‹ Les curiosités de la médecine (volume 2)Chapitre 3 sur 86 · L’ANTIQUITÉ DE LA MÉDECINE · texte numérisé non relu

L’ANTIQUITÉ DE LA MÉDECINE

e Code Lombard renferme plus d’un nom de

médecin et plus d’une trace de l’intervention de la médecine dans la confection des lois.

Dès le vie siècle, on traduisait en latin certains ouvrages de médecine.

Les rois Mérovingiens et Carlovingiens avaient leurs archiàtres. (i) On distinguait déjà les chirurgiens des médecins.

(1)« Archiàtres, c’est le nom par lequel Galien désigne Audromaque, médecin de Néron. Grégoire de Tours parle de Y archiàtrc ou primus medicorum. Le mot était depuis cette époque, tombé en désuétude lorsqu’il fut repris, sous la forme de Comte des Archiàtres, par Marc Miron, seigneur de l’Herraitage, médecin de Henri III, en 1574. L’appellation ne dura pas, mais les privilèges restèrent ; les médecins du roi jouissaient un peu des prérogatives que le code théodosien assigne aux profcssoribus medicis, médecinsdu palais. « qu’in sacro palatio inter archiatros militarunt, nuUa scnatoria cet c/lebali collatione,nulla municipali, nulle curialium conccntione vexandos ». A l’époque où nous sommes, les médecins du roi jouissaient encore d’une foule de prérogatives : ils prenaient les premiers, à l’église, le

Dans ses Capitulaires de 805 et de 807, Charlemagne rappelle qu’il faut être initié à la médecine dès l’enfance.

Un manuscrit de Milan contient, au dire de Daremberg, la preuve qu’on faisait à Ravenne, vers la fin du vme siècle, des leçons publiques sur Hippocrate et Galien. Dans ce même siècle, on transcrivait des manuscrits médicaux à l’abbaye de Saint-Gall et à l’abbave du Mont-Cassin.

Soit dans les archives italiennes, notamment dans celles de Lucques, de Crémone, de Naples, soit dans les chroniques, on relève, en grand nombre, des noms de médecins, du vme au xme siècle. Ils sont presque tous laïques, contrairement à l’opinion reçue qui prétend que la médecine du moyen-âge était exclusivement entre les mains des clercs (1).

pain bénitet l’eau bénite, et, dans un autre ordre d’idées, pouvaient pratiquer la médecine à Paris sans passer par la Faculté de cette ville. Lorsqu’ils venaient à l'Ecole, couverts de leur robe de satin, emblème de leur titre de Conseiller d’Etat, ils devaient être reçus au bas de l’escalier par les docteurs régents. Plus tard, en 1606, Henri IV leur accorda, pour André du Laurens, son médecin, le droit de commettre, par tout le royaume un ou deux chirurgiens chargés des rapports judiciaires; et en 1611, Louis XIII leur attribua l’intendance de la médecine, la chirurgie, la pharmacie, avec le droit d’approuver, de recevoir et de graduer les barbiers-chirurgiens et les apothicaires. » Bordier, La Médecine à Grenoble.

(1) «Lepremier des médecins dauphinois qui nous soit connu de nom, est Maijtrc Bran, fusician, qui, en 1275, assista comme témoin, dans la grande salle du

l’antiquité de la médecine

Le titre de docteur est apparu vraisemblablement

pour la première fois au xne siècle. (1)

Maxime de Tyr attribue l'origine de la médecine à l’usage qu’avaient plusieurs peuples de l’antiquité d’exposer leurs malades sur les places publiques ou dans les passages les plus fréquentés, afin d’interroger les passants qui s’arrêtaient près d’eux et de leur demander ce qu’ils avaient fait ou vu faire dans des circonstances semblables (2).

Le chapitre 38 de V Ecclésiaste nous ordonne

château d'Uriage, au testament de Guignes Alleman, seigneur du lieu.

«En 1328, le régent Henri, oncle de Guignes VIII et de Humbert II, son frère, qui lui succéda, laissa par testament plusieurs legs à ses trois médecins : Jacques Alleman, Pierre de Bœne, maître Jean.

« Enfin, en 1334, Humbert II avait auprès de lui un fusician ou médecin, qu’il avait ramené de Naples et qui venait de l’Ecole de Salerne, Pandulfc , ainsi que nous l’apprend le trésorier du Dauphin, Jean de Poncey. Il avait encore auprès de lui un autre médecin nommé Jean , sans doute le même que maître Jean, légataire du régent Henri.

« Ces médecins, fusicians ou mires étaient très probablement des clercs.» Dr Bordier, La Médecine à Grenoble, p. 3.

(1) Cf. la Chronique médicale , correspondance médico-littéraire, Tables annuelles , 1895 et suivantes.

(2) Nous allons rapporter textuellement le passage de Maxime de Tyr à ce sujet (Dissertation XL): « Voici « comment on rapporte que la médecine a été jadis « inventée. Les parents des malades allaient les déposer « dans les rues et les passages les plus fréquentés ; les « passants s’approchaient, faisaient des questions sur « la maladie, et, selon qu’ils avaient été atteints du « même mal, et avaient été guéris en prenant quelque

(l’honorerle médecin, parce que Dieu l'a créé après avoir reconnu qu'il élail absolument nécessaire dans le monde.

Le second verset nous apprend que toute la médecine vient de Dieu et que ceux qui l'exercent doivent recevoir dans tous les temps de magnifiques présents des Princes de la Terre.

Cicéron écrivait qu'il trouvait quelque chose de surnaturel dans la médecine, assurant que l'art de guérir les hommes rendait ceux qui le pratiquaient presque semblables aux Dieux.

Ovide croit donner à Apollon (1) des louanges dignes d’un Dieu, en lui faisant dire qu'il est le Père et l’inventeur de la médecine ; qu'il n’est point d’herbes et de plantes sur la terre dont il ne connaisse les propriétés.

« chose, ou en faisant quelque amputation, ou par la « diète, chacun indiquait le remède qui avait réussi. « L’identité des maladies fixa dans la mémoire l'iden- « tité des médicaments qui avaient eu du succès, et « une courte habitude de l’ensemble de ce résultat fut « la mère de la science ».

(I) Apollon, père d’Esculape, a été regardé comme l’inventeur de la médecine parles plus anciens auteurs. Pindarc (Pythiq., ode 5, vers 85) dit qu'il apprend aux hommes les moyens pour guérir les maladies.

Dans Ovide (Métcunorph., lib. 1, v. 521), Apollon se glorifie par ces mots d’avoir inventé la médecine :

Invcnlum mcdicina mcurn est, opifexque per orbem Vocor, et herbarum subjecta potenlia nobts.

Plusieurs auteurs ont pensé que Pæaii, médecin des Dieux, dont parle Homère, était le même qu’Anollon ; mais Sprengel croit que ce sont deux divinités différentes.

„ 9UintîIien’ dans ses Institutions oratoires , que oamt-Jerôme appelle un ouvrage achevé, enseignant la manière de faire l’éloge des Dieux, dit

qu il faut louer dans Apollon l’invention de la médecine.

Les Grecs n’ont-ils pas rend,, à IIippocrale les honneurs d.v.ns qu'ils avaient autrefois décernés a Hercule ? Qmnte-Cu, -ce ne nous apprend-il pas ega ement que l'armée des Macédoniens rendit à Philippe les mêmes actions de grâces faites i, un Dieu, pour avoir sauvé la vie d'Alexandre»

Eschyle, Pmdare, Aristophane, Pausanias regarent la medecinecommel'un des attributs d’Apollon

On ht dans l'Alceste d'Euripide : « C'est ce D*eu qu, enseigna aux Asclepiades l'art de connat- He et d employer les médicaments.

Dans la tragédie And, arnaque, Oreste invoque Apollon comme Dieu de la médecine. Diane su sœur avau des templesen Grèce et à Rome, où’elle ela adorer connue une divinité médicale et présiuant a ta naissance.

lois d'un roi do Pylos, le devin Mélampe ensei-

n>rr t ,io,g"ériret «.méiesmio»

de Pl.œbus, dont d épousa l'aînée, Iphianasse, qui 11 appoi la en dot la couronne d’Aro-os IVlalirc ne fut pas moins royalement récom- P de ses services : au retour de Troie, jeté par

la tempête dans l’ile de Scyros, il épousa la fille du roi, qu'il avait guérie des suites d’une chute qu’elle avait faite du haut d’un toit. Il la saigna des deux bras, au moment où l’on désespérait de sa vie.

Cette histoire, rapportée par Pausanias, est le premier exemple d'un médecin qui ait pratiqué la saignée.

Les auteurs anciens ne sont pas d’accord sur l’époque où l'on a commencé à adorer, en Grèce, Eseulape comme un dieu, et à lui bâtir des temples. Apollodore d’Athènes, cité par saint Clément d’Alexandrie, prétend que ce fut cinquante-trois ans avant la prise de Troie.

Pausanias fait mention d'un temple d’Esculape à Amyclée, qui aurait été consacré par Hercule, en reconnaissance de ce qu’Esculape l’avait guéri d’une douleur à la cuisse. Cependant, malgré ces autorités, il paraît certain que le culte d’Eseulapé n’a point existé antérieurement au siège de Troie.

Homère n’en parle nulle part ; il ne regarde Eseulape que comme un excellent médecin, et 11. “siode n’en fait pas mention dans sa Théogonie.

Alexanor, fils de Podalyre, lit bâtir, selon le témoignage de Pausanias, à Titane, ville du Péloponnèse, un temple en l'honneur d’Esculape, son aïeul. Dujardin, Sprengel et M. Ileeker pensent que ce temple, qui fut construit environ cinquante ans

LA XOllLESSE DE LA MEDECINE

après la prise de Troie, fut le premier où un culte divin ait été rendu au dieu de la médecine.

Malgaigne est d’avis que le culte d’Esculape est d’une époque encore plus moderne, et un savant Danois, Birger Thorlacius, va jusqu'à prétendre qu'il ne date que du ve siècle avant Jésus-Christ. La raison qu’il en donne est que Pindare, dans sa troisième Pytliique, ne parle d’Esculape que comme d’un héros et non comme d’un Dieu ; mais Tliorlacius n’a pas fait attention qu’Hipysde Reggio, écrivain contemporain de Pindare, fait mention de l’exercice de la médecine dans le temple d’Epidaure ; et, quoique l’histoire de la guérison miraculeuse d'une femme qui avait le ver solitaire, qu’il attribue à Esculape, 11e soit qu’un conte absurde, cela ne prouve pas moins qu’à l’époque où vivait Ilipys de Reggio, le temple d’Epidaure existait déjà, et qu’Esculape y était adoré comme un dieu.

Quelle que soit l’époque à laquelle on ait bâti le premier temple à Esculape, il est certain que ces temples devinrent bientôt très-nombreux dans la Grèce.

On leur donnait le nom d’ Aselèpion ; il y en avait dans presque toutes les villes. Scliulz en a compté soixante trois, dont Pausanias a fait mention.

La noblesse de la médecine.

Autrefois, en recevant un médecin, on lui mettait un anneau d’or aux doigts, en lui disant

les paroles suivantes: « Accipe annulum aureum in signum nobilitalis, ab Augustoet Senalu romano medicis concessœ. Prenez cet anneau d’or pomma r que de la noblesse conférée aux médecins peu Auguste et le Sénat romain. »

Celte cérémonie de l’anneau qui remonle, comme on voit, au règne d’Auguste, reconnaît l’origine suivante : Cet empereur, atteint d’une maladie qui mettait ses jours en danger, fut guéri en peu de jours parles soins éclairés d’Antonius Musa, célèbre médecin de Rome.

Pour l’en récompenser, Auguste lui donna une somme considérable, et lui accorda, ainsi qu’à tous ceux qui, dans la suite, exerceraient la profession médicale, le privilège de porter un anneau d’or et de jouir de toutes sortes d'exemptions. L’anneau d'or étant chez les Romains la véritable marque de noblesse, les médecins avaient quelque droit de se qualifier de nobles.

Les empereurs Honorius et Théodose élevèrent les médecins de leur palais à la dignité de comtes et vicaires de l’Empire.

En France, les premiers médecins de nos rois ont toujours eu la qualité, les armes et la couronne de comte, et transmettaient à leurs descendants la noblesse réelle.

A la fin du règne de Louis XIV, le premier médecin touchait 40.000 livres d’appointements. 11 avait

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