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MEMBRE INFÉRIEUR

Le Pied.

Chez les Romains, le pied était consacré à Mercure, le talon et la plante des pieds à Tétiiys.

Le peuple-roi attachait une grande importance à entrer dans les temples du pied droit ; y entrer du pied gauche eût été regardé comme un présage sinistre (i).

Certains physiologistes, entre autres le I)r Gaëtan Delaunay, ont cru pouvoir conclure de la forme du pied à l’ordre hiérarchique de l’espèce. Exposons leurs arguments.

Le pied du nègre est long et plat ; il en est de même de celui du Nubien, qui ressemble à une <( planche ». Le pied est encore plat et long chez le Chinois, le Japonais, l’Arabe.

Considérons les races européennes : chez les Anglais, le pied est « long, mince, plat, sans cou-depied et sans relevage de cambrure ».

Chez les Allemands, le pied est « long, gros, plat, mollasse ». Au contraire, le pied des Français est <( court, petit, élégant, cambré ».

Dans une même race, le pied est plus court et plus cambré dans les classes élevées que chez les autres.

(i) Historiographie de la Table , par C. Verdot, 25g.

Au Moyen âge, les nobles traitaient les vilains de pieds plats et le nombre de ces derniers était considérable à cette époque. Or, ce nombre est très faible aujourd’hui ; il en résulte que le pied, qui était plat chez nos ancêtres, s’est cambré de plus en plus, à mesure que la race a évolué.

Actuellement, le pied est plus petit et plus cambré chez les citadins que chez les campagnards. Les

bonnes arrivant de la campagne à Paris ont le pied moins cambré que les Parisiennes.

Dans les anciennes classes dirigeantes, qui sont en voie de dégénérescence, le pied s’allonge et .s’aplatit, en même temps que le volume de la tête diminue, ainsi que nous l’avons vu précédemment. C’est ainsi que les petits crevés, si justement dénommés, ont les pieds presque plats. S’ils paraissent avoir les pieds cambrés, quand ils sont chaussés, c’est que leurs chaussures ont des talons hauts, qui dissimulent à la fois la platitude et la longueur de leurs pieds. On comprend maintenant pourquoi l’usage des hauts talons s’est introduit depuis quelque temps dans les classes dégénérées.

D’après nos renseignements, les cordonniers du quartier de la Madeleine chaussent beaucoup de pieds plats. Au contraire, dans le quartier des Ecoles, les pieds sont très cambrés (i).

Le pied dans VArt.

Le Dr Delore (de Lyon) a cherché à se rendre compte de quelle fapon les artistes de toutes les épo-

(i) Le Voleur, 1878, 252; d’après la Tribune médicale.

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ques ont interprété la forme du pied (i). Une \isitc au musée du palais Saint-Pierre lui a permis d’étudier la question, et voici le résultat de ses recherches.

Le type du pied cambré- existe dans un grand nombre de statues antiques et dans toutes les œuvres d’art, du moyen âge et de la période moderne, doid suit rénumération :

Période antique. — Apollon, Antinoüs, Jason, Flore, Silène, Silène à l’enfant, Mercure Pompéien, Vénus de Médicis (2), Tireur d’épines, Joueur de palets, Joueur de llûte, Diane chasseresse, Baccris enfant, Germanicus, très beau, Atalante, Milo, Démocrite, Centaure et Faune, et enfin Hercule Farnèse.

Le f)r Delore a également observé cette forme dans trois bas-reliefs antiques, et aussi dans deux sarcophages trouvés à Lyon, l’un à Saint-Irénée,

1 autre a la Guillotière ; et ce qu’il y a de plus caractéristique, c’est qu’ils représentent des pieds d’enfants gras.

Dans quelques-unes des œuvres observées, le type est un peu indécis : ainsi, dans le Jupiter trouvé dans le Rhône, dans Doriphora et dans Pauline Ile rmaphrodite du Capitole.

Mais, chez un certain nombre, le pied est manifestement plat ; ce sont : Ulysse, Achille, Minerve de Velletri, Polymnie et un Hercule dont la désignation est inconnue.

(1) Lyon médical , 29 octobre 1899.

(2) Ce pied très cambre est d’autant puis à remarquer, qu’il supporte tout seul le poids du corps.

Moyen Age. — Les spécimens de cette époque ont, 1 o i r. s , les pieds cambres. Citons : le Noe, la Vieige et le saint Jean du XIVe siècle ; les personnages de nos deux Pérugïn et tous ceux de Michel-Ange : il en est de même du Christ de Cano (1601).

Période moderne. — Tous nos sculpteurs sans exception adoptent la forme cambrée. A citer Ciiinard, dans plusieurs statues ; Pollet, \ieity, Legendre-Héral, dans sa magariflque I.éda, etc. , Janson, Pradier, dans son Odalisque ; L oyat le r , dans deux statues ; Delorme, dans sa Psyché et son Mercure ; Giotto ; de Gravillon, dans Peau d ane, et Genton, dans Léandre.

Rot y, dans ses médailles, a également adopté le genre cambré.

De cette énumération, bien incomplète, il ressort combien est fausse la légende du pied plat, comme type préféré par les grands artistes de la Grèce et de Rome. Il ne pouvait en être différemment à une époque qui s’est illustrée par le culte du beau et de l’idéal. Et si, parfois, les artistes grecs ont scuplté le pied massif, c’est par défaillance ou pour donner une image de la Force : c’est pour cela, sans doute, qu’il en ont doté Hercule, Achille, Ulysse et Minerve.

Te pied de poupée des Chinoises.

Dans son Voyage en Chine, le Père Hue, dont les récits ont tant d’agrément, a donné, sur l’origine de la déformation des pieds (i) chez les fem-

(i) Ils sont extraits d’un recueil littéraire, la Mosaïque, i873, 355.

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mes chinoises, des détails qu’on sera heureux de retrouver ici.

La mode des petits pieds est générale en Chine et remonte, dit-on, à la plus haute antiquité. Les Européens aiment assez à se persuader que les Chinois, cédant à l’exagération d’un sentiment très avouable, ont inventé cet usage, afin de tenir les femmes recluses dans 1 intérieur de leur maison et de les empêcher de se répandre au dehors.

Quoique la jalousie puisse trouver son compte dans cette étrange et barbare mutilation, nous ne croyons pas cependant qu’on doive lui en attribuer I nvention. Elle s’est introduite insensiblement et sans propos délibéré, comme cela se pratique, du reste, pour toutes les modes.

On prétend que, dans l’antiquité, une princesse excita 1 attention de tout le monde par la délicate exiguïté de ses pieds. Comme elle était d’ailleurs douée des qualités les plus remarquables, elle donna le ton à la fashion chinoise, et les dames de la capitale ne tardèrent pas à en faire le type de 1 élégance et du bon goût. L’admiration pour les petits pieds fit. des progrès rapides, et il fut admis qu’on avait enfin trouvé le critérium de la beauté; et, comme il arrive toujours qu’on se passionne pour les futilités nouvelles, les Chinoises cherchèrent, par tous les moyens imaginables, à se mettre à la mode. Celles qui étaient d’un âge rassis eurent beau user d’entraves et de moyens de compression, il leur fut impossible de supprimer les développements légitimes de la nature, et de donner à leur base la tournure mignonne tant désirée. Les plus jeunes eurent la consolation d’obtenir quelque succès, mais vagues, assez médiocres et de peu de durée. Il n était réservé qu’à la génération suivante d’assurer complètement le triomphe des petits pieds. Les mères les plus dévouées à la mode nouvelle ne manquaient pas, s’il leur naissait une fille, de serrer et de

comprimer avec des bandelettes les pieds de ces pauvies petites créatures, afin d’empecher tout développement. Les résultats d’une pareille méthode ayant paru satisfaisants, elle fut généralement admise dans tout 1 Empire.

Comment s’y prennent les Chinois pour obtenii ces résultats, le professeur Je Anselme a bien voulu nous en instruire, avec sa précision coutumière :

Toute mère soucieuse de l’avenir de sa fille piéside elle-même à cette torture, ou tout au moins en surveille l’exécution. Dès l'âge de trois ou quatre ans, 1 enfant perd le libre usage de ses extrémités inférieures. A 1 aide de bandages compressifs, on s applique à enroulei les quatre derniers orteils autour du premier.

A la longue, les doigts déviés prennent une position telle, que leur pulpe s’imprime dans la plante des pieds, tandis que leur face dorsale regarde le sol. L’avant-pied est alors réduit, pour ainsi dire, au pouce, et s’effile en pointe.

Diminuer le diamètre transversal du pied n’est pas tout, il faut aussi s’opposer à son allongement. Pour ce faire, on s’efforce de le tasser. Lentement, par l’effet d’une compression savamment graduée, au prix de souffrances chaque jour renaissantes, les os du tarse glissent les uns sur les autres, la voûte plantaire s’excave et devient aiguë, tandis que la cambrure du cou-de-pied s’exagère. Quand l’œuvre contre nature est parachevée, un sillon profond barre la voûte plantaire et sépare l’avant-pied, sorte d’appendice informe, de la masse talonnière, qui semble épaissie et massive, parce quelle a gardé ses dimensions normales.

Quand les procédés de douceur n’atteignent pas le but, la mère a recours à la violence. Fixant d’une main le talon de l’enfant sur son genou, de l’autre elle saisit l’avant-pied, qu’elle tord sur son axe, jusqu’à ce qu’elle

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obtienne l’élongation ou la rupture des ligaments de l’articulation médio-tarsienne.

Le résultat désiré obtenu, il faut le maintenir. Comme le pied, laissé en liberté, tendrait à reprendre son développement interrompu, la Chinoise, toute sa vie durant, doit porter un bandage contentif qui se natte en spica au-devant du cou-de-pied.

Bandage et moignon sont contenus dans une petite chaussure découverte, très effilée, dont la longueur, chez les élégantes, n’excède pas quinze à seize centimètres.

Tout le poids du corps repose sur les talons, car la pointe du pied, légèrement relevée, ne touche pas terre pendant la marche.

La coutume de se déformer le pied, écrivait un médecin militaire, le Dr Fuzter, en 1 86 1 , est à peu près généralisée chez les Chinois : les batelières de Canton, les domestiques, les femmes qui cultivent les champs, les femmes d’origine tartare, sont à peu près les seules qui ne la pratiquent pas. Aujourd'hui, elle est imposée par la tradition et par l'usage qui, en Chine comme en France, sont plus puissants que les lois.

Cette coutume est funeste à plus d'un titre ; parfois, assez rarement il est vrai, sa pratique est suivie d'accidents locaux : carie, nécrose des os du pied, etc.

Si ces résultats sont l’exception, les suivants sont presque la règle. Cette coutume force à un repos relatif dans le jeune âge, surtout pendant l’application compressible des bandes ; (‘Ile gêne donc le développement des enfants. Dans l’âge adulte, elle ne permet qu’un exercice borné ; plus tard, (die force au repos plus ou moins absolu par l’env

bonpoint qu elle produit, repos qui a pour conséquence l’affaiblissement et l’anémie.

Une «si étrange mode peut donc être accusée de favoriser de plus en plus le développement du tempérament lymphatique de la race chinoise, chez laquelle il domine presque exclusivement.

Les Chinois attachent, paraît-il , une idée de lubricité à la forme du pied. Regarder le pied de la femme qui passe dans la rue est une suprême inconvenance ; en parler 11e se fait pas entre gens bien élevés.

Dans les peintures chinoises, jamais on ne représente le pied d'une femme : toujours la robe le cache ; il en est tout autrement de certains albums, de nature plus que légère, que l'on fait circuler à la fin du repas.

Lorsqu’un chrétien se confesse, s'il ne s’en accuse lui-même, le missionnaire ne manque pas de lui demander s’il a regardé le pied des femmes.

Enfin, on assure que la vue et le toucher de souliers petits cl coquets sont rime des puissances de ceux auxquels la nature affaiblie refuse d’autres plaisirs (1 ; .

Mutilation des orteils.

Comme les Chinoises, les femmes de Lima sonl renommées pour la gentillesse de leurs petits

(t) Art. Ch inc , (tu Dict. cncycl. des se. méd icciIcs , 191 1 cf. h' Pied, élément d’excitation sexuelle (Archives d'anthropologie criminelle, i5 déc. iqo3, 792 et s.)

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pieds ; aussi, vont-elles toujours chaussées de souliers de satin blanc, depuis la grande dame jusqu'aux 1 i lies du peuple, qui n’ont souvent pas de bas dans leurs jolis souliers.

Un consul anglais, ayant eu l’occasion de voir sa bonne courir pieds nus, fut fort surpris de ne lui compter que trois orteils ; il lui demanda ce qu’elle avait fait du quatrième.

— Tajado, senor, répondit-elle.

Et supposant qu’il voulait faire tailler les siens, dont il souffrait, elle alla chercher le tajador, qui lui apprit qu'en général, tous les habitants de Lima faisaient enlever le petit orteil à leurs filles dès leur naissance, de sorte qu elles ne se souviennent pas de l’opération et croient qu'il n'y. a que les hommes qui possèdent un petit orteil ; encore est-il beaucoup d’adultes qui, pour se débarrasser de leurs cors, se soumettent à cette désarticulation fort peu douloureuse, surtout depuis l'invention du chloroforme. On prétend même que, de l’union de deux personnes amputées pendant trois générations, résulte un défaut congénital, qui se transmet à 'tous leurs enfants.

Le tajador de Lima a eu, il y a longtemps déjà, un prédécesseur à Paris. Un chirurgien célèbre à son époque, Marjolin, racontait, dans son cours de pathologie, qu’un chirurgien de Paris s’était acquis ii ne véritable réputation parmi les belles dames, par sa complaisance, que Marjolin qualifiait de coupable, à leur enlever un des orteils de chaque pied. Marjolin ajoutait (pie, deux fois, il avait été prié et supplié de faire cette opération et qu’il avait nettement refusé. Il estimait qu’ainsi l’on compro-

mettait l’art et sa dignité, en le faisant servir à des mutilations dangereuses, et.qui ne visent qu’à satisfaire des intérêts peu respectables.

Le pied, faveur insigne.

Ce que les Espagnoles évitent de montrer; c’est leur pied. « Elles veulent marcher par-dessus leurs robes, dit Mme d’Aulnoy, dans ses Mémoires sur la cour d'Espagne, afin qu'on ne puisse voir le pied qui est la partie de leur corps qu’elles cachent le plus soigneusement. ,Eai entendu dire, ajoute la noble conteuse, qu’une dame, après qu’elle a eu toutes les complaisances possibles pour un cavalier, c’est en lui montrant son pied qu’elle lui confirme sa tendresse, et c’est ce qu’on appelle ici la dernière faveur. »

Origine d,'un détail de toilette .

Ce qu’on ne soupçonnait guère avant que nous l’eût appris un grave membre de l’Institut, c’est l’origine antique d’un petit détail de toilette, considéré jusqu’à ce jour comme essentiellement pa¬

risien.

Quand nos demi-mondaines ont inauguré la mode des saivez-moi, jeune homme, elles ne se doutaient pas, j’oserais l’affirmer, qu’elles faisaient de l’archéologie. C’est ce que démontre pourtant une

notice lue par M. IIeuzey, un savant archéologue,

à la Société des queur du Temps a plus divertissants.

antiquaires, et dont un chroniti ré la substance d’un article des

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N’allez pas croire (jue ces suivez-moi, jeune homme aient consisté, comme les nôtres, en deux rubans attachés au chapeau et flottant au vent. Les Grecs étaient plus raffinés que cela. M. Heuzey a eu sous les yeux des amphores, des ornements de toute dimension, dont plusieurs se terminent par un pied de femme. L’un d’eux, d’une délicatesse exquise, porte cette inscription gravée au-dessous du talon : akoluthi (faute pour akolouthei), c’est-à-dire suis-moi.

Les femmes de ce temps étaient donc beaucoup plus affirmatives que les nôtres. Elles ne se contentaient pas de rubans symboliques, qui ne constituent après tout que des invitations fort obscures. Elles mettaient bravement les points sur les i : Suis-moi ! Suis-moi, jeune homme, si tu sais lire ou voir.

Et quelles ressources ces appels, nullement dissimulés, n’offraient-ils pas à la coquetterie ! Une certaine façon de ployer le pied mettait l’inscription en pleine lumière. La seule manière de marcher devait trahir l’existence de cette littérature cachée. 11 y avait plus : quelques-unes de ces inscriptions étaient gravées en creux et s’imprimaient sur le sable. On pouvait les suivre à la piste et en retrouver la propriétaire.

Reconnaissons, pourtant, que, sur ce point, nous sommes supérieurs aux Grecs. Pour qu’un Parisien suive un joli pied, il n’est nullement besoin d ornements ou d’invitations spéciales ; il y va de lui-même, avec un bon vouloir exemplaire. Voilà le progrès.

Explication d'une locution

proverbiale.

Rien de plus répandu que cet adage populaire : a II est bête comme un pied ! » Sous-entendu : l’adjectif plat.

Ouvrez votre Larousse, et vous lirez au mot : <( pied-plat , homme qui ne mérite aucune considération )>. Et le lexicographe ajoute ces exemples, fournis par les auteurs les plus recommandables :

a On sait que ce pied-plat, digne qu’on le confonde, Par tle sales emplois s’est poussé dans le monde. »

Molière.

« ...Je hais les pieds-plats, je hais la convoitise. »

A. de Musset.

« Nous sommes des pieds-plats, oui, des marauds,

[d’accord ;

Mais le monde est à nous, car nous avons de l’or. »

Ponsard.

Dans son Dictionnaire des proverbes , Panckoucke écrit : « On appelle, par injure, pied-plat, pied-pris, un paysan, un homme grossier. »

En Provence, pied se dit ped : a Cadun Irobo sabato à soun ped, a; « chacun trouve savate (ou chaussure) à son pied » ; on emploie encore l'adjectif pé , signifiant idiot, hébété, niais ; c’est ainsi ({n on dit d’un individu peu intelligent : semblo pé (il a Pair stupide). Trouverait-on là une explication de la locution parisienne « bête connue un pied », ou <( bête comme ses pieds » ? C’est possible.

Pourquoi pied-plat est-il un terme injurieux ? Serait-ce parce que l’aplatissement des pieds figura longtemps sur la liste des causes d’exemption du service militaire? (i)

fi) (( Le pied plat n’est une cause d’exemption du service militaire que s’il s’accompagne de saillie anormale de l’astra-

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Porter les armes étant un attribut de noblesse, avant que tous les vilains aient été ennoblis en bloc par la caserne, c’est peut-être dans l’exclusion formulée par le recrutement de jadis qu'il faudrait voir l’origine du terme de pied-plat, appliqué aux roi uriers.

Notons, en terminant, que le poète latin Plaute ( XIarcus-Acc.ius-Plantus ) fut ainsi nommé, si nous en croyons Sextius Pompeius, parce qu’il avait les pieds plats (i).

D'où vient V usage de baiser la mule du Pape ?

Sous le règne de Giïarles-le-Simple, il était d’usage, lorsqu’un seigneur prêtait serment de fidélité à «on roi, de lui baiser les pieds. Le pape Adrien Ier, qui vivait dans le huitième siècle, fut le premier qui établit l'usage que l'on ne paraîtrait jamais devant lui sans lui baiser les pieds ; le clergé y acquiesça, les rois l imitèrent.

Autrefois, en France, en écrivant aux dames, on finissait par : Je vous baise les mains et suis, etc.

Le poète Malherbe, quand il écrivait à sa maîtresse, au lieu de je vous baise les mains , finissait par : je vous baise les pieds , et comme son aimée

Lralc et projection de l’axe de la jambe en dedans de l’axe du pied (Duponciiel. Médecine légale militaire).

a Sur 2.165.470 jeunes gens, examinés par les conseils de révision de i85o a 1869, Jouvaux relève 8.062 exemptions pour f>ied plat, soit près de quatre pour mille. Mais cette proportion est excessi vemen I variable, suivant les régions; elle varie de o,48 à 10 p. 1000. C’est dans l’Est, le Nord el l’Ouest que le chiffre est le plus considérable?. Dans Je Centre cl surtout le Midi, il est réduit au minimum. » Oiiujvel, I)ict. Decharnbre.

(j) Cf. Citron, rnéd., 1897, 634.

s’appelait Calixte, cela faisait dire, en plaisantant, à Balzac, que Malherbe baisait les pieds à sa maîtresse, parce qu elle portait le nom d’un pape.

Malformation anatomique des deux pieds.

Quand le roi de France Robert le Pieux était à cheval, les doigts de <ses pieds se réunissaient presque au talon (i).

A ccident malheureux.

Le célèbre musicien Jean-Baptiste Lulli mourut à Paris, en mars 1687, pour s’être frappé rudement le bout du pied avec sa canne, en battant la mesure d’un Te Deum, qu’il avait composé pour la santé de Louis XIV, son bienfaiteur (2).

Etymologie du mot « Astragale ».

Le mot astragale, d’après le Dr Pilatte, dériverait d’un mot grec signifiant astre, et d’un verbe archaïque peu usité, qui signifie injurier, mais aussi apostropher, invoquer.

11 est probable que, dans l’origine, ce terme devait désigner des astrologues ou devins, qui tiraient un horoscope en consultant les positions prises par des osselets jetés en 1 air : d’où la notion d’une influence astrale et celle d’un osselet.

Mais il est à noter que les Anciens, chez lesquels

(1) Cf. Pathologie mentale des rois de France, d’A. Braciiet. (,Hle malformation fil crier, on son temps, au miracle, tant celle particularité était rarement observée.

(2) Mazerf.t, Dénomma , ai 5.

le jeu d’osselets était très répandu, semblent s’être principalement servis, à cet effet, de l’os tarsien que nous dénommons « astragale ».

Dans une peinture grecque, découverte à Résina et représentant des joueurs d’osselets, le seul os que l'on reconnaisse nettement est un astragale. (Voir Rien, Dict.). Il est arrivé que le terme génériq ue désignant tous les osselets s’est attaché à celui de ces os qui étaient le plus fréquemment employé et le plus connu du public.

Autre étymologie, proposée par le Dr H. Gaudet (de Genève) :

Le mot astragale , qui sert, en anatomie, à désigner l’un des os du pied, vient peut-être d’Astragalus , genre de la famille des Papilionacées(P). La fleur de quelques espèces de ce genre présente une analogie de forme, assez vague, il est vrai, avec l’os astragale.

Rappelons que les anciens gentilshommes portaient sur leurs souliers un demi-croissant, à l’endroit où on attachait les boucles. Ce demi-croissant était, d’ivoire, pour le distinguer de celui que portaient les roturiers, qui était de fer ou d’acier.

Coelius Rhodiginus, célèbre professeur de grec et de latin à Milan, au quinzième siècle, appelle ces espèces de boucles astragales. Or, le mot latin astragalns signifie cet osselet qui est au bout du manche d’un gigot de mouton, lequel ressemble à un talon ; d’où est venu cet ancien adage : Noble au talon.

Comment mourut l’acteur Baron.

Le père du célèbre acteur Baron avait, à un degré supérieur, le talent de la déclamation. Son genre

de mort est remarquable. En faisant le rôle de don Diègue, dans le Cid, son épée lui tomba des mains, comme la pièce l’exige ; la repoussant du pied avec indignation, il en rencontra malheureusement la pointe, dont il eut le petit doigt piqué.

Cette blessure fut d’abord traitée de bagatelle; mais la gangrène ayant paru, et exigeant qu’on lui coupât la jambe, il ne le voulut jamais souffrir : « Non, non, dit-il, un roi de théâtre se ferait huer avec une jambe de bois. » Il attendit tranquillement sa mort, qui arriva en 1 655 (i).

Superstitions relatives aux genoux.

Dans l’édition de Pline, i, \l, chapitre G 1 1 f , traduction Littré, on lit :

L’usage des nations a attaché quelque chose de religieux aux genoux. Les suppliants les touchent, ils y tendent les mains ; ils les adorent comme des autels, peutêtre parce que la vie en dépend : en effet, dans l’articulation de chaque genou, à droite et à gauche, en avant, est un double vide en forme de bouche ; la vie s’enfuit par une blessure en cet endroit, comme par une blessure à la gorge.

Littré ne fait aucune observation à ce sujet ; mais, à la table des matières de son ouvrage, ce chapitre de Pline est intitulé : Pratiques religieuses , touchant certaines parties du corps humain. Peutêtre en faut-il conclure à une superstition.

(i) Mazeret, 208.

Sang-froid, de mutilés.

IUveholles, maréchal de camp, mort en 1 70 'i , se distingua par une valeur <si vive et si franche, qu'011 l’appela « le Débauché de Bravoure ». Il servit dans toutes les guerres de Louis XIV, depuis i665 jusqu’à la fin du siècle. U11 coup de canon lui avait emporté une jambe ; un autre coup de canon porta sur la meme partie, à la défense du pont de Kehl, en 1677, et lui, cassa sa jambe de bois : « Ah ! cette fois-ci, dit-il d’un grand sang-froid, l’ennemi a été pris pour dupe : j’ai une autre dans ma valise. » (1)

Desclaiw illieus, gentilhomme de Picardie, mort lieutenant des armées du roi, portait une jambe de bois. Un boulet de canon la lui emporta, lorsqu’il allait visiter un poste, « X ite un chirurgien », s’écria quelqu’un qui était à côté de lui.

« Non, non, reprit Desclainvilliers, qu’on fasse venir seulement mon chariot, dans lequel il y a deux autres jambes. » (2)

Comment te peintre Gérard fut guéri de sa claudication.

Le peintre David avait une affection particulière pour Gérard, qui devait être le représentant

(1) Mazeret, 210.

(2) I»., toc. cit., 210.

le plus brillant de son école. L’artiste républicain, voulant donner à son élève une preuve de sympathie et d’estime, le fit nommer juré dans le procès de la reine. La timidité, la crainte de blesser son maître empêchèrent le trop docile jeune homme de refuser, mais son embarras était extrême ; il n’avait qu’une pensée : s’exempter de l’exercice de ses malencontreuses fonctions. A cet effet, il fit semblant d'être boiteux, et se renfermant dans son atelier, s’habitua à marcher avec des béquilles. David vint plusieurs fois tourmenter, harceler son élève, qu’il trouvait un peu trop tiède ; l’autre, d’alléguer, pour prétexte de son manque d'assiduité, le mal dont il souffrait à la jambe.

Ce manège durait depuis plusieurs jours, quand un des personnages les plus célèbres de l’époque vient voir Gérard, dont il admirait le talent déjà plein de promesses. Le jeune peintre reconduit le visiteur jusqu’au bas de l’escalier, en affectant de marcher avec une grande difficulté ; puis, quand il est seul, voilà notre faux infirme qui prend ses béquilles sur son épaule et grimpe lestement les étages ; mais il est rencontré par Mme Fourcroy, probablement la femme de l’illustre chimiste ; c’est à peine s’il a le temps de reprendre son attitude de paralytique : « Soyez tranquille, monsieur, j’ai deviné les motifs qui vous font agir, je les respecte trop pour ne pas garder le silence. »

David avait aussi soupçonné ces motifs ; le lendemain, il vient trouver Gérard : « Tu ne veux pas être juré ? — Non, je ne puis, on serait obligé de me couper la jambe. — Ah ! vraiment ? Eh bien î on le coupera autre chose. — Comment cela ? — Le

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bruit se répand que tu es aristocrate, et tu seras guillotiné si tu ne viens pas. »

Ces paroles produisirent un effet magique : Gérard jeta ses béquilles et fut juré.

Fabrique de culs-de-jatte.

Il existe deux variétés de culs-de-jatte : les uns le sont de naissance ; les autres le deviennent par accident.

Les culs-de-jatte par accident représentent un groupe assez important. Ce sont toutes les victimes des grands traumatismes portant sur les membres inférieurs, et qui ont nécessité une double amputation de cuisse, ou même la désarticulation de la hanche. La survie n’est pas incompatible avec ces effrayantes mutilations.

Aux culs-de-jatte de naissance et aux culs-dejatte par accident viennent s’ajouter les estropiés que la maladie prive de l’usage de leurs membres inférieurs : ce sont les plus nombreux. « Ici, écrit le Dr Henry Meige, le catalogue étiologique est des plus variés. Tous les paraplégiques, tous les amyotrophiques, tous les ankylosés des membres inférieurs prétendront au titre de culs-de-jatte, pourvu que leur impotence soit suffisante. Le pottique fera valoir sa compression spinale ; le névritique, la dégénérescence de ses nerfs ; le myopathique, sa macilence musculaire et ses rétractions fibreuses ; le rhumatisant chronique, ses soudures et ses déformations. Et ce ne sont là que les affections les plus fréquentes, parmi lesquelles la paralysie infan-

tile mérite d’être placée au tout premier rang. Aucune d’elles, cependant, ne saurait rivaliser avec la lèpre, car celle-ci sait réaliser à la fois les névrites, les paralysies, les atrophies musculaires, les ulcérations, les rétractions, les déformations et même les amputations spontanées. Or, au temps passé, la lèpre fut une grande pourvoyeuse de culs-de-jatte. »

De nos jours, le cul-de-jatte est de plus en plus rare. La lèpre a presque disparu, l’orthopédie a fait des progrès, et la mendicité, ou soi-disant telle, est interdite. Les institutions charitables recueillent la plupart des estropiés. Ils peuvent vivre, sans im- * plorer la pitié publique, en exhibant leurs difformités. On en trouverait donc dans les hospices, mais on n’en voit guère dans les rues, si ce n’est dans les rues très pauvres. Combien d’entre nous pourraient se vanter d’avoir vu un cul-de-jatte vraiment digne de ce nom ? Car il ne suffit pas, pour avoir droit à ce titre, detre privé de l’usage des membres inférieurs. Le mot même de cul-dejatte implique l’emploi d’un accessoire spécial : la jatte, où l’infirme repose par son séant, et qui, pendant des siècles, tint lieu de tous les appareils orthopédiques.

A quelle date remonte cette singulière invention? Et quel en fut l’auteur?

« La plus ancienne figuration se trouve sur une fresque de la chapelle des Espagnols, dans le cloître de l’église Santa Maria Novelîa, à Elorence. Elle

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a été attribuée à différents représentants de l’Ecole de Giotto, et elle remonte à la première moitié du XIV siècle, c’est-à-dire à une époque où la lèpre faisait rage dans les pays italiens.

« La jatte était à la fois un instrument de protection et de progression. Fixée solidement à la ceinture et suffisamment rembourrée, elle recueillait le tronc et les membres paralysés ou leurs moignons, leur servait de support, les protégeait contre les heurts. C’était corame un sabot pour les corps sans jambes. Pour cheminer, son fond arîondi se prêtait aux oscillations dans tous les sens ; au repos, la moindre poussée suffisait pour exécuter une pirouette, précieux avantages pour le malheureux qui, -vivant d aumônes, devait être toujours prêt à tendre la main aux passants. »

FIexry Meige montre qu’à défaut d historiographes, les culs-de-jatte ont eu des portraitistes, et non des moindres. Ils ont même eu leur poète, Scarrox, cul-de-jatte lui-même.

Croirait-on que le cul-de-jatte soit devenu une production industrielle ? D’après le Dr Léon- 1 Ein (i), ce serait un article de commerce qui se fabriquerait à Eolosa, en Espagne, à 22 kilomètres au sud de Saint-Sébastien.

D< > en 1 1 epi eneurs parcourent les campagnes, à la 1 (.cherche des enfants infirmes ; ceux qui ont les

1) Revue des maladies de la nutrition.

ou

pieds-bots font prime. On prend l’enfant à 7 8 ans et on le mène chez le fabricant de culs-de-jatte, sorte de rebouteur à rebours, qui, en deux mois de traitement, se charge de recroqueviller, d’atrophier, de dessécher les deux jambes et d en I me ces affreux moignons qui tout pleuvoir les gios

sous.

Tous les ans, le barnum rassemble sa caravane. L’invasion des petits chariots franchit les Pyrénées, s’avance à petites journées, razziant le Midi de la France, jusqu’à Paris où elle arrive pour la Foire aux pains d’épices.

Chaque soir, la recette est centralisée entre les mains du patron ; les parents reçoivent tous les mois une petite rente, i5 a 3o francs, selon les performances et les succès du petit estropié. C est un vrai placement de père de famille !

Le métier doit être bon, puisque en 1887, le Ministre de l’Intérieur, qui a tenté de s’opposer à cet odieux trafic, évaluait à 4oo le nombre de ces éclopés, expédiés d’Espagne tous les ans.

En Erance, ajoute M. Petit, il est aussi des industriels qui exploitent méthodiquement l’enfance ; le pauvre petit ramoneur savoyard existe bien, et certains individus s’entendent à en tirer bon parti. Notre confrère affirme avoir eu en mains toute une sérié de contrats, par lesquels des familles de la Savoie abandonnaient à un entrepreneur la propriété de leur enfant pour l'hiver, et cela à un prix

LES MEMBRES

variant de 6o à ioo francs, plus un chapeau, quelquefois un peu de linge. Le racoleur emmène avec lui jusqu’à sept ou huit enfants; il se dirige a pied vers les départements où Ion fait la vendange et loue les petits le mieux qu’il peut; ensuite, toujours à pied, il se rend à Paris; tous les matins, les enfants

sont lâcnés dans la ville et doivent rapporter le soir 3 o à 4 o sous, qu'ils les mendient ou les gagnent en ramonant ; sinon, ils sont roués de coups. Après l’hiver, au moment où les enfants doivent, d après le contrat, être ramenés aux parents, il n’arrive que

trop souvent que le maître ramoneur disparaisse, abandonnant sur le pavé les pauvres gamins sans ressources.

Virtuoses infirmes.

Ce chapitre pourrait encore s’intituler : Comment on peut tirer parti de son infirmité.

Il s’agit d’un individu privé congénitalement de ses quatre membres, et bien connu sous le nom de Yhomme-tronc. Né dans le gouvernement d’Orenbourg (Sibérie occidentale), il présente un tronc très gros, admirablement musclé. Les docteurs G. Allaire et Le Meionkx, de Nantes, qui font examiné, ont trouvé ses viscères sains et normalement situés; mais, en fait de membres, il n’en a que des rudiments. Son membre supérieur droit n’est qu’un appendice en forme de moignon conique, parfaitement mobile. Les muscles qui s’v attachent sont très développés, et le sujet est arrivé à faire manœuvrer ce membre supérieur avec la plus grande aisance et à s’en servir pour une foule d’usages ;

il peut écrire, en passant un porte-plume entre sa joue et son moignon, déboucher une bouteille, manger à l’aide d’une fourchette, peindre, etc.

C’est encore un exemple — et non des moins saisissants — de ce que peut une volonté tenace et patiente, unie à de l'adresse et de l’ingéniosité.

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