LA TAILLE
fut reconnu, après «sa mort, qu'il mesurait t m. 687, c’est-à-dire 5 pieds 2 pouces) à Kléber, lequel était d’une taille très supérieure à la moyenne : « Vous avez tenu des propos séditieux, lui dit-il sur un ton violent ; prenez garde que je ne remplisse mon devoir ; vos cinq pieds dix pouces ne vous empêcheraient pas d’être fusillé dans deux heures. »
Exeemans, Joubert étaient d’une taille avantageuse ; on peut leur joindre Mortier, qui semble détenir le record avec 1 m. 9/1 .
Viennent ensuite Murat (i m. 81) ; Marmont, Sot et, Auoereau, Bessières, Keleermann (i m. 78). Suivent, par rang de taille : Moncey, Suciiet, Oudixot (1 m. 7/i) ; Berthter, Lefebvre, Perrin, dit Victor (i m. 78) ; Masséna, Ney, Davout (1 m. 72) ; Pannes, Perignon, Serurier, Macdonaed (1 m. 70). Brune, avec 1 m. 68, ne dépassait pas, de la taille, l’Empereur, qui, luimême, nous le répétons, n’était pas petit, contrairement à l’opinion généralement répandue, puisqu’ « un seul département en France, celui de la Somme, a fourni, en 18,62, une moyenne aussi élevée pour la taille de ses conscrits ». (1)
Par contre, on peut citer comme particulièrement petits, parmi les guerriers célèbres, en dehors d’Ac.ÉSTEAS et Tamerean, qui étaient boiteux, Dumouriez qui n’en gagna pas moins les batailles de Jemmapes et de Valmv ; le général Trézee, qu’illustra la conquête de l’Algérie. Pour finir, l’un des plus savants ingénieurs de son siècle, surnommé le
(1) De l'influence des climats sur l'homme, t. T (1867), par P Foissac, où nous avons puisé les chiffres ci-dessus.
Vauban de la marine, Renaud d'Eliçagaray, celui qui conseilla au roi Louis XIV de bombarder Alger et lui en fournit les moyens, en inventant les galiotes à bombes, avait la taille d’un nain.
Mais ce sont là cas d’exception, et le plus souvent, un homme de guerre est de haute stature ; ce qui n’a rien de surprenant, au demeurant, une haute taille déterminant fréquemment la vocation militaire chez ceux que la nature a favorisés sous ce rapport.
La Peau Humaine.
La Mode du Tatouage dans les différents pays.
Nous nous sommes laissé conter qu’à Londres, le dernier mot du chic, du smart, du fashionable — empruntons à Brummel toutes les épithètes dont se fit gloire le dandy britannique — était... de se faire tatouer.
Depuis quelques années surtout, cette mode sévit chez nos voisins, et n’allez pas croire qu’elle a son foyer dans la basse pègre ; la plus haute gentry y a sacrifié et y sacrifie encore (i).
Devons-nous rappeler que feu Edouard VII, de son vivant roi d’Angleterre et empereur des Indes, portait sur le bras droit un dragon et une ancre ; et qu’à son imitation, la société la plus select accourut en foule chez le tatoueur?
Des comédiennes illustres, comme miss Ellen Terry, des grandes dames, comme lady Randolph Churchill, tout ce qui porte un nom, en un mot, chez les insulaires d’outre-Manche, n’hésita pas a
suivre, à créer ou à encourager le mouvement.
Un pair fit tatouer sur les bras de sa femme les armoiries de sa famille. Un autre portait au pec-
(i) Le tatoueur, pardon l’artiste-tatoueur à la mode, à Londres, fut longtemps un cerlain Slieplierd, qui exerça ses talents Commercial road, dans l’East-End londonien. Dans la vitrine de sa boutique, étaient exposés scs plus récents chefs-d’œuvre et lui-même aimait à exhiber ses bras, couverts de tatouages polychromes.
toral la devise de sa dame ; celui-ci, sportsman réputé, lit peindre sur son biceps un club de golf !
Les femmes n’ont pas l’esprit moins inventif. Afin de protester contre l’union libre et ses tendances, maintes Anglaises se sont fait tatouer, à la base de l’annulaire, l’alliance de mariage, avec les initiales des époux et la date des fiançailles.
D’autres se font tatouer, sur le bras, le portrait de leur animal chéri, qui n’est pas toujours l’homme, mais le plus souvent un chien, un chat ou un perroquet.
Londoniens et Londoniennes se font tatouer les devises ou les dessins les plus hétéroclites, pour ne pas dire plus. Les belles élégantes se font tatouer... les paupières.
Plus n’est besoin de kohl : l’artiste tatoueur exécute d’ingénieux maquillages, ombrant les yeux d’une façon charmante. 11 y a mieux : beaucoup de jolies femmes, dans ce pays de brouillards et de gin, ont les traits prématurément gâtés par la coupe¬
rose. Une « professional beauty », que cet enlaidissement précoce désolait, alla trouver un spécialiste de Board Street qui, en la tatouant, fit disparaître très adroitement ce qui chagrinait sa cliente.
On comprend que profitent d’un pareil engouement des industriels plus ou moins scrupuleux. Aussi, les tatoueurs qui ont quelque habileté font-ils rapidement fortune sur le sol britannique.
Rendons-leur cette justice : leur ingéniosité n’est jamais en défaut. Un d'entre eux n’avait-il pas trouvé le moyen de fixer à jamais sur les joues de ses clientes les signes d’une éternelle fraîcheur ? Pour eet artiste incomparable, un teint de lis et de
LA PEAU HUMAINE
roses n’était qu’un jeu. Et cet extraordinaire tatoueur, qui avait inventé la jeunesse perpétuelle, avait cherché, et peut-être a-t-il trouvé depuis le moyen de sertir sous la peau de minuscules diamants, à peine affleurant, pour représenter des yeux de dragon, des ailes de papillon, etc.
Mais le record de l’originalité appartient, sans conteste, au professionnel qui réussit a faire le portrait d’Edouard VII... sur le crâne d’un homme chauve ! Ce travail fut exécuté peu après la mort du souverain dont l’Angleterre déplore toujours la perte ; et, à dire d’expert, il ne serait point, paraît-il, d’image plus ressemblante du défunt monarque.
Cette mode est-elle spéciale à nos voisins et doiîon y voir la marque d’une excentricité particulière? En réalité, cette fantaisie' étrange' compte des adeptes un peu dans toutes les parties du monde et dans tous les mondes.
L'Art du Tatouage.
On assure que cette mode fut importée dans le lioyaume-l ni par le* duc d York, qui, à bord de la Bacchante , voyageant sur les côtes du Japon, se lit dessiner, par un peintre du lieu, un dragon à l’encre de Chine. Tous ses officiers l’imitèrent et, aujourd’hui, les personnages les plus considérables n’y répugnent plus. Il convient d’ajouter que l’ancien système a été perfectionné, et que l’on n’est plus exposé aux dangers (pie vous faisait courir, autrefois, une opération plus ou moins malpropre.
Tes compatriotes de Lister appliquent rigoureusement les méthodes d’antisepsie préconisées par ce
chirurgien, et meme ise servent de I électricité pour les piqûres. Quant à leur art, il suffira de dire qu’ils ont reçu des leçons de maîtres japonais, pour en faire soupçonner la perfection.
Les Nippons excellent dans la pratique du tatouage. L’auteur de Madame Chrysanthème leur a rendu l’hommage le plus délicat, en s’offrant lui-même comme sujet d’expérience. 11 a relaté comment il fit venir un jour les spécialistes les plus en renom de Nagasaki, curieux de voir de près leur travail. Ils étalèrent sous ses yeux « des dessins bien étranges, appropriés aux différentes parties de l’individu humain : des emblèmes pour bras et pour jambes, des branches de roses pour épaule, et de grosses figures grimaçantes pour milieu du dos. 11 y avait meme, afin de satisfaire au goût de quelques clients, matelots des navires étrangers, des trophées d’armes, des pavillons d’Amérique et de France entrelacés, un God save au milieu d étoiles — et des femmes de Grévin calquées dans le Journal amusant ! » Le frère d \ves finit par se décider (( pour une chimere bleue et rose, fort singulière, qui serait d’un joli effet sur la poitrine, du côté
opposé au cœur. »
L’opération ne dura pas moins d’une heure et demie, « une heure et demie d’agacement et de souffrance ».
Etendu sur une couchette, Loti nous conte qu’il se livra aux mains des tatoueurs, qui lui firent subir des millions d’imperceptibles piqûres. « Quand, par hasard, un peu de sang coule, embrouillant le dessin dans du rouge, l’artiste se précipite pour l’étancher avec ses lèvres », et le patient ne proleste pas,
LA. PEATJ HUMAINE
« sachant que c’est la manière japonaise, la manière usitée par les médecins pour les plaies des hommes ou des hèles ». Enfin, la torture est terminée et les tatoueurs, se reculant pour mieux juger de leur chefd’œuvre, expriment toute leur satisfaction et déclarent que « ce sera charmant ».
D’aucuns s’étonneront qu’un de nos plus brillants officiers de marine, un de nos plus talentueux littérateurs, un membre de l’Académie française, se soit abandonné à cette fantaisie. Sans doute sera-t-on plus surpris encore d’apprendre que, sous la coupole, Pierre Loti n’est pas le seul à avoir sacrifié à cette manie. Dussiez -vous vous voiler la face, sachez que M. Ribot, le grave, 1 impavide M. Ribot eut la même curiosité : l’enluminure, dont ne tirait pas, d’ailleurs, la moindre vanité l’ex-Premier, consistait en une étoile, üne minuscule étoile, que le leader parlementaire dissimulait sous sa manchette droite. Et c’est pourquoi, à la tribune, M. Ribot n’agitait jamais que la main gauche. De la sorte, il avait toujours en vue son fétiche et il ne lui était pas possible de ne pas croire... à son étoile.
Des célébrités tatouées, l’énumération seule comprendrait plusieurs pages ; nous n’évoquerons que les plus notoires.
Mme de Chantal, l’épouse spirituelle de saint François de Sales, se tatoua le sein du nom de Jésus. Michelet nous en instruit et il ajoute que c’est le
sein gauche, le plus voisin du cœur, qu’elle choisit. Notre confrère Witkowski, en nous rappelant ce détail, nous lit connaître un fait analogue.
La créatrice du Sacré-Cœur, Marguerite, et non Marie Alacoque, religieuse Yisitandine, morte le 1 7 octobre 1690, au couvent de Paray-le-Monial, s’était éprise directement de Jésus que, dans ses hallucinations, elle croyait voir toutes ses formes, et « qui se montrait avec elle d’une familiarité plus qu’étrange ». Un jour, dans un accès plus violent que les autres — ne pas oublier qu'elle était hystérique — Marguerite saisit un canif et se grava sur le sein, comme une vulgaire amoureuse sur le tronc d’un arbre, le nom du Bien-aimé (1).
Le cas de Bernadotte est devenu classique. Le roi de Suède portait, 011 le sait, une devise révolutionnaire, Mort aux tyrans ! agrémentée d’un bonnet phrygien, sur le bras droit. 11 ne se doutait pas alors qu’il monterait un jour sur un trône et qu’il ferait souche de monarques.
Ce n’est pas cette considération qui arrêta le tzarevitch Nicolas, quand, au cours de son voyage en Orient, il se lit tatouer sur le bras gauche un stigmate, que les plus intimes 11e peuvent se tlatter d’avoir vu ; le jeune prince, qui n’était pas encore l’autocrate de toutes les Bussies, avait cédé aux pn îssantes instances de son entourage.
Nous parlions tout à l’heure des tatoueurs japonais et de leur extraordinaire habileté. Nous au-
(1) Les Se, ns à l'église , par le I)r Witkowski, 61.
LA PEAU HUMAINE
rions pu, aussi bien, parler des Cambodgiens, des Birmans et des Laotiens.
Au 1 ^aos, dans la région du Nord, le tatouage a pris de telles proportions, que les habitants portent le nom caractéristique de Laotiens au ventre noir , par opposition aux Laotiens au ventre blanc, ou Laotiens du sud, où la coutume est moins généralisée.
Au dire des voyageurs qui ont exploré ces contrées, le tatouage se pratique ordinairement entre douze et dix-huit ans. Depuis la ceinture jusqu’aux genoux, et même beaucoup plus bas, le corps est tout entier couvert d’arabesques d’un violet foncé, où s’entremêlent des animaux et des fleurs.
La mixture employée consiste en du fiel de porc ou de poisson, que l’on mélange à de la suie, provenant de la combustion de lampes entretenues avec de l’huile de sésame. On fait sécher le mélange, qu’on délaye avec de l’eau au moment de l’usage.
L’opération s’effectue avec une aiguille neuve, longue de soixante centimètres, large d’un centimètre à l’une de ses extrémités et allant en s’effilant vers la pointe, où elle est fendue comme un bec de plume, sur une longueur de quatre à cinq centimètres. Le travail sur la peau 11e laisse pas que d’être fort douloureux et occasionne ordinairement deux ou trois jours de fièvre, sans préjudice des plaies ou des ulcères qui surviennent à la moindre écorchure, lorsque le sujet est trop âgé ou trop débilité.
11 est peu de pays où l’on se contente de la peinture ; celle-ci ne tenant pas suffisamment, on a
recours, comme nous venons de le voir, à la piqûre, au moyen d’une substance colorante, qui est ainsi déposée dans le derme même.
Cette méthode de piqûres se retrouve, au dire du Dr Bordier (i), aux Marquises, en Nouvelle-Guinée, chez les Papous, à Bornéo ; en Amérique, chez les Guaranis, les Patagons et les Peaux-Boi iges.
A la Terre-de-Feu, le maquillage est en grande faveur et, de même que les coquettes de l'ancien régime, les naturels affichent, une préférence pour le rouge et le blanc ; seulement, ils l’appliquent d’une manière différente : le rouge se porte sur la poitrine et les épaules ; le blanc, le long des bras et des jambes. Il est également d’assez bon goût de se tracer un cercle blanc autour de l’œil et de se passer une arête de poisson à travers le nez.
Les naturels du Brésil tressent une partie de leur chevelure en nattes rattachées par derrière et se tatouent le tour de la bouche en rouge et en blanc, en guise de moustaches (2).
Tous les peuples, pourrait-on dire, ont éprouvé le besoin d’écrire sur leur peau. Les Polynésiens ont atteint dans cet art une telle maîtrise, que le mot tataou qui indique, chez eux, l'opération du tatouage, s’est appliqué à la méthode tout entière.
En réalité, cette pratique est universelle. Elle a été signalée chez les Arabes musulmans, chez les
(1) Mutilations ethniques, par le Dr Bordier.
(2) Le livre des parfums, par Rimmel.
LA PEAU HUMAINE
Syriens, riiez les Kabyles. Il y a peu de temps encore, presque toutes les prostituées arabes portaient des croix ou des fleurs bleues sur les joues et les bras.
Les filles publiques mauresques avaient les seins ponctués de rouge ou plaqués de carmin. Ces tatouages s’obtenaient avec de la poudre à canon, ou de l’oxyde d’antimoine, et quand la jeune personne voulait se marier, le tcilcb faisait disparaître la marque, qui semblait indélébile, par l’application d’un mélange de djir (chaux vive) et de saboun akhal (savon noir) (i).
Les Brahmanes de l’Inde, adorateurs de Yichnou, se font tatouer, sur le front et sur la poitrine, le nahman , emblème hiéroglyphique de sa religion : c’est une sorte de trident, dont la ligne médiane est rouge et représente le flux menstruel. Les lignes latérales sont d’un gris cendré et figurent le membre viril (2).
Chez les Esquimaux, les Tchoutchis, les Groënlandais, et, par une anomalie encore inexpliquée, sur quelques points de l’Italie moderne on observe un mode de tatouage par broderie : un fil noir est passé, sous l’épiderme, dans les couches superficielles du derme, où il forme des dessins variés (3).
Avant que les Moscovites eussent été policés par le czar Pierre 1er, les femmes russes savaient déjà se mettre du rouge, arracher les sourcils, se les peindre ou s’en former d’artificiels.
Les Mingréliennes sur le retour se peignent
(1) Médecine et Hygiène des Arabes, par le Dr L. Bertherand.
(2) Dr Witkowski, op. cit., 62.
* (3) I)r Bordier, loc. cit.
le visage, les sourcils, le front, le nez et les joues.
Les femmes de Tripoli font consister leurs agréments dans des piqûres sur la fesse, qu’elles pointillent de vermillon. La plupart des filles nègres du Sénégal se font broder la peau de différentes figures d’animaux et de ileurs de toutes couleurs.
Les Floridiennes de l’Amérique septentrionale se peignent le corps, le visage, les bras et les jambes de toutes sortes de couleurs ineffaçables, parce qu’elles ont été imprimées dans les chairs-, au moyen de plusieurs piqûres (i).
Qu’on procède par brûlures,. comme en Australie, ou par fines piqûres, comme dans la plupart des autres pays, « plus une race possède un art évolué, plus son tatouage sera beau ». Cette remarque de Félix Régnault (2) se peut aisément vérifier.
Tandis que les Australiens ne connaissent qu’un dessin primitif, les nègres fétichistes, les Polynésiens, sont, au contraire, arrivés à dessiner remarquablement. Alors que les premiers ne tracent que des lignes parallèles et des angles sur leurs armes et quelques-uns de leurs ustensiles, les Néo- Zélandais combinent les lignes géométriques les plus compliquées, de manière à obtenir des figures fort harmonieuses. Le tatouage constitue donc une manifestation artistique, et non des moindres, des races primitives.
Nos pères, les Troglodytes de la Vézère, dont
(1) Essai sur les modes , f. II.
(2) Revue encyclopédique , 5 février 1898,
LA PEAU HUMAINE
la civilisation primitive a été exhumée et dont on a retrouvé les godets pleins de couleurs et les poinçons en os armés de matière colorante à leur extrémité, se tatouaient déjà !
N’est-ce pas Théophile Gautier qui écrivait : « L’homme h' plus brut sent d’une manière instinctive que l’ornement trace une ligne de démarcation entre lui et l'animal, et quand il ne peut broder ses habits, il brode sa peau? »
Qu’on remonte aux temps les plus reculés, sous toutes les latitudes, et en tous les pays on retrouve le tatouage. Quelle est la signification, la symbolique d’une pratique aussi répandue ? C’est ce que nous allons vous exposer.
Evolution et Symbolique clu Tatouage.
Il y a quelques années, c’était du suprême bon ton, chez nos voisins du Hoyaume-Uni, de se rendre chez le tatoueur et d’offrir le bras à son stvlet. Cette
mode bizarre tend à disparaître et n’a pas l’air, en tout cas, de vouloir s’implanter chez nous. On 11e retrouve guère aujourd’hui que sur la peau des tilles, des rôdeurs de barrière, de toutes les épaves de la rue, les ornements dont se glorifient tels habitants du continent africain de nos jours, ou qu’arboraient fièrement nos ancêtres d'il y a vingt siècles.
Quelle était la signification du tatouage chez les peuples primitifs? C’est ce que notre éminent ami, le professeur Lacassagne, s’est attaché à établir dans un savant mémoire présenté à l’Institut, et
dont il voulut bien nous adresser les bonnes feuilles.
Les communications humaines se font, nous le rappelons, par trois moyens : la mimique, la parole, Yécriture.
La mimique a cessé d’être en usage quand elle a suffisamment engendré les deux principaux arts de la forme, la scuplture et, postérieurement, la peinture ; car ces deux arts ne semblent pas être nés simultanément, mais s’être développés chacun pour son propre compte.
Le langage et des idées communes étaient aussi nécessaires à l’existence de l'individu qu’à la durée de la collectivité. Les manifestations variées de l’art du dessin sont comme les balbutiements du langage. Tout d’abord, on a représenté des animaux, puis des faces humaines, plus ou moins incomplètes et déformées : des têtes, des mains surtout ; enfin, des lignes et des points, signes conventionnels ou géométriques, mais souvent aussi, des emblèmes, symboles ou tatouages.
Ces emblèmes, figures ou images, reproduits sur la peau, dans les cavernes ou sur des rochers, dans des lieux de séjour de la collectivité, sont les manifestations évidentes, chez ces natures frustes, d’une conscience, d’une structure morale. Le besoin d’un lien moral s’est donc manifesté dès les âges les plus reculés, et c’est là une constatation de la plus haute importance.
A tous les moments de l’histoire, constate L\cassagne, le tatouage est un rite religieux, un symbole hiératique, une consécration ; ou la marque de l’affiliation, un signe de reconnaissance ou de pos-
LA PEAU HUMAINE
session. On marquait des femmes, des esclaves, comme on a marqué plus tard les prisonniers, comme on marque aujourd’hui les moutons.
Le tatouage a été tantôt un préservatif des maladies, tantôt un porte-bonheur, tantôt un signe de flétrissure : au xi° siècle, on tatouait encore la femme adultère ; il n’y a pas si longtemps que la « marque » a disparu de notre Code.
Le tatouage a servi à distinguer les castes : les Thraces de bonne famille tatouaient leurs enfants, le tatouage étant chez eux un signe de noblesse ; une femme thrace, de naissance libre, et portant des tatouages, ne pouvait appartenir qu’à une grande famille.
De nos jours, à Saigon, certains chômeurs, préteurs ou banquiers, originaires pour la plupart de Malabar, portent à la tête et aux bras des raies blanches : c’est un signe de caste.
En Thrace, les hommes, sauf dans quelques tribus, n’étaient pas tatoués : on a prétendu que c’était pour punir les femmes de la mort d’Orphée ; ou bien que, après le meurtre, les Ménades furent prises de repentir et, en souvenir du crime, s’imprimèrent un signe ineffaçable.
Le tatouage chez les primitifs, dit le professeur Perdrizet, est une consécration : le fidèle reçoit sur sa peau la marque indélébile du dieu auquel il est censé appartenir... » Dans le tatouage religieux, celte marque d’un dieu devait préserver de tous les maux : c’était la preuve visible de l’initiation aux mystères du culte. Sur les prisonniers de guerre, cette marque indiquait la prise par le dieu ; sur les
criminels, le cachet d’infamie que ce dieu leur avait imprimé.
La Grèce classique, celle des temps homériques, avait trop le culte de la beauté pour se livrer à la pratique du tatouage ; mais elle T admettait chez les barbares et chez les esclaves. En Grèce, les esclaves seuls étaient soumis à la marque et recevaient le fouet ; encore, ne marquait-on pas tous les esclaves, mais seulement les mauvais, ceux qu’on appelait les « cerfs » ; quand ils étaient repris, on les marquait au type du cerf : ce qui prouve, en passant, que l’on avait trouvé le moyen de reconnaître les récidivistes bien avant le « bertillonage ».
Les porteurs de tatouages infamants cherchaient à masquer ces empreintes, en les dissimulant sous une bandelette, ou en rabattant les cheveux sur le front ; quelques-uns avaient 'recours au détatouage. A cet effet, des médecins détatoueurs, car le I)r Variot a eu des précurseurs, appliquaient des emplâtres, dont la formule complète ne nous a pas été conservée, mais qui contenaient de la renoncule, de la mandragore, et osons l’écrire, de la fiente de pigeons, délayée dans du vinaigre.
Dans l’antiquité, on connaissait aussi les tatouages professionnels : les armuriers de Rome, dont le travail devait être exclusivement consacré à l'Etat, étaient marqués au bras ; il en était de même des fontainiers, chargés du service des eaux à Constantinople, qui furent assimilés à des soldats cl tatoués de même.
11 semblerait, d’après certains documents, que les Romains, dont l’organisation militaire était si parfaile, aient utilisé le tatouage pour l’immatricula-
LA PEAU HUMAINE
tion des soldais ; vers l’an 44o, les conscrits, ou leurs remplaçants, étaient marqués sur la main de plusieurs lettres, qui servaient à les faire reconnaître ; cette empreinte, loin d’entraîner rien d’humiliant, était considérée comme un signe honorable, qu’on avait de l'orgueil à montrer.
A la guerre, du reste, le tatouage était un des signes pouvant permettre d’établir 1 identité des cadavres, sur un champ de bataille. Devons-nous rappeler le passage de Salammbô , où Flaubert, après avoir décrit la marche de la putréfaction, différente sur les corps des hommes du Nord et sur ceux des Africains, insiste sur la variété des tatouages, propres à chaque tribu, et par où il est possible de les distinguer :
On reconnaissait les mercenaires aux tatouages de leurs mains ; les vieux soldats d’Antiochus portaient un épervier ; ceux qui avaient servi en Egypte, la tête d’un cynocéphale ; chez les princes de l’Asie, une hache, une grenade, un marteau ; dans les Républiques grecques, le profil d’une citadelle ou le nom d’un archonte ; et on en voyait dont les bras étaient couverts entièrement par ces symboles multipliés, qui se mêlaient à leurs cicatrices et aux blessures nouvelles.
En 1891, au cours de fouilles, on mettait à découvert la momie d’une prêtresse d’Athor, qui vivait à Thèbes il y a cinq mille ans, sous la onzième dynastie. Cette momie portait sur le ventre des tatouages bleus et des cicatrices blanches, qui furent reconnus, par des spécialistes, pour être le
résultat d’un traitement institué pour une affection du petit bassin : c’est un exemple de ces tatouages curatifs dont nous nous proposons de reparler.
Chez les Hébreux, le tatouage avait plutôt une signification religieuse. Dans les religions de l’Orient, tous les fidèles, comme des esclaves de Dieu, ont une marque sur la peau, qu’ils gravent d’ailleurs sur leurs maisons ou sur leurs tombes.
Ce tatouage est fait soit sur le poignet droit, soit au front ou à la main droite; soit à la nuque, ou sur la cuisse. Les marques de castes, portées par les femmes hindoues, ne sont imprimées que sur le front ; la marque orthodoxe, portée invariablement dans les cérémonies sacrées, consiste en un seul petit rond de safran au centre du front.
Les Arabes musulmans de l’intérieur du pays, mais piincipalement les femmes, se font tatouer dans le but de s’embellir ; le futur époux doit compter cent piastres au père de sa fiancée, pour faire teindre le visage de celle-ci quelques heures avant le mariage : c’est ce que les Arabes appellent (( le prix du tatouage ».
Autrefois, en France, a-t-on prétendu, on se servait du tatouage dans les hôpitaux : on marquait les enfants nouveau-nés, de façon qu’il ne pût y avoir d’échanges, quand leurs mères les venaient reprendre. Aucun texte n’appuie pareille assertion.
Dans notre pays et, en général, chez les nations civilisées, le tatouage n’est plus guère en usage que dans les couches inférieures de la société ; dans la population criminelle, soit militaire, soit civile, Lombroso a relevé une proportion de 8 % chez les
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adultes, et pas moins de 4o % chez les jeunes gens mineurs.
Le tatouage n’est pas, comme jadis, le signe distinctif d’un clan ou d’une tribu, l’immatriculation dans un service public, le blason d’une classe élevée, ou une marque d’infamie ; il n’est, plus que le reflet, dans le bas peuple, des seuls événements qui trouvent un écho dans les masses profondes. Gomme tout le reste, le tatouage a évolué.
L'Ecriture sur la Peau.
Peut-être en est-il parmi nos lecteurs qui se souviennent de ce qui s’est passé dans un village de l’arrondissement d’Abbeville, il y a une quinzaine d’années ou environ : une fillette de douze à treize ans présentait ce phénomène bizarre, de voir s’inscrire sur sa peau ce qu’elle pensait, de même que ce que scs visiteurs lui suggéraient « à la muette », si l’on peut ainsi parler.
Se trouvant à l’école, elle cherchait vainement, un jour, depuis un moment, la solution d’un problème, lorsque, soudain, elle ressentit au bras une démangeaison violente ; elle releva sa manche et son entourage vit apparaître, à la place grattée, des chiffres bien formés, saillant en relief rose sur le tégument blanc, et qui donnaient le quotient cherché. Là-dessus, les uns crièrent au miracle ; d’autres, voulant paraître plus savants, parlèrent d’auiosuggestion inconsciente ; les plus sceptiques, qui ne sont pas toujours les moins ignorants, traitèrent de fable, de supercherie, ce qui éclatait cependant à tous les yeux.
D’après les informations puisées à des sources sérieuses, il semble qu’en l’espèce, nous nous trouvions en présence d’un cas, relativement banal, de dermographisme ; traduisons, en langue vulgaire : d’écriture sur la peau.
Il faut, évidemment, une susceptibilité particulière du système nerveux, un trouble dans le fonctionnement des nerfs vaso-moteurs, pour que, soit avec l’ongle, soit avec un instrument, on puisse tracer sur les tissus cutanés des caractères qui deviennent rapidement apparents. A l’état normal, une constriction intense et prolongée est nécessaire, pour obtenir une rougeur passagère et superficielle ; chez les dermographes, il suffit d'un simple contact avec l’extrémité du doigt, pour produire une impression persistante, proéminente et plus ou moins colorée. Connaissant le mode de production de cette sorte de névrose vaso-motrice, vous vous inquiétez naturellement, et à juste titre, de savoir quel est le terrain qui lui est propice.
Et d’abord, il semblerait que ce doivent être les personnes à épiderme sensible, qui soient les plus facilement « marquées ». On a, en effet, observé des jeunes filles, notamment, qui se plaignaient de ne pouvoir être embrassées, par leurs camarades ou leurs parents, sans que de grosses marques vinssent leur balafrer le visage. Certaines ne peuvent se laver les mains à l’eau froide, sans qu’il survienne immédiatement une démangeaison, suivie d’un sentiment de brûlure insupportable ; aussitôt
TA PEAU HUMAINE
après, se montre une éruption de larges taches rosées, à contours festonnés ; parfois, les doigts se gonflent au point de gêner considérablement le mouvement de flexion.
Chez d'autres, la chaleur fait naître les mêmes symptômes. Il en est qui ne sauraient s’exposer au vent, ou subir une température un peu basse, sans que des bosselures ortiées couvrent toute la face et la partie supérieure de leur cou.
Les moindres grattements aux bras et aux mollets, (*hez celle-ci, provoquent des stries saillantes ; de même que les dentelles de ses chemises et les mailles à jour de ses bas, chez celle-là, laissent sur la peau des traces durables.
Quand le sujet est le premier à s’apercevoir de son anomalie cutanée, il en est très effrayé ; bien qu’en règle générale, il ne souffre aucunement, il se croit menacé d’une affection grave, d’une maladie à début insidieux, et ses parents se hâtent d’aller confier leurs alarmes et leur inquiétude au médecin, qui, le plus souvent, trouve un système nerveux impressionnable à l’excès, et un terrain, un tempérament, plus ou moins entaché d’arthritisme.
Cela ne signifie point que les névropathes ou, plus exactement, les neuro-arthritiques, présentent toujours le dermographisme le plus accentué, mais ils y sont les plus prédisposés ; ils sont, pardonneznous la comparaison, comme une allumette bien sèche et bien chargée de soufre et de phosphore ; un frottement léger suffit pour que celle-ci prenne feu ; il en est de même pour le phénomène que nous nous efforçons d’expliquer.
Tantôt une chute, tantôt une émotion, tantôt un écart de régime, tantôt une infection aiguë (la grippe, plus particulièrement), fera subitement apparaître cette urticaire factice, qui déroute un praticien non prévenu.
Le dermographisme se montre dans toutes les conditions sociales; les femmes du peuple y sont aussi sujettes que celles des classes élevées ; les ouvriers n’en sont pas plus exempts que les paysans; beaucoup de médecins militaires l’ont relevé chez certains soldats qu’ils ont eus à examiner.
On le rencontre dans toutes les races ; plus fréquemment chez celles où le nervosisme domine.
Les animaux, les chevaux surtout, dont les téguments sont doués d’une vascularisation extrême, d’autant plus manifeste que la peau est plus mince et le poil plus fin, les pur-sang, par exemple, présentent des éruptions spontanées, qui ne sont pas sans ressemblance avec les érythèmes du bipède humain.
Avec un crayon, un porte-plume, une clef, un coupe-papier, on a pu varier, à l'infini, les dessins et les inscriptions que le caprice des observateurs a imprimés sur la peau des malades.
Nous n’avons parlé, jusqu’ici, que des stigmates provoqués, mais on les a vus, dans des circonstances déterminées, .se produire spontanément. Nous l’avons dit déjà, il suffit de concentrer son attention sur une partie de son corps, pour y faire naître une véritable douleur : il en est qui parviennent a déterminer des fourmillements dans les
LA PEAU HUMAINE
doigts ou dans d’autres régions, en y fixant leur pensée.
Que ce soit de la même façon que les stigmates se produisent, les témoignages des stigmatisés sont là qui le confirment. C’est par une application réitérée de la contemplation des plaies du Christ, que saint François d’Assise et tant de mystiques après lui, sont parvenus à les produire, et à des places analogues. Chez saint François, les traces des mains et des pieds étaient tels qu’il les avait contemplés, peu auparavant, sur une image du Crucifié, et son côté droit était comme percé d’un coup de lance. Les plaies de ses extrémités béaient notablement et était sanguinolentes. Dans leur milieu, on vovait des excroissances de tissu cellulaire, simulant les clous ; et ces excroissances étaient noires et dures, comme le fer rouillé dont elles rappelaient la teinte. Serait-ce Tpie l’auto-suggestion, renforcée par une \rive exaltation de la sensibilité, soit capable d’exercer sur le corps une influence plastique'? Ou l’imagination, pas plus que la volonté, ne pourrait-elle déterminer, dans les tissus organiques, des perturbations aussi essentielles que celles requises par l’apparition des stigmates ? Les deux opinions ont leurs partisans.
Nous sommes, quant à nous, de ceux qui croient que l’opinion populaire, sur les envies des femmes grosses et sur la concentration de la pensée de la mère, se répercutant sur le produit qu’cllc porte dans son sein, mérite de retenir l’attention. N’em-
pêche qu’en étudiant des faits analogues, la critique doit redoubler de vigilance et formuler des réserves autant sur le penchant invétéré au merveilleux, que sur la supercherie et l’imposture.
Toutefois, de ce qu’un phénomène ne se présente pas avec l’apparence des phénomènes ordinaires, nous ne devons pas le rejeter a priori, comme impossible ou inexistant.
LE POIL
Les Cheveux.
Les cheveux, nous disent les auteurs, les Notices de Dictionnaires, sont « un attribut particulier à l’homme ». Ce sont les cheveux qui distinguent le plus l’homme de l’animal.
La preuve que l’homme a été fait pour marcher
la tête élevée vers les cieux
Sublimis erectus ad astra,
c’est que sa tête est couronnée de cheveux ; et quand on vient prétendre, comme tel savant allemand, que l’homme est fait pour marcher à quatre pattes, un des arguments qu’on peut faire valoir à l’encontre de cette thèse, pour le moins singulière, c’est qu’on ne le voit pas bien courbé vers la terre, marchant sur les pieds et les mains, s’il est pourvu d’une longue chevelure qui traînerait
dans la poussière, s’accrocherait aux broussailles, le retiendrait aux buissons.
Le Créateur a donc voulu différencier l’être humain des autres êtres par cet attribut, et les anatomistes, qui ont bien voix au chapitre, ce nous semble, l’ont expressément indiqué : « la longueur des cheveux et leur direction, écrit Cruveilher,
prouvent manifestement la destination de l’homme à l’attitude bipède, car dans l’attitude quadru ils tomberaient à terre et voileraient la face. »
Le cheveu est, l’emblème de la ténuité : ne dit-on pas <( fin comme un cheveu » ? Il est aussi un symbole de faiblesse : quand la chance de réaliser une affaire ne tient qu’à un cheveu, elle est bien près d’être indéfiniment ajournée.
Mais si le cheveu isolé est. un indice de faiblesse, l’ensemble des cheveux, la chevelure, a été considérée comme un signe de force : l’exemple de Samson a été assez souvent cité pour nous dispenser de développements qui seraient, à bon droit, jugés superflus.
Quoi qu’il en soit, il est de tradition qu’il existe un lien évident entre le pilosisme et la vigueur physique. L’Hercule chypriote, LIIercule gaulois, étaient abondamment pourvus de poils. Polyphème est toujours représenté avec une toison pubienne des plus fournies. Les Francs Saliens, guerriers valeureux, n’admettaient, comme prétendants au trône, que ceux dont la chevelure n’avait jamais connu le ciseau.
On a prétendu qu’il m’existe pas d’athlètes chauves ; or, il est démontré, par l’histoire, que les Romains rasaient de près leurs athlètes et leurs gladiateurs, afin qu ils ne fussent pas vaincus dans les combats du cirque.
En réalité, prononce la science actuelle, la force
LE POIL 4 Tl
physique ne réside pas plus que l’énergie morale dans le système pileux. S’il y a des hommes très poilus, qui sont doués d’une vigueur peu commune, il en est nombre d’autres dont le système pileux est loin d’être luxuriant et qui, néanmoins, sont très vigoureux.
Ne sait-on pas que les tuberculeux, les scrofuleux ont généralement de beaux cheveux; que, dans la race blanche, où la chevelure des femmes atteint des dimensions que n’atteint pas celle des hommes, celles-là sont plus débiles que ceux-ci? Au contraire, dans les races de couleur, où la chevelure acquiert à peu près les mêmes dimensions dans l’un et l’autre sexes, les hommes sont généralement moins vigoureux que les femmes. Il n’y a donc, comme l’ont établi les Drs Le Double et F. IIoussay, aucune corrélation absolue entre la vigueur du corps et l’abondance ou le nombre des cheveux ; tout au plus, en existerait-il entre la force physique et la coloration des poils : on a remarqué, en effet, que les animaux qui ont un pelage de couleur brillante, sont habituellement plus faibles que ceux dont la teinte est plus foncée.
L’adage latin bien connu : Vir pilosus, seu fortis, sea libidinosus, laisserait entendre que l’homme poilu n’est pas seulement fort, mais serait plus particulièrement porté vers les plaisirs que nous dispense Vénus. Voyons si cet aphorisme se vérilie.
Les Annamites, les Dayaks, les Caraïbes, les Cyn-
ghalais, qui ont de longs cheveux, ne sont pas plus lascifs que les blancs.
L’absence ou la rareté d’appendices poilus s’observe chez les eunuques : ainsi, les anciens chantres de la Chapelle Sixtine, châtrés dans leur enfance, n’avaient pas de poils.
Un de nos confrères musulmans (i), qui a vu de nombreux cadavres d’eunuques noirs dans la salle de dissection de l'Ecole de médecine du Caire, en cite un qui n’avait pas de poils dans la région pubienne et dont la tête était absolument glabre. Mais cela peut être une exception, si nous en croyons le Dr Sabouraud, dont l’autorité est incontestée et qui a fait à ce sujet une enquête approfondie (2).
Aristote, en ses Problèmes , avait déjà posé cette question, restée sans réponse : Ni la femme, ni l'eunuque ne deviennent chauves ; pourquoi ?
La calvitie, que schématise la tête classique d 'Hippocrate, si bien que le professeur Raymond avait inventé pour elle l'expression de « calvitie hippocratique », est, semble-t-il, l’apanage de l’être masculin ; chez la femme, l’alopécie progressive existe, mais elle est beaucoup plus diffuse ; elle éclaircit les tempes, comme le vertex, en respectant le segment occipital (Sabouraud).
Pour les eunuques, il n’est pas douteux que la croyance générale qu’ils sont chauves est totalement dénuée de base.
(1) Mohammed El Guindy, Les Eunuques; thèse de Lyon, 1910.
(2) Il en a publié les résultals dans La Clinique des 18 mars et
LE TOIL
Le dermatologue précité a interrogé,
à cet égard,
par l’intermédiaire de quelqu’un qui avait ses grandes et ses petites entrées à la Cour du Sultan, le médecin même du sérail de Constantinople, et il lui a été répondu qu’aucun des cent-quarante-sept eunuques n’était chauve, sauf un, qui n’avait aucun poil sur le corps.
Un praticien turc, le D1 Lisante, de l’Université de Paris, a confirmé cette assertion en termes des
plus explicites : « J’exerce ici, écrivait-il au Dr Sabouraud, depuis iqo4 ; je vais chez des clients ayant harem, avec odalisques et eunuques. J’en ai vu, par conséquent, près d’une vingtaine.. Eh bien ! je ne me rappelle pas en avoir vu un seul qui fût chauve. Une de mes clientes, intelligente et observatrice, m’a déclaré nettement que, de son côté, elle n’en avait jamais vu non plus. » Voilà qui est décisif.
Est-il davantage prouvé que la calvitie soit due aux excès sexuels? Là encore, le spécialiste d’une compétence éprouvée qui nous sert de guide n’hésite pas à se prononcer pour la négative.
<( Parce que la calvitie est une maladie de l'âge sexuel, et est certainement plus fréquente chez les hommes d'instinct sexuel accusé, ce nest pas du tout à dire que , chez eux, les excès soient la cause de la calvitie. »
L’opinion populaire, à ce sujet, reposerait sur deux faits mal connus, ou du moins mal interprétés : le premier, vrai, c’est que la calvitie, survenant au moment de la virilité, les excès sexuels l’accompagnent quelquefois : alors, ils sont a priori
réputés sa cause ; le second, faux, c’est que, pour le vulgaire, la syphilis est réputée créer une alopécie définitive et une alopécie du front : double erreur (i) !
Les anciens n’attachaient pas la même signification que nous à la calvitie; ils ne la considéraient pas comme une maladie, au sens propre du mot.
Les Grecs regardaient les cheveux implantés bas sur le front comme une beauté, et surtout comme un signe de jeunesse : leur mode était même de rabattre les cheveux au-devant du front, où ils étaient maintenus par une bandelette.
Hippocrate, sur des médailles, est représenté chauve. Tout le monde connaît la statue antique de Vespasien, dont la tête est également dégarnie ; quant à César, qui ne savait que faire pour dissimuler sa calvitie, le Sénat lui avait permis, sur sa demande, de porter une couronne de laurier. Les ennemis politiques du dictateur ne manquèrent pas d’attribuer à la débauche ce qui tenait vraisemblablement du tempérament : César était arthritique.
Dans une conférence faite à la Société de Y Internat il y a- quelques années, le Dr Jacquet a montré (jne la calvitie sévissait principalement chez les cérébraux, les « intellectuels » (2). Elle est certainement
Ci) Dr Sabouraud, Séborrhée. — Acnés. — Calvitie. fa) Le secrétaire perpétuel de l’Académie française, Villemain, se trouvait, à la réception de Ponsard, à côté de Sainte-Beuve; ce lui -ci, voyant un cheveu sur le collet brodé de son illustre collègue, le prit délicatement et voulut le jeter à terre ; mais
plus rares chez les ouvriers et les paysans que chez les citadins, ceux surtout qui appartiennent aux classes dites dirigeantes. Et le conférencier, qui pouvait s’offrir lui-même comme type de démonstration, donnait un argument assez significatif pour illustrer sa thèse : « Considérez, disait-il, à ses auditeurs, les fauteuils d’orchestre, dans un théâtre, et voyez combien de h i 1 1 es de billard les occupent. » La calvitie, poursuivait-il, augmente en raison directe de la civilisation : visitant les musées, on ne peut qu’être frappé de la rareté relative des têtes chauves, comparées à celles que fournit l’examen des bustes de nos contemporains.
D’autre part, les races indolentes, paresseuses, les Arabes, pour ne citer que ceux-là, ignorent la calvitie : un vieil infirmier de l’hôpital Mustapha d’Alger affirmait au Dr Jacquet qu’il n’avait jamais vu de chauves parmi les indigènes.
Le Dr Brocq a fait, de son côté, cette remarque, digne d’être retenue par les féministes : depuis que les femmes s’adonnent aux travaux intellectuels, qu’elles fatiguent davantage leurs centres cérébraux, la calvitie, jusqu’alors rare chez elles, deviendrait plus fréquente.
Peut-on naître sans cheveux? Nous avons relaté, d’après un ouvrage du dix-huitième siècle (i), que
Villemain s’en empara prestement et le replaça sur sa tête : « Je r.’cn ai pas déjà tant », dit-il en souriant. Combien d’autres chauves pourrait-on relever dans les arts, la littérature, le théâtre! 11 est vrai qu’on en trouverait aussi de très chevelus, il n’y a pas de règle à cet égard.
(i) Cours d'Histoire Naturelle, t. 197, édition de Paris, 1770.
dans une famille de Verneuihsur-Oise, près de Sen lis, le père et les fils seulement étaient nés sans cheveux. Nous avons reçu, depuis, d’un correspondant obligeant, la confirmation de cette particularité
étrange :
En face de chez moi, nous écrivait, à la date du 25 juillet 1904, M. Gaillard, de Taverny, habitait un M. G., qui avait épousé une jeune fille devenue orpheline. Ce monsieur était dénué d une manière absolue de tout système pileux : ni cheveux, ni sourcils, ni cils, ni barbe, ni etc... Sa femme était de conformation ordinaire. Ils eurent deux enfants, qui naquirent également aussi dépourvus à cet égard que leur père, et, comme lui, portant perruque dès leur plus jeune âge. Dans tous, les jeux des petits bonshommes, les perruques se trouvaient toujours déplacées, car ils étaient très batailleurs.
11 y a mieux : divers explorateurs du continent australien ont affirmé qu’il existait, dans la partie occidentale de f Australie, une race absolument distincte des indigènes connus de ce pays.^La singularité la plus curieuse de cette race était d etre complètement glabre, aussi bien au menton que sur la tête. Cette race se rattachait non au type nègre, mais à la branche mongolique, par le teint, par les yeux et par le nez.
Il existe aussi un Club des chauves, et celui-là n’est pas en Australie, pas même en Amérique, mais en Belgique. Des chauves de Bruxelles ont créé un club où, pour être admis, il faut pouvoir exhiber un crâne absolument poli (1). Voilà, pour l’indus-
(1) Chron, rnéd., 1904, 646.
LE POIL
trie des cheveux un débouché tout trouvé, si tant est que les membres de ce club original se soucient de meubler leur calvitie, ce qui n’est pas démontré.
Quoi qu’il en soit, le cheveu humain n’est pas près de se raréfier sur le marché. 11 donne lieu à un commrcce très prospère, qui se centralise principalement dans le Sud-Est de la Bohême.
La matière première a deux sources principales : la Bohême et la Chine.
De très grandes quantités de cheveux sont importées de Chine, viâ Trieste et Hambourg.
Les cheveux chinois abondent, depuis surtout que les Célestes ont sacrifié leur natte légendaire.
La façon dont les Fils du Ciel arrangeaient, il y a quelques années encore, leurs cheveux, date des guerres sanglantes que les Tartares-Mandchoux eurent, au dix-septième siècle, avec la Chine.
Dans les combats, la tresse protégeait la nuque contre les coups de sabre ; au passage des rivières, les guerriers y 'attachaient leurs arcs et leurs flèches.
Ce sont les Tartares qui imposèrent leur mode de coiffure aux Chinois : ce fut l’origine de la natte et celle de la dynastie Tartare-Mandchoue, qui a longtemps régné à Pékin.
A moins que des raisons de santé, dûment constatées, empêchent les Chinois de se raser le dessus du front et les tempes, ce n’est qu’en signe de deuil qu’ils cessent de le faire.
Le commerce des cheveux existe donc dans l’in-
térieur de la Chine ; comme chez nous, des individus y font métier d approvisionner les coiffeurs.
En Chine, cependant, la calvitie est plutôt rare, même chez les personnes âgées. Lorsqu’elle est complète, on met une fausse tresse, dont la perruque se plaque sur l’oc.ciput et s’attache à la nuque, avec un cordonnet passé dans une coulisse. Les bonzes, qui ont le crâne complètement rasé, font usage de ces fausses nattes, quand ils ont intérêt à dissimuler leur caractère religieux.
Les cheveux chinois servent surtout à faire des filets pour coiffures de dames : en 1908, on a exporté pour plus de 1. 260.000 francs de ces filets.
L’exportation annuelle de cheveux, pour le seul port de Hong-Kong, serait, d’après les statisticiens, de 600 à 800 tonnes.
Comme les cheveux chinois sont assez généralement raides et grossiers, on est obligé de les soumettre à un traitement chimique. On a songé à les utiliser pour la fabrication des courroies de transmission et des tissus de toute espèce, tels que : toiles pour pneumatiques, enveloppes de ballons, etc. La pratique aurait déjà confirmé les prévisions de la théorie, et la preuve serait définitivement faite de l’indiscutable supériorité du cheveu humain sur le poil de chameau qui a, jusqu’à présent, servi à fabriquer les bandages des « pneus » (1).
(1) Cf. un très attachant article cI’Emile Gautier, dans le Journal, du 4 janvier 1912.
LE POIL
Le cheveu présenterait cet avantage, d’abord qu’il est moins cher; puis, qu’il est au moins autant, sinon plus résistant: il a été démontré qu’un cheveu de moyenne grosseur présente une force de traction de 178 gr. environ; comme une tête humaine bien conformée porte une trentaine de mille poils, et c’est un minimum, il en résulte qu’une chevelure féminine possède une résistance qui peut être encore augmentée considérablement par le tissage ou la torsion. A ceux, donc, qui voudraient créer de nouveaux débouchés à l’industrie du cheveu (1), la matière première ne saurait manquer.
D’ailleurs, il n'y a pas qu’en Extrême-Orient qu’ils pourront s’approvisionner. La Bohême, avons-nous dit, et nous ajouterons la Moravie et la Silésie, en fournissent des quantités notables.
La Bohême exporte annuellement plus de 6.000 kilogrammes de cheveux ; comme ils sont de qualité supérieure aux cheveux chinois, ils servent, de préférence, à la confection des perruques.
En Limousin, en Normandie, il y a ou il y avait il y a peu de temps, des foires aux cheveux. On pouvait voir, il y a quelques années, dans le département de la Manche, à Saint-Hilaire-du-Har-
(1) Un médecin russe a conseillé ( Concours médical , 17 sept. 191 1) 1 emploi du cheveu de femme pour les ligatures vasculaires. Son utilisation dans les autopsies, d’une pari, et d’autre part dans l’expérimentation animale, a montré qu’il est par: faitement capable de résister à la pression intra-vasculaire. Le cheveu doit être, au préalable, bouilli dans une solution saline, puis conservé dans la paraffine-vaseline (Cf. Ceniralblatt für Chirurgie, 1891, n° 21).
couët, le mercredi, qui est le jour auquel se tient le marché de l’endroit, de jeunes paysannes se présenter à un individu qui avait a ses côtés un gian sac ; elles soumettaient leurs chevelures au minutieux examen de l’homme, qui ou les repoussait avec dédain, ou les abattait en quelques coups de ciseaux rapides, suivant qu’il avait jugé que leur qualité fût mauvaise ou bonne. L’opérateur était un de ces marchands de cheveux chargés de les revendre ensuite à nos artistes capillaires.
Avant i83o, la plus belle toison était payée, dans la Manche, par un misérable mouchoir, rouge et blanc, de fabrique rouennaise (i); ce qui n empêchait pas l’affluence des visiteuses auprès de l’homme aux redoutables ciseaux. Un des aubergistes de la bourgade rapportait avoir vu tondre a sa porte plus de têtes qu’elle comptait d habitants en temps ordinaire (2).
La Bretagne, le Maine, l’Anjou, la Vendée, partageaient, avec la Normandie et le Limousin, le mo nopole du commerce des cheveux. Avec la mode des « chichis », les coiffeurs n’en avaient jamais
trop (3).
Une des principales curiosités, relevons-nous dans
(1) Hist. de la Barbe et des Cheveux en Normandie, par A.
Canel. Sainl-Germain, 187/1.
(2) Annuaire de la Manche (i83o-i83i), 270.
(3) Sous la Terreur, le commerce des cheveux s’alimenlait des
chevelures des condamnées
de la Conciergerie : leur nombr
en fut si grand, qu’à un moment, le prix des cheveux en baissa. (Livre Commode des adresses, par Abraham du Pradel, édition Fournier, t. Il, 4i)-
LE POIL
un quotidien (i), du nouveau Musée anglais récemment ouvert dans Kensinglon-Palace , à Londres, est la chaîne de montre du regretté Edouard VII : cette chaîne est faite avec des cheveux de la reine
Alexandra.
Saviez-vous qu'il fut un temps où l’on fabriquait couramment des objets de cette nature, notamment des bagues, des bracelets, etc., destinés à servir, selon L expression d’un rédacteur de l’époque, l’amour ou l'amitié ?
On se plaignait, alors, que les commerçants de ces objets utilisassent les cheveux des morts de Bicêtre ou de l’Hôtel-Dieu, dont ils faisaient des cordons de cannes, de montres, des colliers, etc. « Encore, ajoutait le rédacteur de la feuille qui nous fournit ces détails (2), « ce ne serait rien, si ces cheveux infects avaient subi quelque préparation; s’ils étaient passés, comme ceux des perruquiers, à une lessive à l’eau bouillante ; enfin, au four ou à l’étuve, ce qui les rend incapables de nuire; mais on les retrouve, la plupart du temps, tels qu’ils étaient sur la tête des cadavres. » Il en résultait, on le conçoit, les effets les plus pernicieux; l’auteur de la communication nous fait part, entre autres, d’un cas de contagion qui. ne laisse pas d'être curieux. Celui-ci avait été observé par le chirurgien-dentiste Talma, l’oncle ou le père du célèbre tragédien, car les deux frères ont, croyons-nous, exercé l’art dentaire.
Donc, M. Talma, ayant été consulté par une jeune
(A) La Patrie, ?.3 juillet 1912.
(y) Gazette de Santé , 1777, 23 octobre.
personne, pour « des boutons dartreux )> qui lui étaient « survenus inopinément au col, et qui formaient un cercle fort désagréable », après bien des recherches et bien des conjectures, finit par reconnaître que cette éruption avait pour origine un collier de cheveux, que la malade portait depuis une semaine. Et celui qui relate le fait de conclure : « que cet exemple serve d’avertissement à ceux qui redoutent avec raison les maux et toutes les horreurs qu’on observe à Bicêtre et à l’Hôtel-Dieu où, à peine les malades sont morts, on s’empresse de leur enlever leur chevelure et de la mettre dans le commerce, qui en est aujourd’hui tout infecté » (i).
Peut-être avez-vous lu que, lors de la dernière maladie de l’Empefeur du Japon (1912), plusieurs jeunes filles firent couper leurs cheveux, pour les offrir sur les autels, afin d’obtenir de la Divinité la guérison du mikado? Il est d’autres pays où on laisse, au contraire, croître la chevelure, en signe de deuil. Affaire de mœurs et de latitude.
Ap rès la Révolution de juillet i83o, un cer-
(1) Il n’y a pas -que les affections du cuir chevelu qui puissent se transmettre par les poils: dans la variole et la morve, la contamination au moyen des poils provenant du malade, est un fail connu. Un officier de la marine hollandaise, en congé à Naples, reçut un jour une lettre de La Haye, dans laquelle on lui annonçait la mort de sa sœur, à la suite d’une atteinte de variole : la lettre contenait une houcle des cheveux de la morte. Quelque Icrnps après, cet officier contractait la variole; l’état sanitaire de la ville qu'il habitait ne permettait de rapporter la maladie qu’à une contagion par les cheveux qu’il avait reçus et qui devaient porter en eux-mêmes le germe de l’infection variolique (Joannet, Le Poil humain, ii4-ii5).
LE POIL
tain nombre de gardes du corps, qui avaient accompagné Charles X dans sa retraite sur Cherbourg, prirent la résolution, pour manifester leur chagrin, de laisser incultes leur tête et leur visage (i). Cela devint une mode, un moyen d’affirmer sa fidélité au parti déchu.
Le symbolisme du cheveu, à quels développements cela nous entraînerait ! Contentons-nous de signaler ce filon aux chercheurs en quête de sujet, et leur laissant le soin de lier la gerbe, abandonnons-leur en généreusement quelques épis.
Chez les peuples de race germanique, quand la femme venait à réclamer le morgengabe (don que son mari lui faisait, au lendemain de la noce), elle devait jurer sur son sein, suivant la loi des Alamans ; sur ses deux mamelles et sur ses deux tresses, selon le droit d’Augsbourg.
Un Frison n’était cru, que lorsqu’il touchait ses cheveux. Le serment par la barbe se rencontre à chaque instant, dans les romans et les poèmes carlovingiens.
On trouve souvent, dans les actes, la mention que celui qui y apposait son sceau insérait dans la cire des poils de sa barbe. Relatons un exemple historique. C’était au mois de mai i2i4. Réginald, abbé de Saint-Evroult, en Normandie, et ses religieux, réunis en chapitre, venaient d’abandonner à l’évêque de Lisieux le droit de patronage qui leur appartenait sur un certain nombre d’églises.
(i) Curiosités des traditions, par L. Lalanne, 233.
Afin d’assurer à l’acte consécratif de 1 abandon toute l’authenticité désirable, il n’y avait plus qu’à apposer le sceau de 1 abbé et celui du monastère.
Au moment de remplir cette dernière formalité, voilà qu’on s’avise, par surcroît de garantie, de mêler à la cire quelques poils de la barbe des moi¬
nes. Le texte de la charte ne dit rien de cette circonstance, mais la cire verdâtre des deux sceaux, ainsi qu’on peut le constater aux archives du Calvados (i), témoigne de la réalité du fait.
Nombre de superstitions ont eu cours, relatives aux cheveux ; en voici une que nous avons notée au passage.
La coupe des cheveux donne lieu, chez les Tziganes des pays balkans, à des craintes singulières : les enfants qui meurent avant d’avoir eu leurs cheveux coupés — et cette coupe est, dans ces régions, une véritable solennité — ces enfants, disons-nous, se transforment, assure la légende, en de petits démons fort malicieux, que l’on nomme Girliri. Les mères doivent danser autour du feu avec l’enfant, pour le préserver du maléfice.
Cette cérémonie de la coupe des cheveux n’a lieu qu’une fois dans la vie ; elle est, à ce (pie prétend un narrateur, accompagnée de certains détails « qu’il faudrait écrire en latin » (2).
(1) Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie , t. VIII, 2e partie.
(2) Revue des Revues 1896.
Est-ce une survivance d’une antique tradition ? Le cheveu a-t-il joué un rôle dans les pratiques de sorcellerie ? Toujours est-il que nos modernes pythonisses, somnambules et voyantes, n’ont pas hésité à tirer parti du « diagnostic par le cheveu ».
» Donnez-moi, disent-elles, un cheveu de la personne qui vous est chère, et sur laquelle vous désirez être informé, et je vous renseignerai et sur ses sentiments et sur son état de santé. »
Il y aurait même eu, il y a quelques années, si nous en croyons le Courrier de Hanovre, dans un village près de Yinsen, un guérisseur à qui il suffisait de présenter le cheveu du sujet, pour qu il déterminât la maladie dont il était atteint. Pas besoin de toucher, de palper, d’ausculter ou d interroger, le guérisseur n’avait qu’à considérer votre chevelure et, sans sourciller, il prononçait son arrêt.
Ne sourions pas et ne nous gaussons pas trop : n’est-ce pas Pinel, l’illustre Pinel, qui se faisait fort de connaître le caractère d’un sujet d’après la couleur de ses cheveux? Et le maître Landouzy n’a-til pas émis l’opinion que les « Vénitiens », comme il dénommait ceux qui sont pourvus d une llavescente et rutilante toison, sont, plus que d’autres; exposés à contracter la tuberculose ? Heureusement que toute règle souffre exception ; sans quoi, les filles d’Eve qui s’enorgueillissent d’une chevelure a la Véronèse, auraient lieu de concevoir quelque inquiétude. La remarque de Landouzy a certainement sa valeur, encore ne faudrait-il pas la trop généraliser ; pas plus, du reste, que les observations suivantes,
dont nous laissons la responsabilité à qui is’en porte garant (i).
Dans les maladies chroniques et surtout dans la phtisie, les cheveux peuvent changer de couleur et passer du châtain ou du brun au roux.
Ce changement de nuance a été indiqué dans d’autres cas (2). Une femme, après une fièvre puerpérale, est devenue brune, de blonde qu’elle était. Alibert, qui signale le fait, prétend également avoir vu un homme passer du roux au brun, à la suite d'une affection qu’il ne désigne pas.
Après le typhus, une blonde a perdu ses cheveux, et ils ont repoussé noirs (Beigel). Les poils deviennent jaunes chez beaucoup d'ictériques. Crustens, cité par Le Double (3), a parlé d’une femme dont les cheveux, au cours d’une attaque de paludisme
(1) Joannet, Le poil humain , passim.
(2) II n’est pas sans exemple que, dans un âge très avancé, des tetes chauves se recouvrent de cheveux ; ou qu’une chevelure blanche reprenne sa couleur primitive : on trouve plusieurs observations de ce genre dans l’histoire des cenfenaires. Au commencement de ce siècle, un Turc, qui avait passé 100 ans, exerçait la profession de messager, et, malgré son âge, faisait chaque jour des marches de cinq ou six lieues. Ses cheveux, qui étaient blancs depuis longtemps, tombèrent, et puis, se renouvelant, poussèrent aussi noirs que dans sa jeunesse (Dr Foissac). Orsi cite le cas suivant de coloration extraordinaire des poils: un mécanicien, grisonnant de bonne heure, voit beaucoup de ses cheveux devenir verts, sans cause appréciable. Aucun lavage ne modifie cette coloration. L’écorce est violette au microscope, à la lumière naturelle, verdâtre avec la lumière artificielle; la moelle est jaunâtre.
(3) Les Velus, 170.
LE POIL
aigu, compliqué do rhumatisme articulaire, devinrent complètement gris, tandis que ses joues, son menton et le dessous de son menton se garnissaient de poils d’un blond clair, mesurant un centimètre de longueur.
Chez les maniaques, au début de chacun des accès, on a souvent observé un changement subit dans l’état des poils : ils se redressent, deviennent rigides et secs ; chez beaucoup, on a remarqué une division de la pointe.
Ferrer avait eu à donner des soins à un maître de musique, hystérique, qui après chaque pollution, voyait ses cheveux, naturellement bouclés, se hérisser pendant quelques jours.
Brictteteau a rapporté, dans le Dictionnaire de Aîédeci ne, d’après Ollivier (i), qu’une jeune femme, ayant une peau très blanche et des cheveux entièrement noirs, au cours de la convalescence d’une affection gastrique s’aperçut que toute la surface de la peau, au niveau du tronc et des membres, était hérissée d’une multitude de petites élevures, analogues à celles consécutives à l’impression du froid ; du sommet de chacune d’elles, apparut, peu après, un poil qui, d’abord très court, s’accrut rapidement. En un mois, tout le corps de cette femme s’était entièrement couvert de poils noirs et très rapprochés les uns des autres ; ils disparurent spontanément quelques mois après leur poussée et ne reparurent plus désormais.
Une enfant rachitique, âgée de 12 ans, dont la chevelure était blonde, soyeuse et ondulée, perdait
(1) Art. Poil, 1842.
ses boucles, quand les symptômes s’aggravaient ; et, lorsque survenait une amélioration, ses cheveux reprenaient leur état primitif. Un sacristain de Padoue, déjà d’un certain âge et presque chauve, retrouva, à la suite d’une pneumonie, 1 opulence de son ancienne chevelure.
N’est-il pas de constatation banale, que l’aspect lisse ou terne des cheveux et, par suite, leur apparence plus ou moins foncée, soit en rapport avec l’activité sécrétoire de la peau, avec l’état humide, gras ou sec, de celle-ci P
L’alimentation n’est pas non plus sans influence sur le poil : on n’ignore plus que l’ingestion de chlorure de sodium et surtout de préparations arsenicales donnent du lustre, du brillant à la robe de certains animaux. A ce propos, Pothier, dans son Traité d'anatomie (i), a noté la particularité suivante :
Tant que se fait, chez la jeune fille, l’accroissement de la chevelure, les règles ne se reproduisent pas ; puis la menstruation apparaît à cette époque de la vie qui répond chez l’homme à l’irruption de la barbe. La menstruation établie, les cheveux ne poussent que peu> ou pas; c’est que l’arsenic s’élimine, chez la femme, non plus par le tégument externe, mais par le sang menstruel. Vient-on à dériver l’élimination de l’arsenic vers le tégument externe, vient-on à couper les cheveux au moment des règles, en pareil cas on voit les époques s’éloigner ou devenir irrégulières.
LE POIL
La lecture ce ce passage a suggéré à un de nos confrères (i) une remarque qui ne manque pas de piquant.
Chacun sait qu’un des premiers actes de la vie des religieuses consiste dans le sacrifice de la chevelure ; y aurait-il, dans cette cérémonie, autre chose qu’un acte d humilité, ou de renonciation a la parure? Faudrait-il y voir, en outre, une sorte de dérivation apportée au sens génésique ; ce à quoi on peut penser, après avoir pris connaissance de la citation que nous avons rapportée. Choisirait-on, enfin, pour date de la cérémonie de vêture, le moment des règles, chez celles qui vont entrer en religion? Ces questions, connexes entre elles, ne sont pas, tant (pie cela, oiseuses, et nous essaierons, un peu plus loin, d’y répondre.
Quoi qu’il en soit, il existe un rapport manifeste entre le système pileux et l’appareil génital, au moins chez la femme. L’observation qui suit, due à Neugebauer, de Varsovie, est, à ce point de vue, démonstrative.
Il s’agit d’une femme, réglée à 16 ans, normalement, sauf une année où l’écoulement mensuel fut complètement supprimé. Mariée, elle devint bientôt enceinte et accoucha d’une petite tille, qu’elle nourrit.
Survint une seconde grossesse : elle accoucha une seconde fois, mais avant terme, à la suite d une
(i) V. le Centre médical , 1910 (ou 1911).
grande fayeur. Mort de l’enfant, accidents puerpéraux très intenses.
Ce fut peu après la disparition de ces accidents qu’elle remarqua qu’il lui poussait de la barbe et de grands poils sur la poitrine, les épaules, les régions pubiennes, en même temps qu’elle perdait la plus grande partie de ses cheveux.
Ceux-ci, de couleur brune, étaient peu abondants, minces et doux comme de la soie, et dépassaient à peine les épaules. Le front, les joues, le cou, les côtés de la poitrine et de l’abdomen étaient recouverts d’un léger duvet ; mais les cuisses, les bras portaient des poils noirs, dont les dimensions longitudinales égalaient un centimètre. La barbe, longue de 20 centimètres, recouvrait la partie médiane de la poitrine et était formée, ainsi que la moustache et les favoris, de poils raides, et plats, de couleur châtain, mêlée de roux.
Toutes les tentatives d’épilation et le seul fait de se raser la barbe provoquant des douleurs utérines, le sujet s’était résigné à porter celle-ci.
L ’hypertrichose isous l’influence d’une émotion violente n’avait pas échappé à l’observation vigilante des anciens. Avons-nous à rappeler la légende de Sainte Agnès et celle de Sainte Wilgeforte ? Comme elles doivent être connues de la plupart de nos lecteurs, nous en parlerons sobrement.
Pour Sainte Agnès, nous emprunterons, en le résumant, le récit d’un de nos confrères (i).
(i) Les Seins à l'Eglise, G5 et 3si.
LE POIL
Sainte Agnès, sur l’ordre du préfet de Rome, Symphronius, fut exposée dans une maison de prostitution. Un homme, ayant levé les mains sur la jeune vierge, l'imprudent fut aussitôt frappé de mort. D’autres disent qu’à peine entrée au lupanar, elle invoqua le Christ, qui fit croître soudain sa chevelure, au point qu elle lui couvrit tout le corps et dissimula sa nudité (i). Une troisième version veut qu’un ange l’ait recouverte d’une draperie.
Sur Remplacement de l’église Sainte-Agnès, à Rome, place Navone, on voit un bas-relief de l’Algardi, qui représente l’accroissement subit des cheveux de la sainte.
La créature est nue comme la main ; c’est une jeune fille de quatorze ans, avec de longs cheveux, de petits seins naissants, tout un corps plein de morbidezza et très palpable, qui est conduite au lieu de prostitution par un grand coquin de houzard. Ce n’est point du marbre, mais de la chair molle et flexible sous les doigts (2).
Pour Sainte Wilgeforte, nous sommes plus copieusement, sinon plus exactement renseignés (3).
Fille d’un roi de Portugal, Wilgeforte, « pudique autant que belle »,
Se trouvant exposée à toute ta- licence Où du soldat vainqueur s'emporte l'insolence ,
eut la vertu sauve grâce à une longue barbe, qui
(5) Le Domimquin a fait de cet épisode l’objet d’une de ses plus belles toiles, gravée par Gérard Audran.
(a) P. de Musset, Voyage en Italie.
(3) V. la Chr. rnéd., iqo3, 548; iqo4, 621; iqo5, ?.5, 583; 1907, 46o ; 1908, G66 ; 1909, 571; 1910, 157.
lui couvrit inopinément le visage et frappa d éton- • nement et d’horreur les audacieux qui allaient lui faire violence. Il ne semble y avoir là, comme l’opine le docteur F. IIoussay, qu’un fait peu banal, à la vérité, de trichose émotive.
Sainte Madeleine offre, également, un cas d’hypertrichose, mais dont l’origine ne saurait être rapportée à la même cause que Sainte Wilgeforte, ou Sainte Paule d’Avila.
Ce pilosisme exagéré et anormal ne se produit pas que sous l’influence d’une émotion vive; on 1 a vu aussi se manifester dans certains états morbides et dans le voisinage de tissus ou d’organes qui ont été ou qui sont encore le siège de lésions chroniques.
Broc a avait déjà constaté, parmi les signes consécutifs des anévrismes, une hypergénèse du système pileux, survenant sur les membres affectés de « pblébartérite ».
11 est de notion courante que les tuberculeux et les scrofuleux lont, en général, une (abondante chevelure, des cils longs et soyeux ; que ces cheveux sont habituellement d’un blond roux ; mais, nous le répétons, il n’y a pas, à cet égard, de règle absolue.
On a émis de nombreuses théories (i) sur le mode de genèse de l’hypertrichose. On a invoqué successivement la bestialité (ou copulation de l’homme
(i) V. à co sujet l’excellent ouvrage de Le Double et Houssay, Les Velus (Yigot, 1912), notamment le chap. VI.
LE POIL
et de la femme avec un animal); la démonologie ou démonialité ; l’hérédité atavique.
D’aucuns ont attribué 1 hypertrichose a une maladie nerveuse, survenue au cours de la vie fœtale; ou à une perturbation fonctionnelle des glandes trichogènes. On a observé que, « chez les femelles des mammifères, la sécrétion de la grande thyroïde était beaucoup plus active que chez les mâles, et que ses dimensions étaient même un peu plus considérables. »
On a aussi constaté que, « lorsqu une intervention chirurgicale, pratiquée sur le cou d’une femme, lésait son tissu thyroïdien, son organisme se modifiait... ses règles diminuaient progressivement et disparaissaient ; puis, en même temps que s atrophiait son utérus et que ses organes génitaux intimes prenaient un type infantile, ses cheveux devenaient plus rares et les poils de son corps tombaient. »
La connexion du système pileux avec la glande thyroïde et de celle-ci avec l’utérus, est donc indé¬
niable.
N’était-il pas, d’ailleurs, de croyance commune chez les anciens, que la base du cou chez la femme accuse un plus grand développement au moment de la puberté et à l’époque des règles, c’est-à-dire aux périodes d’activité exagérée de l’ovaire P L’élargissement du cou n’a-t-il pas été noté comme un signe quasi-infaillible de la perte de la virginité ?
Plus une femelle est poilue, moins ses règles sont abondantes, a-t-on observé. Et c’est le cas de rappeler ce que nous avons dit plus haut : certaines religieuses qui, après la prise de voile, se coupent
tous les mois les cheveux, voient souvent, au début, leurs règles se supprimer et ont même de l’aménorrhée persistante. « La pousse continuelle de leur chevelure absorbant les excédents thyroïdiens, les pertes considérables des composés organiques qu’elles subissent, du fait de ces coupes répétées, affaiblit leur organisme et fait qu’elles sont généralement fort mal réglées. » (i)
Pour justifier le développement des poils dans les cas d’anévrismes artérioso-veineux, il faut, évidemment, recourir à une autre explication. D’après le I)r .1 o anne t (2), ce phénomène aurait pour cause (( ou une lésion nerveuse primitive, amenant secondairement un trouble dans la circulation ; ou une lésion directe du système circulatoire, amenant une stase capillaire et, consécutivement, divers troubles nutritifs. » Les suppurations profondes, ostéites, arthrites chroniques, abcès scrofuleux, donneraient lieu à la même hypergénèse, « cause de la congestion sanguine qui accompagne toujours ces lésions )>.
Line lésion nerveuse sans troubles trophiques peut amener le même résultat : on a observé, avec une lésion du nerf radial à la suite d’une fracture du bras, un développement abondant de poils, qui s’étendait dans toute la sphère d’action du nerf radial et même un peu au-delà (3). Voilà quelques
(1) Le Double et Houssay, Ioc. cit.
(2) Thèse sur le Poil humain.
(3) Gazette des Hôpitaux, 1874, cité par le Dr Joannet.
LE POIL
particularités qui ne manqueront pas, nous l’espérons du moins, de retenir l’attention de nos lecteurs.
Nous avons laissé entrevoir qu il existe, entre la pousse des cheveux et la menstruation, une sorte de suppléance, et que la pousse des cheveux s’arrête au moment où s’établissent les règles, l’arsenic trouvant une voie d’élimination par les menstrues.
Or, dans un communication à l’Académie de médecine qui remonte à vingt-cinq ans (7 août 1900), Armand Gautier a parfaitement établi ces faits. Le savant chimiste a observé que, chez les femmes malades auxquelles il administrait, depuis un certain temps, de l’arsenic, particulièrement sous forme de cacodylate, la chevelure devenait plus épaisse et plus longue ; et les règles, au lieu de se produire à des intervalles de 25 à 29 jours, reparaissaient régulièrement au bout de 24 à 25 jours seulement.
C’est, avant tout, par les annexes de la peau et la perte menstruelle que, chez la femme, l’arsenic et l’iode sont éliminés. Il se fait chez elle, entre la production des nucléines thyroïdiennes, la croissance des ongles et des cheveux et la perte du sang menstruel, une sorte de balancement : d’où résulte l’état de santé.
On a remarqué, d’autre part, que la plupart des animaux à sang chaud sont couverts de poils ou de plumes, et que ces appendices de la peau croissent avant la saison des amours et tombent après les rapprochements sexuels, pour se reproduire en-
rjQ les curiosités de la médecine
suite lentement dans les mois qui précèdent le printemps suivant.
Chez les animaux velus, les principes arsenicaux et iodés sont utilisés à la poussée du poil, des ongles et des cornes, jusqu’au moment où le développement de ces appendices étant accompli, le llux de ces nucléines se porte vers les organes génitaux.
Dès que le rut commence, la peau et ses annexes sont atteints de déchéance, et les poils, ainsi que les bois chez les animaux à cornes caduques, commencent dès lors à tomber.
D’autres remarques, non moins curieuses, sont dues au même Armand Gautier :
Tant que se fait, chez la jeune fdle, Taccroissement de la chevelure, les règles ne se produisent pas ; les menstrues s’établissent seulement quand les cheveux finissent de s’allonger, à ce moment de la vie qui est pour le mâle celui de la poussée des poils et de la barbe. Il peut bien se faire, chez la femme faite, de nouveaux cheveux follets ; en réalité, leur croissance s’arrête, dès que les menstrues détournent périodiquement les nucléines thyroïdiennes qui nourrissaient le bulbe pileux... Il suit de là que, chez les races humaines velues, Aïnos, Australiens, etc., les nucléines arsenicales étant détournées vers la production du poil, la menstruation et, par analogie, les désirs sexuels, devront se produire à plus longs intervalles.
C’est ce qui paraît résulter, en effet, d’une enquête faite auprès des anthropologues.
Cette relation entre la nutrition de la peau et les fonctions génitales n’est pas spéciale aux seuls main-
LE POIL
mifères ; on l’a encore notée chez les oiseaux, qui perdent leurs plumes après l’époque des amours ; chez les batraciens, etc.
I a pathologie humaine fournit de nouveaux aiguments à l’appui de la thèse si ingénieuse du Pr Gautier. Plusieurs maladies de la peau peuvent frapper la femme durant la grossesse : qui ne connaît le masque, les vergetures, le prurigo gestationis , la chute des cheveux, « autant de témoignages de la déchéance de vitalité et de résistance de la peau, dont les nucléines nutritives spécifiques sont détournées, pendant la gestation, vers la formation des organes du fœtus »? Et nous pourrions encore rappeler l’herpes menstruel, cei tains cczé mas s’exacerbant au moment des époques,^ les altérations cutanées qui se produisent à la ménopause, lorsque la grande thyroïde perd de son activité,
etc., etc.
Le myxœdème n’est-il pas relativement pins fréquent chez les multipares, parce quelles ont épuisé, à plusieurs reprises, les réserves arsenicales et l’activité de la thyroïde ?
De même, chez les tuberculeux, l’arsenic et l’iode diminuant en assez fortes proportions dans la thyroïde, on voit survenir chez eux des pigmentations, des éphélides, des desquamations, la chute des cheveux que, grâce à l’arsenic et à l’iode, on parvient dans une large mesure à enrayer.
Ces notions sont aujourd’hui courantes, mais on oublie trop à qui nous en sommes redevables ; ce n’est (pie justice d’en restituer le mérite à qui nous les fit connaître.
S’il est un fait qui a donné lieu à de fréquentes et ardentes controverses, c’est bien celui dont Mme de Genlis s’est fait l’éditeur complaisant, sinon renseigné, dans son Dictionnaire des Etiquettes (i) ;
On sait, écrit le célèbre bas-bleu, que les cheveux poussent sur la tète des cadavres. Plusieurs cercueils, ouverts au bout d’un grand nombre d’années, étaient remplis de cheveux d’une longueur démesurée.
Mais, direz-vous, Mme de Genlis n’est pas, en l’espèce, une autorité dont on puisse se recommander. Nous vous le concédons, et c’est pourquoi nous allons chercher ailleurs no'S garants
Voici ce qu’a rapporté, de visu, le I)r Constantin James, dans son ouvrage, La toilette d'une Romaine au temps d'Auguste (2) :
Je lus chargé, dans le courant de l’année 1 865 , de présider à l’exhumation d’un personnage bien connu, que j’avais fait embaumer, vingt-deux ans auparavant, par Gannal lui-même (3) : ce personnage était le fameux chanteur Elleviou.
Au moment où la bière fut ouverte, il s’en échappa une odeur empyreumatique des plus fortes et des plus nauséabondes. Cependant, les chairs, à part d’abondantes moisissures, me parurent intactes ; seulement, au lieu