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CHEZ LES OISEAUX

f*Ai soumis le cas à trois propriétaires, hommes de savoir et d’expérience. Je leur ai dit :

— Si, rentrant chez vous un beau jour, vous trouviez installé dans vos lares, à votre foyer, sur vos matelas, le couple gênant de deux étrangers, nobles ou manants, et que les intrus ne voulussent pas céder la place, que feriez-vous?

Le premier, jurisconsulte, m’a répondu huissiers, sommations, commissaires, gendarmes, tout le tremblement. Le second, militaire, a montré ses pistolets, — vingt-cinq millions de cartouches! Le troisième, ecclésiastique, a déclaré dans sa mansuétude qu’il épuiserait d'abord toutes les formules delà persuasion, et qu’après, dame, il irait coucher ailleurs.

Aucune de ces solutions ne me satisfait. Lenteurs d’un côté, carnage de l’autre ; inutile abandon de vos droits dans la dernière. Combien je préfère la législation des oiseaux! Et qu’elle est expéditive en même temps que terrible, la justice de ce joli petit monde ailé ! La taille ne fait rien au droit. Ecoutez faiseurs de codes. C’est une histoire d’hier,

la plus extraordinaire du monde, et que je vais vous dire simplement, telle qu’ont pu l’apprendre les vingt témoins du drame aérien que voici :

bous mon toit, entré les deux fenêtres d’un logis souvent vide, il y a un nid. Les architectes qui le bâtirent ont admirablement choisi l’endroit : tranquille et sûr. A moins de risquer une chute terrible, personne 11’oserait tenter de déloger les hôtes que chaque printemps y ramène, — heureux époux, charmants frileux qui s’en vont passer l’hiver à Bénarès, comme nous allons à Monaco, qui ont là-bas leur maison d’été, ici leur chambrette de noces, et reviennent toujours aux lieux qui les virent naître !

Ce nid est vaste, solide, bien plaqué sous la poutrelle où foisonnent les araignées, à l’angle du mur propre et blanc. Au bout de cette coupe d’argile fine, on voit voltiger le duvet dont elle est ouatée. A portée du bec, il y a la gargouille pour se désaltérer et prendre des bains. Tout auprès, un réduit où s’entassent les brins de paille, les crins, de menus chiffons — riche réserve en cas de réparations locatives. Lorsque la brise incline vers ce palais l’ombre mouvante du marronnier voisin, lorsque le soleil fait éclater la blancheur des corniches et que, dans les branches, un orchestre d’oisillons célèbre le lever de l’aurore, vrai, cette demeure fait envie !

Tel fut l’avis de certain pierrot, méchant rôdeur de gouttières, pillard de vergers et de treilles, qu’un clair matin d’avril vit installé là comme chez lui. D’assourdissantes piailleries m’appellent au balcon, et que vois-je? la tète brune du petit bohémien fourrageant à grandes becquées. La porte s’élargit sous ses coups. Il entre. Encore quelques efiorts et son corps disparaît dans le nid volé. Quelle douce sieste il y dut faire, au sein de ce paradis, parmi les plumes et les flocons de làines recueillis aux quatre coins de la grande ville! Le vagabond avait pignon sur rue. Il demeurait entre cour et jardin, le fainéant ! 11 possédait un chez soi, le déclassé ! Comme le Mercadct de Balzac, il pouvait dire

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