CINQUIÈME CHANSON
V uici ma
pensée :
Si la flèche
Que mon arc lance aux étoiles Retombe et blesse Ma main qui l'a lancée Vers les étoiles; Et si le cri d'opprobre Que je jette à l'écho des bois — Bavard ou de réponse sobre Selon ma voix — Se retourne comme une insulte Qui brûle mon cœur en moi ; Ainsi tout vieux rêve vers toi, Tout vieil émoi
(Qu'un nouveau rire, croil-il, achève)
Surgit encore comme un tumulte,
Hélène,
Et tout vieux rêve
Me pèse jour et nuit en honte vaine
Comme un remords :
Tel l'espoir d'une aube qui jamais ne se lève,
Tel que mon jour est las de porter mes jours morts!
J AI poussé ma chasse au cœur de la forêt,
Pourtant;
Nulle ride à l'étang où Diane fut surprise;
Et j'ai cherché, pourtant, la dryade promise
Au cœur des chênes vieux comme la voix chanteuse
De celui dont le nom de sa gloire est lauré;
Nulle nymphe aux détours des taillis égarée
Par le chemin désert que j'ai fait vers l'orée.
Après ma chasse honteuse ;
Mais toujours ton désir et ton ombre aux fougères, Et la voix en les voix, chuchoteuses, légères, Toujours un gai désir de verdure vêtu, Comme au matin d'avril où j'ai brisé mes traits
LESCYGNES 93
Sachant (tu me Tas dit en un clair baiser frais) Que c'est toi que pleurait le doux cerf abattu...
JuE chemin que j'ai fait à travers bois,
Par les taillis, sous les futaies,
M'a mené vers ta prée
Et les chansons portées
Sur le vent de vesprée
Résonnaient jusqu'au bois;
Comme ceux-ci j'ai chanté ton los
Voyant qu'ils te priaient sous la lente nuit claire,
Hélène,
Ecoute, en tes saules et tes flots,
0 belle souveraine.
Par moi le son du cor aux vallons traîne
Si doux que la forêt est pleine de sanglots.
Par moi le son du cor aux vallons traîne
De frêne en chêne
Et des charmes aux bouleaux.
V>ES hommes que je ne connais de visage Donnaient leurs voix à ma pensée :
Et si je l'ai redite en mon langage
C'est qu'ils ne savaient toute ma pensée :
Ils ne savaient comment les sentes matinales,
Par les fougères ou sur le feutre des pins,
Mènent — comme la route aux ornières égales
Ou le sentier tracé par des pas de traverse,
Comme tous les chemins —
Vers ta prée où la joie en mille flores perce
Le vieux sol de la mort des printemps d'autrefois;
Mais voici qu'avec eux je dis, en ces mots doux
De leurs chansons portées
Sur le vent de vesprée
De la prée
Jusqu'au bois,
De parfums escortées :
Hélène, viens, ce soir est doux,
Entre tes saules, apparais-nous.