‹ Les curiosités la scienceChapitre 4 sur 53 · LA JUSTICE CRIMINELLE CHEZ LES OISEAUX · texte numérisé non relu

LA JUSTICE CRIMINELLE CHEZ LES OISEAUX

aux trente ménages parisiens grouillant au dessous, dont quelques-uns — hélas ! 11c payaient que fort mal leurs termes : « Regardez : je suis propriétaire, moi ! »

Ce fut bien pis, lorsqu’un après-midi les locataires, mes voisins, virent arriver deux moineaux au lieu d’un. Mon gaillard avait raccroché je ne sais où, la plus dépeignée des pierrettes et lui offrait la moitié de son domicile d’emprunt. — Croyez-vous que l’effrontée fût heureuse? C’est à peine si d’un regard elle daigna mesurer la profondeur du nid. Le galant, tout lier, semblait lui dire : « Mais vois donc ! admire donc cette chambrette que je te donne ! Est-elle assez fraîche, assez moelleuse ! » — Peuli! pas mal, avait-elle l’air de répondre, du bout de son bec encore ourlé des bourrelets jaunes de l’enfance; et lo mâle entrait le premier, ressortait vite en battant des ailes, l’invitait même par de petits cris, tandis que la coquette restait sur le bord, toute drôle, comme une niaise qui voudrait bien être déniaisée, mais qui n’ose...

Au grand scandale de ceux qui fumaient leur pipe aux croisées, en prenant le frais, et de celles qui soignaient leurs géraniums, le couple bavard se décide enfin.

Pauvres hirondelles, si vous saviez ! Voilà maintenant votre chaste logis au pouvoir d’un luron sans vergogne, et d’une coquine aux pattes crottées, mangée de puces, qui vole à peine, et qui déjà s’avise de courir le guilledou, comme une créature de rien du tout !

Mais le ciel est juste.

Cette aventure durait depuis huit grands jours; la pierrette allait être mère; et le moineau, plus empressé que jamais, passait de longues heures à ses côtés, lorsqu’un toile joyeux retentit dans la cour : « Les hirondelles ! voilà les hirondelles ! » Toute la maisonnée est en émoi. Vingt têtes curieuses se montrent du grenier au rez-de-chaussée. On applaudit à l’envi les gentilles voyageuses, couvertes encore de la poussière des longues traversées ; on ne sait pas ce qui va se passer, mais on a confiance, on espère que l’outrage sera vengé, que les intrus seront chassés. On attend ; c’est une fête !

Je vous demande pardon si je parais, dans ce qui va suivre, prêter à des oiseaux des sentiments humains, Croyez que l’imagination n’y est pour rien. J’ai vu et je raconte, sans prétention au îoman. Comment, du reste, ne pas interpréter ainsi que je le fais l’acte essentiellement logique et raisonné de ces justiciers ailés? Ce n’est pas seulement l’instinct qui l’inspira, mais unehaute et merveilleuse intelligence. Le monde animal, auquel nous accordons tout juste une lueur de personnalité, qui n’a pas de langue, ni de pensée, ni d’âme, pense, sent et parle. Il est singulièrement parallèle au nôtre. On y rencontre le dévouement, la charité, l’abnégation, la coopération fraternelle, une admirable équité, toutes les vertus réclamées comme monopole par l’orgueil de notre race. Faut-il croire, avec Michelet, à l'universalité de l’âme ? J’aborderai quelque jour ce sujet brûlant. Pour aujourd'hui, je me borne au récit tout simple, tout sincère, tout nu.

.Les hirondelles, donc, reprenaient haleine ; sur les moindres saillies où leurs petits’ corps essoufflés pouvaient se poser, on les voyait alignées en brochettes. De temps en

temps, l’une d’elles faisait sa ronde, puis revenait au groupe. Le ménage de pierrots, muet d’effroi, honteux et se sentant coupable, se faisait tout petit dans sa retraite. Peut-être n’osait-il pas se montrer au jour, devant tout ce monde d’hirondelles et de curieux qui remplissait la cour de commentaires et de caquets !

Après une reconnaissance bien faite, les légitimes possesseurs du nid violé furent au courant de toute 1 histoire. A plusieurs reprises, des mâles se présentèrent a 1 huis, jetèrent un coup d’œil rapide sur le couple usurpateur , et rejoignirent leurs compagnes. Alors nous assistâmes à un véritable meeting d’oiseaux. Tous parlaient a la lois. Ce n’était pas les cris joyeux de tout à l’heure, mais des piiou ! pîîî ! courroucés, farouches. Démosthènes, avant les cailloux,

ne devait pas pérorer autrement.

Après dix minutes de ce conciliabule, où sans doute

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