LA NOBLESSE DE LA MEDECINE
la surintendance du Jardin des Plantes et celle de toutes les eaux minérales de France. Il recevait le brevet de conseiller d'Etat, en prenait la qualité, en touchait le traitement (compris dans les 40.000 livres), avait droit d'en porter le costume. Môme s'il n’était pas docteur de Paris, lorsqu’il daignait honorer la Faculté de sa présence, le doyen précédé des bedeaux allait le recevoir à la porte. Le plus envié de ses privilèges était celui de pénétrer tous les jours dans la chambre du roi pendant que le monarque était encore au lit et avant les premières entrées. Il devait aussi toujours être présent, et en robe de satin, au dîner de Sa Majesté. 11 avait le titre de comte, et transmettait à ses descendants une noblesse réelle.
Dans ses armoiries figurait le bâton entortillé d’un serpent, que la mythologie donnait pour symbole à Esculape ; on remplaça parfois le serpent par un dragon.
La clientèle du premier médecin était immense, car tous les courtisans tenaient à honneur d’avoir le même docteur que le roi. « On croyait, dit Fontenelle, faire sa cour de s’adresser à lui ; on s’en faisait même une loi. »
Ses fonctions cessaient aussitôt que le souverain avait rendu le dernier soupir. « La charge de premier médecin, écrit Duclos, est la seule qui se perde à la mort des rois. »
L’emblème de la médecine.
Le serpent, enroulé autour du bâton, est depuis un temps immémorial, l’emblème de l’art de guérir. Dans les anciennes statues, Esculape est représenté tenant dans sa main gauche le serpent. Dans le grand temple d’Epidaure, celte statue était d’or et d’ivoire et tenait d’une main un bâton noueux, tandis qu’autour de l’autre bras était enroulé un serpent.
On a dit que ce symbole du serpent signifiait que les malades, pour aller mieux, devaient se dépouiller de leur propre peau, comme le fait le serpent lu i— même. Mais ce signe a une autre signification pour le médecin, le serpent étant l’emblème de l'attention et, dans le cas particulier, étant destiné à lui rappeler sans cesse qu’il doit bien observer ses malades et se tenir sur ses gardes dans les diverses phases de la maladie.
En Egypte, le serpent était consacré à lsis, déesse de la fécondité et de la Nature.
Quant au bâton, il signifie que les convalescents ont besoin de soins et d’aide pour éviter les rechutes.
Les nœuds du bâton d’Esculape indiquent les difficultés inhérentes à l’élude et à la pratique de la médecine.
l’emblème de la médecine
La couronne de laurier est le symbole de la victoire et de l’honneur ; elle montre que le médecin triomphe de la mort et mérite d'être glorifié pour sa vaillance.
Dès la plus haute antiquité, le serpent fut honoré comme l’emblème de l’intelligence, de la prudence, de la ruse : c’est une superstition qui remonte à la séduction d'Eve, au serpent d’airain fabriqué par Moïse, au serpent Python et aux fétiches des nègres de la Guinée. La rapidité avec laquelle il se meut, les .figures mystiques qu’il semble former en se repliant sur lui-même, sa force, sa longévité, le danger de sa morsure, tout cela dut frapper l’imagination des premiers hommes et leur faire attribuer à ce reptile une nature particulière et supérieure.
Les Phéniciens l’appelaient le bon démon. Les Egyptiens représentaient le monde par un serpent enfermé dans un œuf. Les Romains et les Grecs y voyaient l’emblème de l’éternité.
Le serpent désignait aussi la prudence et la vigilance nécessaires au médecin.
Pline dit que le serpent est l’emblème de la médecine, parce qu’il fournit à l’art de guérir des remèdes précieux. On sait que Nicandre a fait de l’histoire naturelle et de l’emploi médical des reptiles le sujet de l’un de ses poèmes. Cette opinion s’est propagée jusque dans les temps modernes; aussi les
pharmacopées arabes cl celles des derniers siècles font-elles .grand étal des propriétés de la vipère. Moïse Charas en fit la matière de savantes recherches et de ses travaux les plus importants.
Le 11 octobre 1597, la Faculté avait décidé de prendre pour insignes trois cigognes, portant dans leur bec un rameau d'origan, avec cette devise : Urbiet orbi salus, allusion au droit qu’avaient les docteurs de Paris d’exercer dans le monde entier.
L’instinct médical des animaux
La croyance que c’est l’ibis et la cigogne qui ont enseigné aux hommes l’usage du lavement, et l’hippopotame l’usage de la saignée, a été générale dans l'antiquité et au moyen tige. On trouve encore un reflet du premier de ces préjugés dans la cigogne qu’on voit à la devanture de quelques vieilles pharmacies.
Pline, qui a attribué à l’ibis l’invention du lavement, n’a fait que copier Diodore de Sicile. Le nom du roi Totli s’écrit au moyen de l'hiéroglyphe de cet oiseau. Prenant l'ibis pour sa valeur figurative et imaginant le bec qui sert de canule, le narrateur grec aurait, selon quelques-uns, grotesquement travesti une tradition sérieuse, celle
L INSTINCT M liDICAL DUS ANIMAUX
de l'antiquité du ne 1er halapa , autrement dit du remède cher à M. de Pourceauguae.
Selon quelques autres, et M. Maspéro est de ce nombre, l’ibis aurait été, dans l’ancienne Egypte, parfaitement bien considéré comme l’inventeur du lavement, et cela par suite de l’habitude qu’a eet oiseau de recueillir la matière graisseuse qui se trouve aux environs de sa queue, pour lustrer ses plumes.
Les bêtes ont été nos premiers docteurs en médecine, n’en doutons nullement, quand l'histoire médicale ne l’attesterait pas.
Le syrmaïsme, ou la purgation par en haut et par en bas, fut indiqué aux Egyptiens par le vomissement que se procurent les chiens avec le chiendent, dit Œlien /lis/, anim., lib. V, e. 46),
Ce peuple observateur apprit aussi l’usage de la saignée de l’hippopotame (Cicéron, de Natur. Deor., I. II).
Le bon effet de la salive pour cicatriser les ulcères a été montré par les chiens qui lèchent leurs plaies (Œlien, lib. VIII, c. 9. Voyez Joli. Selmidii, Diss. de brûlis hominunx doctoribus , Lips. 1684, in-4° et Paul Boccone, De Solertia brutorum in seipsis curandis , et dans Manget, Bibl. mèd., tom. I, pari. I, art. 25).
Les moulons qui ont des vers au foie vont lécher les pierres salées et urineuses. Dans les terrains inondés, d’autres bestiaux hydropiques avalent des
terres ferrugineuses, comme font aussi, par instinct, des iilles aux pâles couleurs, et des femmes enceintes. La voix intérieure est si manifeste dans plusieurs maladies, chez les animaux surtout, qu’à cet égard les ours même nous instruiraient mieux que les gens d’esprit.
Qui ne sait que les chiens mangent de l'herbe quand ils se sentent l’estomac trop chargé ; que les chats se soulagent en mangeant de la calaminthe sauvage, qu’on appelle pour cette raison Y herbe aux chats ; que les sangliers guérissent leurs douleurs de tête, en mangeant des écrevisses?
Plutarque ne nous a-t-il pas appris, dans ses Questions naturelles, que les tortues mangent de l’origan, les belettes de la rue, lorsqu’elles sont piquées par un serpent? Le dragon éclaircit sa vue en frottant son œil malade contre du fenouil, les hirondelles, pour rendre la vue à leurs petits, se servent de cliélidoine ou hyrundinaria. Les ours, quand ils sortent de leurs cavernes, où ils se sont retirés pendant l'hiver, vont manger du pied de veau sauvage pour relâcher leurs intestins. Quand ils sont dégoûtés et privés d’appétit, ils lèchent du miel, et tendent leur langue couverte de celte douceur vers les trous des fourmis, jusqu’à ce qu'il s'en soit amassé une certaine quantité, qu'ils avalent pour se déterger l’estomac.