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QUATRIÈME CHANSON

« ... Pour nous, c'est un éblouisscmcnl d'ccliiir puis une longue obscurité — puis un éclair encore. II. W. Emerson.

Une ombre est fugace aux tournants de la roule; On sourit du verger au.x: treillis de la haie ; Une pudeur se fond emmi la roseraie ; Quelqu'une chante qui se lait pour qui l'écoute : Et l'on parle tout bas vers la source qui goutte : Le jour est souriant de féerique doute, Et c'est la Vie — ô mon cœur — toute;

De crainte, aussi, de manquer la seule heure On vit (est-ce vivre?) amoureux et railleur, Joyeux et triste, d'espoir en désespoir,

Pire et meilleur

— Selon la loi qui fait le matin et le soir,

L'ombre et le jour,

Et l'hiver et le printemps qui verdoie,

La loi de tout amour,

De toute joie.

Ai?

iNSi l'on chante sa phrase :

a Bois la coupe d'extase

Et bois le vin amer;

Toute l'amertume de la mer

Est plus douce que ce vin (pi'écrase

La nuit fatale en sa foulée;

Car le sel des larmes en est la lie,

Et la honte s'y mire apâlie

Et la mort impure s'en est soûlée...

Ou encore selon l'heure et la chair

« Bois la coupe d'extase Et bois le doux vin clair

— Si doux que s'en adoucirait la vaste mer;

Voici le vin qu'écrase

La nuit de joie en son pressoir ;

La larme est douce dans son ombre jaillie

Et la pudeur se pâme déraillie

Et la Vie est ivre d'espoir... »

UELQUE autre soir, on chante en soi

« Ecoute en l'ombre auprès de toi :

Un sanglot meurt et tout est coi; Quel rêve es-tu venu tuer?

Prends donc et bois le poison triste Sans qu'un remords en toi résiste Sans qu'un regret en toi persiste, Quel rêve es-tu venu tuer?... »

Puis, redoublent les rimes jusqu'à s'en griser

« Ecoute en l'ombre auprès de toi :

Un rire éclate qu'un baiser boit ; Quel rêve va s'éterniser?

Prends donc et boit le vin de joie,

Pour que l'orgueil s'aflirme el eroie Pour que l'espoir sur toi s'éploie Quel rêve va s'éterniser?... *

Ainsi je chante et vis et vivrai jusqu'au soir,

0 belle Hélène en tes saules cachée,

Triste et joyeux de la même pensée,

En l'incrédule attente de te voir;

Notre chanson est insensée,

Hélène, et nos vieux cœurs sont fous,

Toi, seule déesse encensée.

Entre tes saules, écoute-nous, penchée,

Hélène, Hélène^ apparais-nous.

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