silhouette humaine ne peut-on pas induireque déjà à cette époque retulée le cheval était domestiqué?
Les figures de rennes dont plusieurs autres fragments sont ornés ne peu vent- ils pas nous amener à penser que le climat de la France où ils ont'été trouvés était autre qu'aujourd'hui ; qu'à l'époque où vivaient ces animaux, il était beaucoup plus IroUL et de wttt point semblable à celui des régions glacée&où le Renne seplait encore de nos jours?
Le busU et les kmbes éPune sorte de petit Dieu fétiche^ sculptés dans Pivoire, ne font-ils pas penser à une religion grossière, dont peut-être le beau poignard en os, qui se voit tout près, et qui a pour poignée un renne couché, servait à sacrifier les victimes?
Certains objets en silex, comme les flèches et harpons trouvés * dans les lacs de l'Aveyron, se signaleat par une finesse et uu foire remarquables; mais, selon toutes probabilités, ils appartiennent à une époque postérieure : Tbomme avait alors le bronze, il savait Ita^e Ij» métal pour en fàire ses outils. ;
» ' DEDXIÈMS SALLE.
Le silex ne disparaît pas brusquement devant le bronze, qui le remplace prçgressivemeut.
Plus fusible le fér, et moins difficile à extraire dU minerai, le cuivre fut le premier métal de Pantîquité. L'homme ai^t de . , bonne heure à lui donner la dureté convenable en ralliant à Tétain pour en faire le bronze. C'est ce dernier qui domine dans la salle tout entière occupée pai des objets gaulois, romains et gallo-romains.
Les bracelets faisaient partie du costume de nos ancêtres, comme le montrent tant de spécimens remarquables parmi lesquels il convient de citer ceux qu'on découvrit récemment à Saint- Jean-de- Balleville, et qui entourent encore les os des bras qu^ils ornaient autrofeis; et la série si complète de M. Bany de Toulouse. Sans dente peur la plupart, ces bracelets appartenaient à des guerriers gaulois et accompagnaient ces torques ou colliers massifs (du musée dé Toulouse) , cette longue épee du musée de Narbonne , et ces casques de forme nizarre du musée de Falaise, qui semblent disposés pour recevoir de chaque côté les ailes d'aigles qui distinguaient les chefs gaulois» Vous^pouYOïi encore retrouver Tumbo ou le centre du 6ou-
cher, et le fer dQ» flèches^ javelines et haches^ qui complétaient i'armement.
Les femmes et les chefs se paraient de ces colliers d'or dont le musée de Toulouse nous a envoyé six remarquables exemplaires et qui par leur fantaine et leur onginatité rappellent l'orfèvrerie si célèbre des Étrusques.
C'étaient sans doute ces Gaulois qui adoraient ce Dieu à triple visage^ Trinité barbue^ qui semble venir de Plnde, et qu'on retrouve sur trois bas-reliefs du musée de Reims. Ce qui suit appartient surtout à l'art romain.
Le bronze reçoit toutes les formes : ici c'est le brazero du musée de Lyon, trouvé à Vienne (Isère). Les anciens ne connaissaient guère d'autre mode de chauffage encore aujourd'hui en usage en Italie ; — là c'est le irépM d'un autel portatif (à la Société des antiquaires de Normandie), tout près les débris d*un char antique, du Musée de Toulouse, dont Tun des fragments représente le combat d'un cavalier et d'un lion. Ici c'est Jupiter du musée de Lyon, là c'est Apollon, du musée de Troyes; là l'Impératrice drapée, du musée de Lyon; là de simples casseroles que l'élégance de leur forme signale , elle aussi à l'attention de l'artiste ; plus loin c'est une série de sceaux, de cachets à l'aide desquels on imprimait des mots, des phrases même sur la cire ou la terre du potier, peut-être sur les étoffes, et devant lesquels on peut s'étonner qu'il ait làllu dix siècles encore ayant que l'imprimerie fût découverte.
Le musée d'Autun a envoyé un bijou d'un prix inestimable : la gtatuette antique en marbre olanc du pçëU Auionê^ Né à Bordeaux en 309, mort vers 39^, il quitta le barreau, professa la grammaire • et l'éloquence dans sa ville natale. Valentinien lui conna l'éducation de son fils Gratien, et il reçut de ces deux princes les titres de comte, de questeur, de préfet d'Italie, d'Afriaue et de Gaules. On lui doit des idylles, des égloyueSj des épîLres et des épigrammes. D'une main, il porte un tHilufiiefl, la tète est imberbe, un peu bouffie et flasque , il semble oue le poète est pris au moment où il déclame ses vers dans une dfe ces récitations sï chères aux rhéteurs de la décadence. — Tout près, un bas-relief en marbre du même musée, représentant un génie coiffé du bonnet des affranchis et une torche à la main. Ne serait-ce pas, sauf meilleur avis, une allégorie de l'àme délivrée du corps?
L'art du verrier florissait à Rome, comme le montre l'exposition de flacons et de coupes de M. Billon , et la terre cuite se prêtait aux mille fantaisies ae la statuaire. Citons en ce genre une îîralvr* antique, surmontée d'un buste d'enfant couronné trouvé dans le département de l'Aliier ayecles objets qui Pentourent. Tous semblent être des ex-voto se rattachant au culte d'Isis. Stature âé cette déesse allaitant un enfant à chaque sein, singes, coqs, lapins, lions, et plusieurs figurines et bustes, d'une délicatesse merveil-