LA VOIX ET LES PARFUMS
cusé (les symptômes laryngés, c’est possible. Mais en ce cas, le parfum n’y était pour rien.
Ce n’est pas l’avis de Delmas, la basse chantante de l’Opéra, qui se trouve péniblement impressionné par les parfums pénétrants: tubéreuses, jacinthes, et bien plus encore par le lilas blanc. Il se sert, par contre, impunément, d’eau de Cologne russe, qui est pourtant à base de musc et de civette, d’un arôme si subtil.
Au Conservatoire, si on n’enseigne pas que les bouquets doivent être enlevés de tous les endroits où l’on doit chanter, on recommande, en toute occasion, aux élèves qui y fréquentent, de se sevrer de parfums, de quelque nature qu’ils soient. M. Seguy, professeur dans cet établissement, n’hésite pas à proscrire l'usage des fleurs. « Leur effet le plus habituel écrit-il à un de ses amis, qui a bien voulu nous communiquer sa lettre) avant l’enrouement, est un raccourcissement de la voix (une tierce environ); ensuite la muqueuse pharygienne, où se localisent les effets les plus perceptibles, se sèche, devient brillante... Les parfums artificiels ont une action moindre. Les tempéraments parfaitement équilibrés sont moins sensibles à l’influence des parlums, tandis que les nerveux (névrosés de toutes sortes) sont très susceptibles... Si nous considérons les mauvaises odeurs en général, elles semblent moins actives : ainsi l’odeur des bains de Barètes
me laisse la voix parfaitement libre ; l’ammoniaque
LES CURIOSITES UES REGIONS
augmente la salivation ; l’iode me cause une sensation de brûlure au voile du palais, augmente les mouvements de déglutition, mais n’atteint pas la sonorité ; l’ozone, à dose très sensible, détermine une rapide trachéite et del’enrouement consécutif, mais non persistant; la fumée de pétrole., de gaz et même de bougies, quand la combustion est incomplète et mal réglée, me voile la voix, me cause un très vif sentiment de strangulation dans les notes aiguës, qui deviennent difficiles etcouaquantes et détruit en partie le timbre de l’extrême grave ».
Le grand artiste Faure, qui a écrit un traité didactique sur l’hygiène du chanteur, a bien voulu également nous faire part de ses impressions. La violette est sa bête noire, et il n’a que des malédictions pour l’humble fleur des champs. Ce n’est pas que le mimosa et autres végétaux à exhalaisons puissantes trouvent grâce devant lui. Lemieux, est à son avis, de les reléguer sans distinction dans une pièce inhabitée.
L’auto-suggestion serait-elle pour quelque chose dans la production du phénomène? C’est, après tout, ; une opinion soutenable. M. Achard, qui professe au Conservatoire, s’y rallierait assez volontiers. « Je | n’ai jamais, nous dit-il, aimé sentir trop près de j moi, quand je chantais, les parfums, quelque exquis qu’ils puissent être. Etait-ce le résultat de mon imagination? Je n’en sais rien. Us me produisaient un peu l’effet, en diminutif, de l’odeur exhalée par les pas-