CHEZ LES PLANTES
la botanique? Si nous abordions ce sujet charmant? (Jj^Lcs fleurs, les parfums, la magic des nuances, les fruits savoureux. .. Parlons donc de la verte toison des coteaux, du tapis velouté des plaines et des antiques forêts.
Certes, le champ est vaste. Si j’étais poète, je n’aurais qu’à enfourcher Pégase, et ahi donc! Mais où courir? où rencontrer la Muse ? quels tableaux dérouler, lecteur, à vos yeux amis? Je ne vois partout que branches effeuillées. Les campagnes étendent à perte de vue la teinte brune des labours ; les bourgeons dorment, emprisonnés dans leur robe d’écailles, et la belle parure des prés repose encore, à l’état d’espérance, dans le sein de notre mère en travail. . .
J’ai pris le train de Versailles, à la recherche du sujet botanique. Meudon, Sèvres, Clamart, les bois et les vallons ne m’ont offert que les tristesses de l’hiver. Ici des guéreis désolés; là, des milliers de cloches où s’abritent les semis frileux. Je ne puis pourtant pas vous entretenir d’asperges et de petits pois !
Le soir venu, je n’avais pas découvert une fleurette. En quittant Chaville, un semeur attardé m’apparaît dans les lueurs fauves du couchant. Sa silhouette noire se détache
vigoureuse sur le ciel. Il va, de son pas régulier, d’un bout à 1 autre du sillon; le geste large et grand de son bras, qui semble saluer le soleil, éparpille à ses pieds la moisson future. Une douce rumeur — frémissement de la glèbe effondrée sous la pluie de grains — s’élève en cadence autour de lui. L’ombre descend, l’homme s’efface; mais je distingue encore, à l’horizon vermeil, le nuage d’épis et le « geste auguste » du travailleur.
Comme lui, la nature répand, à l’aide de moyens admirables, les germes de l’arbuste et du roseau. Ce que la main du semeur fait pour le grain d’orge ou de blé, cette mère ingénieuse le fera toujours pour les végétaux innombrables dont elle veut assurer la reproduction.
Une sollicitude toute maternelle semble présider à cette fonction sublime. Quelle infinie variété de ressources! Je vois les semences du chardon, du bleuet, pourvues de panaches, d’aigrettes et de volants ; la brise s’emparera de ces gracieux organes, les transportera à d’énormes distances, jusqu’au sol nourrissant qui doit leur donner la vie. Les graines de giroflée, taillées en forme d’écailles légères s’envoleront au moindre vent; le fruit de l’érable, avec ses ailes membraneuses, pareilles à celles d’un scarabée, ira peupler les alluvions lointaines; celui du cyprès s’élèvera jusqu’aux montagnes, et couvrira leurs flancs de rejetons toujours verts.
De plus curieux appareils se révèlent chez les plantes dont les grains trop lourds pour être disséminés par l’atmosphère, tomberaient au pied de la tige qui les a produits. Touchez la cosse de la balsamine ; aussitôt de mystérieux ressorts vont se détendre, et lancer au loin les germes impatients. Un arbre des Indes projette les siens avec un bruit d’arme à feu; le concombre sauvage, si commun dans les lieux arides, expulse ses graines en même temps qu’un filet d’eau, qui les arrose et les féconde.