LA PRÉVOYANCE MATERNELLE CHEZ LES PLANTES
Certains végétaux, moins bien dotés, ont des semences toutes nues qui semblent condamnées à périr. Mais les oiseaux sont là. Ces gentils voyageurs iront transplanter dans d’autres régions les baies dérobées à coups do bec. La fente des rochers, le tronc des arbres, la corniche poudreuse des murs en ruines recevront ainsi leurs ornements naturels ; au delà des mers, le passereau ressèmera la plante qui l’a nourri. — Quelle main a donc élevé ce chêne sur le pic inaccessible que voilà? Comment l’homme a-t-il pu couronner de châtaigners puissants cette aiguille de granit ? — C’est le loir, le hérisson et le mulot qui se sont chargés de ce soin.
J’entends un lecteur s’écrier : — Eh quoi ! pour assurer la conservation d’une espèce inutile, d’un végétal malfaisant, ia Nature aurait pris tant de miraculeuses précautions ! Elle aurait fait un petit chef-d’œuvre de la graine du chardon, une merveille du fruit de la nielle ! N’est- ce pas plutôt le hasard qui a façonné ces organes que dans votre ingénieuse imagination vous croyiez destinés à ces usages divers? Dans quel but, au reste, reproduirait-elle les végétaux que l’homme détruit comme des parasites importuns ?
Ah! ne devançons pas l’heure où ces secrets nous serons révélés ! S’il est vrai que la création terrestre tout entière soit mise au monde pour nous, un jour viendra, sans doute, où l’emploi de chaque fruit, la vertu de chaque fleur nous seront connus. — Attendons, le Créateur a le temps !
Et quand au hasard, dont vous invoquez l’action souveraine, écoutez encore ceci:
Le brillant auteur des Harmonies de la Nature a vu dan les semences des plantes aquatiques mille formes assortie aux lieux où elles doivent naître: elles sont toutes construites de la manière la plus propre à voguer: « Le pin maritime a ses pignons renfermés dans des sabots osseux recouverts d’une pièce semblable à une écoutille. Le noyer
a son fruit entre deux esquifs. Le coudrier, l’olivier, portent leur semence enclose dans des espèces de petits tonneaux susceptibles des plus longs trajets. La baie rouge de l’if est creusée en grelot. Cette baie, en tombant de l’arbre est entraînée d’abord au fond de Peau; mais elle revient aussitôt à la surface au moyen d’un trou que la Nature a ménagé audessous de sa graine. Il s’y loge une bulle d’air qui laramène à flot et sauve le rejeton, comme Moïse fut sauvé par la fille de Pharaon ! »
Les graines des herbes aquatiques sont encore plus extraordinaires; les unes sont de véritables canots en miniatures d’autres sont encastrées dans des brins ligneux qui rappellent les bois flottés ou vermoulus; il y en a, destinées à germer sur les bords des lacs, qui vont à la voile comme des bricks ou à la rame comme des galères ! — Que dites-vous de ce hasard ?
Mais où le sentiment de sollicitude maternelle dont je parlais au début s’affirme d’une manière étonnante, c’est dans le mode de reproduction d’une graine bien connue, l 'arachide ou pistache de terre.
Cette légumineuse, d’ou l’homme extrait une huile excellente, et que les enfants recherchent pour son goût de noisette, a la singulière faculté d’enfoncer elle-même et de cacher dans la terre sa gousse ridée. Aussitôt que la fleur est fanée et que l’ovaire a porté son fruit, la tigelle qui redressait cet organe s’abaisse d’un mouvement lent, mais sûr, vers le sol. Le bec corné qui termine la pistache entame l’humus, la graine disparaît, et voila les enfants à l’abri. « Ici vraiment, ditM. Eugène Muller, il y a conscience do l’acte accompli; car cet acte exige de la part de la plante en végétation, non-seulement des efforts dans un but déterminé mais encore le choix instinctif du moment où ces efforts doivent avoir lieu. . . »
Admirable hasard, que celui qui préside à cette mise en terre par le végétal lui même de sa précieuse descendance,