‹ Les cygnesChapitre 2 sur 17 · LE GUE · texte numérisé non relu

LE GUE

« Un étrange suicide. Une jouiic fille, s'étant \ètuc de blanc, s'est avaruéc délibérément dans la mer, où elle s'est noyée. Son corps a clé rejeté par les vngucs. »

Faits DiVEns.

^^ 1j A-bas;

Tout rêve vit d'éternité,

Tout songe ailé aux rameaux chante

Dans le printemps,

Là- bas ;

Une heure, toujours même, claire ou lente

De môme joie nouvelle en sa gaîté,

D'amour dont on ne pleure pas,

De blancs baisers d'idylles

Tombés de l'aile des archanges souriants;

Ce sont des iles.

Là-bas,

Avec des arbres-fleurs épanouis

Dans le printemps :

Les Saintes que les mauvais ont tuées;

Et Dieu qui passe en appelant ses vierges

Vers les doux parvis éblouis

Où les étoiles sont des cierges

En la dentelle des nuées...

Ljlle est dans le printemps

Là-bas,

Ma mère — et l'autre sœur que je n'ai pas connue

Qui cueillent des bouquets de blancs lilas,

— Ainsi que nous faisions — dans le soir clair —

L'autre printemps, —

Et guettent ma venue

En regardant la mer;

Car Christ m'a dit qu'il est bon de mourir, Ce doux matin ensoleillé Qu'il vint vers moi dans son ciboire ailé Me consoler d'amour, et me guérir :

Je l'ai vu rayonner vers ma lèvre

Eu un baiser de iianrailles,

De par delà le chœur et les murailles

Et jusqu'en mon corps révélé

Je l'ai bien entendu qui m'appelait.

Des nuits, j'ai prié jusque dans l'aube blanche ;

Et quand, en relevant la tête,

Je voyais pâlir la croisée.

Tout mon espoir était en lete

Et, dans mon âme osée

Pleine d'impatient amour,

Je songeais : C'est, peut-être. Lui

Qui vient, qui luit,

Voici mon tour, voici l'escorte !...

J'écoutais, les yeux clos, jusqu'au grand jour :

Doutant qu'il m'ait pu laisser là dans sa bonté,

Que je ne sois pas morte

Et prise en son baiser d'éternité.

Ije jour venait, revenait, toujours même ; Et l'autre lémme avec son âme dure, Avec sa parole hautaine

(Si douce pour sourire à mon père parjure) Qui disait, en passant : La Iblic !

Et quand j'en pleurais, loin, dans le jardin

— Où nous avions cueilli les lilas blancs, L'autre printemps

En regardant la mer

Si bleue et claire

Sous le matin —

Songeant à tout ce qui n'est plus,

A tout ce qui sera, là-bas,

On me cherchait avec des cris intrus

— Mon père inquiet et l'autre qui feignait — ; Mon cœur saignait

Et je ne leur répondais pas.

Alors, ce furent fêtes et bals,

Des fleurs qu'on jette, des carnavals,

Des soirs sans nombre

Avec le rôle qu'il faut qu'on joue ;

Un soir, au parc, où je pleurais dans l'ombre

De tout cela,

Le vil baiser vint m'effleurer la joue ;

Et la surprise et leurs grands rires,

La promesse et les fiançailles

Et leur gala.

Les jours mauvais et les soirs pires ;

La chair avec ses représailles ;

Tout cet amour qu'on prône et vante,

Tout cet amour qui m'épouvante

Vient murmurant, au soir, d'étranges mots

Dont je pleure et me tords les mains et que j'ai fui,

Tout cet amour de parole savante.

Et le mystère de sa nuit

Et de ses mots...

V oici le jour du mariage

— N'est-ce pas que la cloche sonne Comme pour les dimanches ? —

Tout hier je fus gaie — ils disaient, sage ;

J'ai cueilli les lilas avec des roses blanches

Jusqu'en le crépuscule clair

En regardant la mer ;

Tous riaient, même l'autre me fut bonne.

— N'est-ce pas que la cloche sonne ?...

Mon père m'a parlé, presque attendri, je crois : Tu vas t'en aller, disait-il, très loin de nous, Et vivre heureuse avec le mari de ton choix

— Et je lui répondis toute joyeuse :

Je m'en irai demain avec l'Epoux.

V oici le jour des épousailles !

Voici ma robe blanche et mon âme sans tache, Voici la fin de toutes mes batailles Dont je suis lasse, où je fus lâche ; Voici tes blancs lilas, mère, et tes roses blanches, Et voici pâlir l'aube

— Calme comme un dimanche — Voici l'aube

Et voici la mer calme et bleue Qui va vers Dieu...

Vois, on fait signe?...

Ma mère, à moi, m'attend là-bas

Pour donner à l'Epoux mon âme indigne,

Mon amour fatigué

De sa prière.

Mon désir las.

Mon cœur de peu...

Oh ! me voici venir, ma mère,

Et toi, Doux Seigneur Dieu,

Voici le gué »

Elle marche vers la mer.

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