‹ Les cygnesChapitre 12 sur 17 · CINQUIÈME CHANSON · texte numérisé non relu

CINQUIÈME CHANSON

V uici ma

pensée :

Si la flèche

Que mon arc lance aux étoiles Retombe et blesse Ma main qui l'a lancée Vers les étoiles; Et si le cri d'opprobre Que je jette à l'écho des bois — Bavard ou de réponse sobre Selon ma voix — Se retourne comme une insulte Qui brûle mon cœur en moi ; Ainsi tout vieux rêve vers toi, Tout vieil émoi

(Qu'un nouveau rire, croil-il, achève)

Surgit encore comme un tumulte,

Hélène,

Et tout vieux rêve

Me pèse jour et nuit en honte vaine

Comme un remords :

Tel l'espoir d'une aube qui jamais ne se lève,

Tel que mon jour est las de porter mes jours morts!

J AI poussé ma chasse au cœur de la forêt,

Pourtant;

Nulle ride à l'étang où Diane fut surprise;

Et j'ai cherché, pourtant, la dryade promise

Au cœur des chênes vieux comme la voix chanteuse

De celui dont le nom de sa gloire est lauré;

Nulle nymphe aux détours des taillis égarée

Par le chemin désert que j'ai fait vers l'orée.

Après ma chasse honteuse ;

Mais toujours ton désir et ton ombre aux fougères, Et la voix en les voix, chuchoteuses, légères, Toujours un gai désir de verdure vêtu, Comme au matin d'avril où j'ai brisé mes traits

LESCYGNES 93

Sachant (tu me Tas dit en un clair baiser frais) Que c'est toi que pleurait le doux cerf abattu...

JuE chemin que j'ai fait à travers bois,

Par les taillis, sous les futaies,

M'a mené vers ta prée

Et les chansons portées

Sur le vent de vesprée

Résonnaient jusqu'au bois;

Comme ceux-ci j'ai chanté ton los

Voyant qu'ils te priaient sous la lente nuit claire,

Hélène,

Ecoute, en tes saules et tes flots,

0 belle souveraine.

Par moi le son du cor aux vallons traîne

Si doux que la forêt est pleine de sanglots.

Par moi le son du cor aux vallons traîne

De frêne en chêne

Et des charmes aux bouleaux.

V>ES hommes que je ne connais de visage Donnaient leurs voix à ma pensée :

Et si je l'ai redite en mon langage

C'est qu'ils ne savaient toute ma pensée :

Ils ne savaient comment les sentes matinales,

Par les fougères ou sur le feutre des pins,

Mènent — comme la route aux ornières égales

Ou le sentier tracé par des pas de traverse,

Comme tous les chemins —

Vers ta prée où la joie en mille flores perce

Le vieux sol de la mort des printemps d'autrefois;

Mais voici qu'avec eux je dis, en ces mots doux

De leurs chansons portées

Sur le vent de vesprée

De la prée

Jusqu'au bois,

De parfums escortées :

Hélène, viens, ce soir est doux,

Entre tes saules, apparais-nous.

Page 1