LES SEINS
iCc es mamelles ne sont pas exemptes des bizar-
mf
M reries de la nature ; ordinairement les femmes n’en ont que deux, mais on en a vu qui en avaient davantage.
Blasius, par exemple, en a remarqué trois chez une femme.
Waloclms et Borrichius ont fait la même observation.
Thomas Barlliolin parle d’une personne qui en avait quatre.
Pour ce qui est delà conformation de ces parties et de leur grandeur, elle est monstrueuse dans certains pays : au rapport des voyageurs au Cap de Bonne-Espérance, les femmes les ont si longues, qu elles les jettent par-dessus l’épaule.
En souvenir de cures merveilleuses opérées par Saint Jacques de Composlelle, une de nos gracieu-
i.es cuinosrriis df.s heuioxs
ses demi-mondaines, Dolorès Tyeda, a l'ait mouler son sein et, après l’avoir fait reproduire en argent, l’a envoyé à l’église espagnole.
Nous extrayons de l’histoire de Notre-Dame de Liesse les faits suivants :
« L’an 1020, madame de l’Orme, trésorière de France, vient offrir à la sainte Vierge une mamelle d’argent en action de grâces de la guérison d’un mal qui lui était venu au sein.
« Le 11 juin 1075, de la part de Marie de la Grange, alors reine de Pologne, une mamelle d’or est offerte à la sainte Vierge. »
Cette coutume des ex-voLo de santé remonte très-haut.
Les juifs avaient coutume de déposer dans leurs temples, un bras, une main d’or ou d'argent ou quelque autre partie du corps qui avait souffert : ou bien ils faisaient peindre celle partie. Sur cesoffrandes qui étaient conservées, on mettait ordinairement une inscription qui était le plus souvent courte, très simple, et qui contenait seulement dans plusieurs cas, le nom de la divinité, celui de la personne guérie ou de celle qui faisait Y ex-voto pour le malade, rarement le nom de la maladie.
Des inscriptions de oe genre existent encore en assez grand nombre, mais elles ne nous apprennent
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rien sur les moyens auxquels on attribuait la guérison.
Un passage du Livre des Rois parait prouver qu’au temps de Samuel, les Phéniciens, quand ils obtenaient la guérison d’une maladie, avaient la coutume de déposer dans leurs temples des ex-voLo en or, représentant la partie du corps qui avait souffert. ainsi qu’on le fit plus tard en Grèce.
On lit encore dans le Livre des Rois , que les Philistins, ayant été atteints d’une maladie au fondement, en punition de ce qu’ils avaient enlevé l’Arche d’alliance, leurs prêtres et leurs devins leur conseillèrent de renvoyer l’Arche, et d’y enfermer cinq anus d’or.
En 1827, Adrien de Jussieu publiait l’observation d'une jeune femme qui était née comme sa mère avec trois mamelles.
Julia, femme d’Alexandre Sévère, fut surnommée Mamea, comme la Fortune : elle était mullima/ne.
Percy et Fournier virent à Trêves une fort belle femme qui avait trois mamelles disposées en triangle.
En 1071, s’exhibait à Rome une femme pourvue de quatre mamelles, deux de chaque côté, fournissant abondamment du lait à chaque grossesse.
Les deux faits suivants sont plus extraordinaires encore : Gadner vit au Cap une mulâtresse ayant six mamelles qui donnaient du lait ; mère a quatorze ans, elle eut quatre .enfants d’une grossesse et cinq de l’autre.
Percy fut témoin du second fait : ce chirurgien célèbre rapporte qu’une vivandière valaque, accouchée depuis vingt jours de deux enfants qu elle allaitait, fut trouvée parmi les prisonniers autrichiens que fit l’armée du Rhin en l’an 4 III. Morte de froid, on reconnut qu’elle avait cinq mamelles, dont quatre très-saillantes, remplies de lait et sur deux lignes ; la cinquième, placée au-dessous et au milieu des quatre autres, n’avait pas plus de volume que le sein d’une tille impubère.
Nous rappellerons enfin que l’infortunée Anne de, Boleyn était multimame et avait six doigts à chaque main.
Poppée, femme de Néron, avait toujours à sasuile quatre à cinq cents ânesses, pour se baigner dans leur lait.
Guy Patin nous apprend que plusieurs personnes de sa connaissance, qui régulièrement tous les ans avaient pris du lait d’ânesse pendant six semaines ou deux mois, avaient vécu plus de <S0 ans. C’est acheter une longue vie à bon marché.
THOHAX
On disait jadis le lait d’ànesse excellent pour la santé, pourvu qu’il fut lire d’une ànesse jeune, saine et bien nourrie.
Galien le faisait prendre avec du miel pour la phtisie.
Pline prétend que le bain de lait peut servir à rendre la peau plus blanche.
M. de Graveroles. avocat de Nîmes, dans une lettre à M. l’Evêque de Comenge, pour servir de Mémoire à la Vie de M. Cotelier, observe que ce savant homme, ayant eu dans son enfance une chèvre pour nourrice, fût toujours depuis fort mélancolique, et fort valétudinaire, presque jamais sans fièvre : d’autant que, selon Pline et Varron,
Capreœ nunquam sine febere snnt.
Cette opinion de Graveroles est discutable ; car les enfants nourris de lait de chèvre sont d’ordinaire fort sains, joyeux, et aiment comme leurs nourrices, à sauter et à danser.
Nous avons ouï dire, lisons-nous dans un auteur ancien, qu’un enfant, étant repris par son père de quelques légèretés, qui lui étaient échappées au collège, lui dit pour toute excuse en avouant sa faute : «Souvenez-vous, s'il vous plaît, que j’ai été nourri de lait de chèvre. »
LES CURIOSITES DUS REGIONS
S’il est contre l’ordre ordinaire delà nalurcqu un homme ail du lait, il ne l’est pas moins d’en trouver dans les mamelles d’une vierge. Cependant ce dernier fait est encore moins rare que le précédent. On lit plusieurs observations de ce genre dans les ouvrages de Schenckius, Christophe Avega, Roderic a Castro, Pierre Castel, etc.
Le Journal de Paris (ann. 1784, n° 100), fait mention d'une fille qui, nubile à cinq ans et demi, en avait huit, lorsque sa mère mit au monde un garçon qu’elle allaita. Un abcès survenu au sein l’ayant empêché de continuer 1 allaitement, Anne Liberge (c’était le nom de la jeune fille), chercha, par un mouvement naturel, à apaiser la faim et les cris du petit infortuné, son frère, à qui elle présente son sein. La nature, répondant par une sorte de prodige à ce dévouement de l’amour fraternel, féconda les mamelles de la jeune fille, qui remplit pendant un mois, à l’égard de son frère, les tendres fonctions de la maternité.
Les auteurs ont cité un certain nombre de faits, plus ou moins bien constatés, d’allaitement par des vierges, par des vieilles femmes et même par un homme (A. de iïumboldt) , dans lesquels la succion paraît avoir joué le rôle le plus important comme agent provocateur de la sécrétion. On peut se demander quel rôle joue l’émotion dans celte sécrétion.
Dans cet ordre d’idées, le fait rapporté par
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d’Aubigné (1) n’est pas sans intérêt: «Le pasteur de Saint-Léonard, le conduisant (d’Aubigné) it Conforgien, le destourna pour luy faire voir en un village le miracle d’une femme de septante ans, de qui la fille estant morte en couche, elle pressa son petit fds contre son sein, s’escriant : « O Dieu ! qui te nourrira? » A ces mots l’enfant empoigna un des bous de sa grand’mère, et les deux mamelles furent à l’instant pleines de laict, duquel elle l’a nourri dislmit mois, parfaitement bien. Cette histoire avant d'estre imprimée, a esté vérifié par l’acte public de l'Église. »
M. Domange a rapporté un cas de sécrétion lactée pendant une grossesse nerveuse (2), dans lequel l’irritation locale n’était évidemment pour rien.
Cœur
Sait-on à quelle époque remonte l’usage d’inlmmer à part le cœur des personnages qui se sont illustrés par leur naissance, leur fortune ou leurs actions héroïques? Il serait difficile de le déler-
(1) Agrippa d’AcuiGNÉ, Mémoires publiés par Lalanne, édit. Jouaust, 1889, p. 138.
(2) Arch. de tocologic, 1885, t. xvi, p. 2/i6,
LES CUIUOSITES DES REGIONS
mimer exaclemént. 11 est à peu près certain que l’antiquité païenne n’a pas connu celte pratique. La combustion des corps était une mesure générale qui ne souffrait aucune exception.
11 faut arriver au douzième siècle pour trouver la première trace du culte funéraire isolé du cœur.
Le 25 février 1117, Robert d’Arbrissel, le religieux fondateur de l’ordre de Fontevrault, meurt
dans l'abbaye d’Orsan, fondée par lui. En exécution de ses dernières volontés, son corps, qui était encore douze jours après sa mort dans un état parfait de conservation, fut enlevé aux religieuses d Orsan pour être transporté à Fontevrault. Mais pour les consoler de la perte de cette relique, Léger, archevêque de Bourges, qui accompagnait les restes du bienheureux Robert, consentit à laisser aux religieuses le cœur du fondateur de l'ordre de Fonte-
vrault .
C’est dans cette même église de Fontevrault que fut inhumé le cœur du roi anglo-normand, Henri IL mort à Chinon en 1189.
11 est assez singulier qu'on n'ait pas retrouvé le cœur de saint Louis, et on ne s’explique guère comment on aurait dérogé en faveur du saint roi a la coutume déjà généralisée en France, que nous avons signalée plus haut.
THORAX
Outre le père et la mère du saint roi, Thibault Y, son gendre, mort en Sicile à son retour des Croisades, avait légué son corps aux religieuses Cordelières de Provins et son cœur au couvent des Cordeliers, dont il était le fondateur. Ce cœur, après diverses migrations, était encore, il y a une trentaine d’années environ, dans le sanctuaire de Péglise de Provins, où il passait pour opérer des miracles, notamment dans les maladies des yeux, rebelles a tout traitement.
Les Jacobins reçurent également en dépôt le cœur de Philippe III, fils de saint Louis. Son aulio fils, Pierre, comte d’Alençon, légua son cœur aux frères prêcheurs de Paris.
Les Jésuites, les Célestins, les religieuses de Maubuisson, de Paris, du Val-de-Grâce, etc., ont partagé avec les jacobins le privilège de recueillir les cœurs et les entrailles des souverains. L’abbaye de Saint-Denis les a reçus aussi quelquefois, exceptionnellement.
Richard-Cœur-de-Lion, blessé a mort devant un château du Limousin, le 5 avril 1199, avait demandé, selon Mézerai, « que son corps fût inhumé à Fontevrault près de celui de son père ; que la ville de Rouen, qu’il chérissait à cause de la fidélité qu'elle lui avait toujours gardée, eût son cœur et que les Poitevins, qu’il avait peu estimés, eûssent ses boyaux, la plus vile partie de son corps. «
Au xnie siècle, les rois de France commencent, à se conformer à la coutume de l'inhumation isolée du cœur. C’est ainsi que, Louis VIII étant mort à Montpensicr en 1220, son corps est porté à l’abbaye de Saint-Denis, tandis que son cœur et ses entrailles restent en Auvergne.
En 1258, trois abbayes de femmes se partagent les dépouilles mortelles de la mère de saint Louis, Blanche de Castille ; c’est à l’église du Lys qu’échoit le cœur de la reine.
On a beaucoup discuté, vers 1843, sur la prétendue trouvaille du cœur de saint Louis à la Sainte- Chapelle. D’après Andry, ce cœur pourrait bien être celui de Christophe Barjot, chanoine de la Sainte-Chapelle, mort en 1082 ; ou celui de Jacques Barrin, immortalisé par Boileau dans son Lutrin, ou de tout autre personnage encore plus inconnu.
L’histoire a mentionné, comme déposés à Saint- Denis: le cœur de Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe V ; le cœur de François 1er, qui avait été d’abord donné aux religieuses de Notre-Dame de Haute-Bruyère ; les cœurs de Louis Xlll et de Louis NIY, qui étaient primitivement dans l’ancienne église de la maison professe des jésuites de Paris; le cœur de Louis, dauphin de France, t ils de
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Louis XY et père de Louis XVI, mort eu 1765 ; le cœur de Louis X\ 111 et celui du duc de Berry.
Les Cordeliers possédèrent les cœurs de Philippe V, mort en 1322, de sa femme, et celui de Jeanne d’Kvreux. reine de Aavarre, épouse de Charles IV.
Les frères prêcheurs ou Jacobins eurent, entre autres viscères, le cœur du fils de saint Louis, Pierre d’Alençon, et celui de son frère, Charles d’Anjou ; les cœurs de Philippe-le-Bon et de sa femme.
Chez les Célestins, on trouve les cœurs de Louis XII, de Charles VI, de Henri II, et les entrailles de la malheureuse Henriette d Angleterre, morte a Saint-Cloud à 26 ans, dont la fin subite inspira a Bossuet la tirade éloquente si connue : Madame se meurt. Madame est mortel...
Chez les Jésuites, furent primitivement déposés le cœur de Louis XIII, fondateur de l'église professe de cet ordre; et celui de Louis XÏV. Ces deux cœurs furent plus tard transportés à Saint-Denis.
Les Jésuites du collège de la Flèche, fondé par Henri IV, eurent le cœur du \ ert-Galant.
Les religieuses du Val-de-Gràce gardent précieusement dans une armoire de marbre et dans un -caveau les cœurs d’Anne d’Autriche, fondatrice de leur monastère; d’Henriette d’Angleterre; de Phi-
UES CU Itl OSITES DES REGIONS
lippe d’Anjou, second fils de Louis XIV, et de 1 épouse du grand Roi, Marie-Thérèse d’Autriche, morte en 1683.
D autres églises possèdent des cœurs de grands personnages. Le cœur de Duguesclin se trouve dans l’église des Jacobins de Dinan; celui de Charles V a été, au moins jusqu’en 1736, dans la cathédrale de Rouen, où se trouvent aussi le cœur de Richard Cœur-de-Lion, du cardinal Estouteville , mort en 1482, de Charles de la Rochefoucauld, etc.
Le cœur de la mère de François Ier est inhumé dans l’église Notre-Dame-de-Paris.
Le cœur de saint François de Salles a dû être inhumé à part, puisque, huit ans après la mort du sainl, survenue en 1622, Louis XIII, âgé de 29 ans, tombé gravement malade à Lyon, fit suspendre la relique vénérée au chevet de son lit.
Nous arrivons au xvii° siècle ; Ilarvey vient de découvrir la circulation du sang (1619). L’éclat de cette découverte a sa répercussion dans les allégories plastiques ou figuratives. En feuilletant les iconologies, on retrouve le cœur à tout propos. Mais l’intervention du cœur dans l’art religieux remonte encore plus haut : on voit des cœurs figurés audessous d’images du Christ, sur des piliers
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d’églises, sur des chapiteaux, dès le xvc siècle. Aujourd'hui ou ne retrouverait plus guère le cœur sous forme symbolique que sur les plastrons des maîtres d’armes.
Veut-on savoir ce qu’est devenu le cœur de Buffon ?
Buffon étant mort au Jardin du Roi, dans la nuit du 15 au 16 avril 1788, à une heure du matin, fut embaumé dans la matinée du 16, moins de sept heures après son décès, par les chirurgiens Portai, Betz el Girardeau.
Ceux-ci embaumèrent avec soin le cœur et le cerveau, qui furent renfermés dans dos urnes de cristal.
Buffon avait témoigné le désir que son cœur fut remis au géologue Faujas de Saint-Fond, mais le fils de Buffon ne lui remit que le cerveau.
Quant au cœur, M. Nadaud de Buffon, arrièrepetit-neveu du grand naturaliste, pense que 1 urne qui le renfermait a été comprise, sans qu’on ait pris même la peine de s’enquérir de son contenu, dans la vente publique faite a Montbard et à Paris au profit de la nation, au mois d’août 1794, après la tin tragique du tils de Buffon.
Puisque nous en sommes au chapitre du cœur,
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rappelons celle anecdote, qui a Irait au cœur de Voltaire. Après la mort de cet homme universel, le bruit se répandit que le marquis de Villette avait renfermé le cœur de Voltaire dans un vase en or, sur lequel était gravé ce vers :
Son cœur est en ces lieux, son esprit est partout.
Sans considérer tout le bien que le grand homme avait lait à beaucoup d’infortunés, un esprit malicieux s’empressa d’ajouter que le cœur de Voltaire ne remplacerait jamais son esprit.
Les usages du cœur en thérapeutique.
Pline a dit que le cœur du cerf n’est point sujet aux maladies fébriles et que même il en préserve.
Dans un ouvrage de pharmacie, imprimé à Cologne en 1703 (1), on trouve plusieurs formules d'eau cordiale, préparée avec le cœur d’un cerf récemment tué.
L’auteur d’un traité publié à Francfort au xvie siècle (2), recommande une mixture, composée de cœurs de cerfs, à défaut d’un cœur de bœuf ou de porc, auxquels on ajoute des cœurs d’oiseaux, surtout de perdrix, du citron, du santal, de l'aloès. etc.
(1) Jacobi Mangeti, Bib/iotheca Pharmaceutico-Medica.
(2) Arnold Weickard, Thésaurus pharmaceuticus galeno-C/timicus.
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Pline, Marcellus Empiricus, etc., nous ont laissé une série de recettes où entrent différents cœurs d’animaux.
Les cœurs du lion, du crocodile, du caméléon, étaient employés contre la fièvre quarte ; celui de l’hyène, contre les spasmes ; celui de l’àne, contre l’épilepsie; celui du lézard, contre la scrolule; celui de la grenouille, contre la dysenterie, etc.
Certains magiciens, dit encore Pline (i), lont attacher aux mains le cœur d’un lièvre, comme piéservatif de la fièvre quarte.
* -fc
Puisque nous voilà sur la pente de la magie, pénétrons franchement dans son domaine mystérieux.
Quiconque mangeait le cœur d’une taupe, tout frais et palpitant, possédait le don de divination.
Le cœur d’un chat-huant, appliqué sur le sem o-auclie d’une femme endormie, lui iaisait révéler
tous ses secrets.
Quand les Esquimaux sont malades, leurs sorciers, pour tout remède, leur prescrivent ou leur interdisent telle ou telle portion de l’un des animaux dont ils se nourrissent, et c’est spécialement le cœur ou le foie qui leur sont ainsi ordonnés ou défendus.
Dante prêtait au cœur, dans le sexe masculin, un
(1) L. 28, Ch. 19.
usage loul spécial: celui de communiquer au plus pur de noire sang la puissance génératrice, celle vertu qui, dit-il, « procède du cœur du père. » (■ Purgatoire , ch. 25, p. 31 et suivantes).
Rabelais voyait dans le cœur une officine qui a f ï i liait le sang, déjà élaboré par le foie, et purifié par les reins et la rate.
Riolan comparait le cœur humain au Paradis terrestre de la Genèse.
Si 1 on parcourt les recueils d'armoiries des anciens souverains, on trouve, offrant des cœurs, avec les armes de Danemarck, celles de Saxe-Meinino-en
de Saxe-Cobourg Gotha, de Saxe-Altenbourg.
Le cœur figurait dans les armes du célèbre réformateur religieux Luther.
A partir du xv° siècle, et surtout du xvic, de nombreuses familles ont un cœur dans leurs armes. Citons notamment Jacques Cœur, anobli par Charles A II, et qui avait pour devise : ,1 cœur vaillant , rien d impossible ; les Amelot, famille de magistrats, les Cœuret, etc.
Quelques villes de France ont fait figurer le cœur dans leurs armoiries, par exemple : Seez en Normandie; Vertus en Champagne; Conllans en Lorraine ; Corbeil près Paris (le mot Corbeil serait même dérivé de Cœur-Bel , cœur loyal, el fidèle à la couronne de France).
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A quelle époque le cœur a-l-il figuré sur les caries à jouer? Vraisemblablement pas avant les dernières années du xive siècle. Une opinion, entre beaucoup d’autres, attribue à Jacques Cœur, l’origine du cœur sur les cartes à jouer, parce que, diton, Jacques Cœur, qui était en relations commerciales avec l’Orient, aurait importé le jeu de cartes de ces régions lointaines. On sait que dans l’hôtel de Jacques Cœur, construit à Bourges vers le milieu du xve siècle, le cœur avait été si peu ménagé qu’on en voyait partout. Pas une serrure, pas une sculpture, pas une tête de clou, où ne figurassent les emblèmes du maître de céans: une coquille ou un cœur.
De même, dans l'hotel de Luynes, appelé encore Palais d’amour, que François 1er se fit bâtir tout auprès de l’bôtel de la duchesse d’Etampes, entre la rue Git-le-Cœur et la rue de V Hirondelle.
De toutes les devises, je n’ai pu, dit Sauvai, me ressouvenir que de celle-ci: « c’était un cœur enflammé placé entre un alpha et un oméga, »
Au xvie siècle, le cœur figure non seulement dans les enseignes (la rue Grégoire de Tours qui s’appelait primitivement rue du Cœur- Volant , devait ce nom à une enseigne, représentant un cœur ailé), mais encore au frontispice des livres, comme mar*