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I. Le coup de pistolet de Berezowski

^'oicl la fin de Tannée qui s'avance pas k pas : nos cxaiuons commencent le i5 juillet et l'inspection générale le lo. Sauf l'exercice du matin et quelques séances de cheval et d'artillerie, nous passons k l'étude toute la sainte journée en présence de nos cahiers. Notre examen est plus sérieux que celui de l'année dernière : d'abord parce qu'il donne le classement définitif et, en second lieu, parce que nous sommes interrogés sur les cours des deux années, essentiellement différents, je pourrais peut-être dire opposés...

Saint-Cyr, le i3 juillet 1867.

Nous avons eu, mardi, la visite du sultan ; on lui a montré tout ce que nous savions faire de beau et il en a paru satisfait. Il nous a remerciés par la voix de l'interprète, bien entendu. Le sultan est im homme d'un certain âge. ses cheveux grisonnent par derrière mais sa barbe est d'un beau noir. Il avait un costume très simple : calotte rouge, grande robe noire sans collet k la façon des prêtres, ceinturon et cimeterre : ajoutez k cela une bonne figure de rentier au nez rubicond et un ventre d'Allemand, vous aurez une idée du Grand Turc. Sa suite était éblouissante par la richesse et la variété des costumes. J'ai vu un Albanais qui portait une robe courte, blanche et or, descendant jusqu'aux genoux, mais, au lieu d'un corsage, il avait une pelisse bleue k croissants d'argent ; un Monténégrin avait k sa ceinture un cimeterre, un poignard et trois pistolets (k pierre) et, parmi les officiers de cette suite, se trouvait un Grec, ancien élève de l'École et aujourd'hui général en chef aux provinces danubiennes : il a voulu, après les cavaliers, sauter le steeple, mais son cheval, effrayé des applaudissements de la foule, s'est dérobé et il a été précipité au saut de la rivière. Heureusement, il n'a pas eu de mal et, remontant en selle, il a franchi tous les obstacles avec un égal succès.

Nous sommes au milieu des travaux de l'inspection générale, c'est dire que nous sommes toute la journée sur pied ; heureusement la chaleur n'est pas excessive ; les examens de sortie commencent lundi. Je passe ma première partie mercredi : je ne me fais pas d'illusions sur mon classement, je sais qu'il ne sera pas fort, il y a mille raisons pour cela : mais peu importe dans ma position, je suis décidé k demander l'infanterie de marine, vingt-cinq la demandent et je suis sur de l'avoir.

Je ne vous dissimulerai pas les dangers de cette arme, les colonies 'françaises, sauf les Antilles, sont très malsaines et, sur quatre ans, on passe k peine un an en France : mais, d'un autre côté; l'avancement est rapide, je peux être capitaine quand mes camarades de promotion seront encore sous-lieutenants et on peut permuter dans l'armée de

terre quand ou s'enuuie ou que la maladie vous menace. De plus, la vie de France me serait peut-être funeste : elle est trop oisive et trop monotone, l'officier en garnison n'a rien à faire. Dans l'infanterie de marine, au contraire, c'est une vie agitée et turbulente : combats continuels en Gochinchine et à la Nouvelle-Calédonie, voyages de Taïti aux Indes, des Indes au Sénégal, du Sénégal aux Antilles, contact avec la vie sauvage, chasses aux bêtes féroces, indépendance dans le commandement, liberté d'action, etc. En un mot, c'est là la vie que j'ai rêvée et s'il me reste un regret ce n'est que celui de m'éloigner de vous, de ma famille et de toutes les personnes qui m'aiment.

Je commanderai bientôt mon costume ; j'attends d'un de mes anciens de nouveaux renseignements sur les emplettes à faire. Je vous écrirai à ce sujet dans quelque temps.

... Demain personne ne sort à cause de l'inspection générale...

Saint-Cyr, le 29 juillet 1867.

Je reçois votre lettre à l'instant, vous avez l'air de croire que les costumes que je me fais faire me sont inutiles et que ce n'est qu'un pur caprice : il n'en est rien. D'abord, je ne vais pas à l'aventure, je suis sûr d'avoir l'infanterie de marine, car il y a beaucoup de places et beaucoup d'élèves reculent devant les dangers que semble présenter cette arme ; de ce côté, donc, rien à craindre, ensuite lorsqu'on se fait faire chez son tailleur un vêtement de forme nouvelle, il est indispensable de l'essayer, ce que je ne pourrais faire étant à Juillac, car il n'est pas probable que j'aie l'occasion de revenir à Paris durant le congé, ma garnison devant être Toulon ; de plus, si je ne vous ai pas parlé de ma tenue de Saint-Cyr qui est à la maison, c'est que je l'ai oublié, elle me servira parfaitement, seulement mon tailleur m'a conseillé de ne la faire transformer qu'au régiment, car la main-d'œuvre à Paris me reviendrait au double. Si vous n'avez pas vu de L... en officier dès son arrivée, c'est qu'il ignorait son corps, c'est ce qui arrivera sans doute pour M. D... : cette année, il demande les tirailleurs algériens, il y a peu de places, il ne les aura donc que si son classement le permet, il ne peut donc se faire habiller. Quant à T..., il va dans l'infanterie et vous le verrez en sous-lieutenant.

Enfin, je ne suis pas le seul à agir comme je le fais : tous ceux qui savent leur régiment — et il y en a beaucoup — font comme moi. Au reste, dans aucune ville, on ne trouve mauvaise cette sorte d'anticipation des Saint-Cy riens, attendu que le jour de la revue d'honneur, on nous proclame aptes à la sous-lieutenance et qu'on ouvre et ferme le ban comme à la réception des officiers devant les troupes. Seulement, pour nous faire payer notre rapide avancement et avantager la promo-

— sa —

tion des sous-officiers du i5 août, notre nomination ne date que du i'^'' octobre ; de plus, je recevrai ma lettre d'avis dans le courant de septembre, car il me faudra sans doute partir au mois de novembre.

Pour tous ces motifs, je crois agir sagement et avec raison et même sans plus de dépenses ; de cette façon, je n'ai pas besoin d'effets civils...

... Nous sortons décidément le 4--- Je passe mon dernier examen demain ; j'ai eu du malheur à celui de l'autre jour. Mais, enfin, le classement m'est indifférent.

Joseph d'Algay rejoint en octobre le 4' régiment d'infanterie de marine à Toulon, Les premières impressions sont bonnes, l'accueil des officiers, qui sont « charmants pour nous », écrit-il en date du 3i octobre, lui va au cœur. Mais bientôt après, l'instruction des' recrues lui laisse si peu de liberté, qu'il s'en ouvre aux siens. La journée du jeune sous-lieutenant est assez remphe : « Il faut se lever à 5 heures et demie, c'est ce qui me brime le plus : exercice de 6 à 9 heures, ensuite parade. On déjeune à 9 heures et demie et à 1 1 heures il faut être à la caserne pour l'appel. Le soir, exercice de i heure à 4 j on dîne à 5 heures et demie, enfin l'appel à 8 heures. »

Il raconte sa première garde à l'Arsenal : « En entrant au poste, écrit-il, j'ai lu les consignes et j'ai été efifrayé de la responsabilité qu'on a pendant la nuit, où pas une porte ne peut être ouverte, pas une lumière allumée sans une note signée de l'officier de garde. Mais, en général, tout se passe fort bien, si ce n'est qu'on ue dort pas. »

Dans une lettre du 25 novembre, il fait un bel éloge des sol-' dats. « Tu ne saurais croire le fanatisme de nos hommes pour les colonies, tant ils trouvent le senice pénible à Toulon. Exemple : la fièvre jaune est au Sénégal; nous avons perdu dans le courant d'octobre cent cinquante-sept hommes sur six cents et dix-sept officiers. Malgré cela, on a demandé hier des hommes de bonne volonté pour ce pays et sept cents se sont présentés. »

Un ordre du ministre envoie Joseph d'Algay à Rochefort ; notre jeune sous-lieutenant regrette sa première garnison, aussi fait-il des démarches pour être envoyé aux colonies. Il demande la Cochinchine et c'est pour la Réunion qu'il est désigné.

Le i3 mars, d'Algay quitte Rochefort non sans un serrement

de cœur qu'il ue peut cacher aux sieus. « J'ai bieu désiré de partir, écrit-il, et voilà que maintenant le cœur me bat bien fort à cette pensée : je me suis surpris à pleurer ce matin. C'est si bête de pleurer à mon âge ! »

Embarqué sur le Tarn, commandé par le capitaine de frégate Paul Martin, d'Algay quitte Toulon le 19 mai 1868 et arrive à Saint-Denis-de-la-Réunion le 3o juillet, après une heureuse traversée.

Dès son arrivée dans l'île éclate une émeute, occasionnée par le rédacteur d'un journal de la localité La Malle; la 6* compagnie dont fait partie d'Algay prend part à la répression. Les quelques jours d'état de siège sont inscrits sur les états de service du jeune officier, lequel s'empresse d'en informer sa famille en ces termes : « Donc j'ai, sans m'en douter, une campagne de guerre sur la conscience. » Son séjour à la Réunion ne dure que dix-huit mois ; d'Algay permute avec l'un de ses camarades et se fait placer à la 27'= compagnie du 4° régiment. Parti sur YArmorique le 5 novembre 1869 avec plusieurs officiers, dont deux lieutenants, MM. Dodds et de Douglas, son ancien à Saint-Cyr, il débarque à Toulon le 24 janvier. En avril, il va passer en famille un congé de deux mois. Le 26 juin 1870, il est de retour à son corps.

Encore quelques jours, et la fatale campagne contre la Prusse va éclater.

Toulon, le j6 juillet 1870.

J'attendais de jour en jour pour vous écrire afin de savoir quelque chose de précis. Nous avons reçu l'ordre aujourd'hui de nous munir (le tout ce qu'il faut pour entrer en campagne, tentes, cantines, lits, etc.

Je ne puis encore vous dire au juste où nous allons, il n'y a rien de complètement officiel ; ce qu'il y a de plus probable, c'est que nous allons embarquer sur l'escadre cuirassée de la Méditerranée qui va partir pour la Baltique. Il y a, paraît-il, deux régiments de marine désignés, le 4*^ et le 2^.

Je ne vous dirai pas l'anxiété dans laquelle on a été ici depuis plusieurs jours avant" de savoir à quoi s'en tenir, mais aussi l'enthousiasme a été général à l'annonce de la guerre et, hier soir, toute la ville était en fête : il est vrai qu'en ce moment Toulon regorge de militaires et de marins.

Je prends à la hâte un instant pour vous écrire, car on ne nous laisse pas lin moment : il arrive des dépêches à chaque instant et nous ne quittons pas la caserne. Avec les classes qu'on a rappelées et nos troupes du camp de Châlons qui vont arriver à 3 heures, nous avons déjà au 4* un effectif de 4j000 hommes.

On attend avec impatience l'escadre qui évoluait dans la Méditerranée et qui n'est pas encore rentrée.

Dès que je saurai quelque chose de nouveau et à chaque nouvelle sûre, je vous écrirai. Vous ne pourrez peut-être pas me lire, mais je suis si joyeux de partir, que je ne puis tenir en place, il m'est impossible d'écrire lentement.

Toulon, le 24 juillet 1870.

J'ai reçu avec plaisir tout ce que tu m'as envoyé.

Je ne manquerai pas de porter à la guerre le scapulaire et la médaille.

Je ne sais encore au juste le jour du départ, mais tout sera bientôt prêt. Je retarde toujours un peu de t'écrire pour pouvoir te dire ce que nous ferons ; mais les affaires trament.

Nous avons ici depuis hier un général d'infanterie de marine qui est venu pour nous organiser.

Comme je te le disais dans ma dernière lettre, il est probable que nous prendrons le chemin de fer pour aller nous embarquer k Cherbourg.

Nous sommes accablés de besogne. Le colonel a fait appel à notre dévouement et nous quittons à peine la caserne pour l'heure des repas ; c'est d'autant plus fatigant que la chaleur est réellement extraordinaire.

Toulon, 3o juillet 1870.

J'ai déjà acheté tous mes objets de campagne et on ne doit paver que la demi-entrée en campagne : le reste sera donné sur le théâtre de la guerre.

On nous a forcés de laisser nos manteaux et de nous munir de la grande capote grise des soldats : c'est, dit-on, pour éviter que les insignes des officiers ne soient vus de trop loin.

Chacun de nos quatre régiments fournit trois bataillons de six compagnies : l'eff'ectif des compagnies est de cent trente hommes.

L'infanterie de marine entre donc en ligne avec à peu près dix mille hommes. C'est une belle division.

Nous avons été classés par le ministère : je suis à la i" compagnie du i" bataillon. J"ai donc la chance d'être aux premières loges pour voir tout et faire ce que les circonstances exigeront.

Hier soir, le général a passé une revue et a paru satisfait ; il est toujours muet comme un poisson pour nous fixer l'époque du départ : en attendant, nous fatiguons beaucoup ; on manœuvre toute la journée. Nous ne craignons qu'une chose, c'est d'être prévenus du départ du soir au lendemain, et alors il faudra se hâter de tout terminer en désordre .

... On ne laisse ici que trois compagnies formées surtout des hommes de la réserve qui étaient mariés ou soutiens de famille.

Toulon, 6 août.

Je reçois à l'instant une dépêche qui m'apprend ma nomination de lieutenant, mais je ne sais où je suis placé et je suis très inquiet. La lettre officielle ne m'arrivera que demain. En même temps arrive la nouvelle de notre échec à Wissembourg.

Rien encore de sûr pour nous.

... Je pars à l'instant avec la chaloupe à vapeur pour aller toucher 200,000 cartouches dans une poudrière qui est au delà de la presqu'île Gépet.

Adieu à tout le monde.

Paris, 10 août, 5 heures soir.

Nous sommes à Paris depuis hier au soir. Je ne sais ce qu'on veut faire de nous. En ce moment, nous sommes dans la cour du Corps législatif pendant l'orageuse séance de ce soir. Je n'ai guère le temps de vous écrire : on craint des troubles, des émeutes, je ne sais quoi. Je n'ai vu personne de nos parents ; nous ne pouvons sortir : nous sommes casernes aux Invalides et nous couchons- dans la cour, sur nos lits de campagne.

Notre voyage a été très fatigant : à Lyon, la ville nous a offert un repas splendide, les troupes ont eu aussi leur bonne part : les dames de la ville nous ont offert des cigares et des médailles. Je porte sur moi celle de ma sœur.

J'ai assisté à une partie de la séance qui est suspendue en ce moment. J'ai entendu les discours d'énergumènes, de Gambetta, etc. Le nouveau ministère est formé : Palikao, guerre ; Rigault, marine ; Chevreau, intérieur ; Magne, finances ; Brame, commerce ; La Tour d'Auvergne, affaires étrangères ; Grandperret, justice ; Busson-Billault, Conseil d'Etat.

Je suis bien fatigué, mais nous attendons avec impatience qu'on nous fasse quitter Paris pour courir à la frontière. II est inouï de voir l'infanterie de marine faire le service à Paris.

Camp de Chàlons, le i4 août, soir.

Nous sommes arrivés ici depuis hier soir : j'ai couché pour la première fois sous une tente avec mes effets de campagne qui sont bien légers, je t'assure.

L'infanterie de marine est ici pour former le noyau du 12= corps, général Trochu. Dès qu'il sera complet, nous marcherons : je ne sais encore au juste où, mais sûrement à l'ennemi.

Écris-moi au camp de Chàlons, 4^ de marine; faire suivre. Je suis désolé de n'avoir pas de vos nouvelles depuis longtemps.

Parmi les nombreux camarades que j'ai perdus dans les deux défaites héroïques, je pleure mon ami T..., qui est mort frappé de trois balles. Tu ne connais pas les autres : je ne te dis pas leurs noms.

... Adieu à tous. Peut-être ma prochaine lettre sera datée du théâtre de la guerre.

Inutile d'affranchir tes lettres à moi.

Li\Tj'-sur-Vcsle, le 17, soîr (août).

... Nous avons quitté le camp de Chàlons depuis hier, notre division est placée à quelques kilomètres, le long du chemin de fer, entre Livry et Louvercj; c'est là aussi que se rallient les débris du corps Mac- Mahon.

Je n'ai pu avoir de nouvelles sérieuses de M... et de G... Je sais que Clédat était sain et sauf après la bataille.

L'Empereur est arrivé par le dernier train au camp : il" ne se montre guère.

Le i^'' bataillon du i*'' régiment vient de partir : il est, dit-on, dirigé sur Bar-le-Duc.'Le bruit court que notre division va se porter sur Verdun : mais on ne sait qui croire, tant les versions sont variées.

Les troupes commencent à devenir difficiles à garder : elles murmurent. Que fait-on ici ? Quand les Prussiens marchent toujours sans rencontrer de résistance, quand Nancy se laisse enlever par quatre uhlans !

Le soldat ne comprend guère cette stratégie qui permet un tel envahissement.

Je dors assez bien sous ma tente, mais les matinées sont si fraîches que la rosée qui filtre à travers la toile me réveille à quatre heures du

matin. Oh ! c'est froid ! ce qui me prive le plus, c'est de ne pouvoir me déshabiller.

Ecrivez-moi toujours au camp de Chàlons, 4*^ régiment, 2' bataillon ; les lettres me trouveront sans doute et me feront bien plaisir.

... Vous savez que, dans certains endroits, les communications sont interrompues. Je vous préviens pour que vous ne vous inquiétiez pas, si vous ne recevez pas de temps en temps de mes nouvelles...

Livry, 20 août.

J'ai été heureux de ta lettre qui m'est arrivée hier soir. J'ai su par toi des nouvelles de G..., je l'attendais de jour en jour, car toutes les troupes qui ont souffert dans les combats précédents se rallient et se reforment à Châlons : j'ai donc été agréablement surpris par l'arrivée de G..., que je reconnaissais à peine: ses blessures sont a peu près guéries et il est prêt à repartir. Nous allons nous voir de temps en temps, car il est campé assez près de moi, à 4 kilomètres au plus. Il a perdu tous ses effets ; heureusement qu'il avait son porte-manteau sur lui et qu'il a pu ainsi se remonter un peu.

Nous sommes allés ensemble au camp des turcos nous informer de M...'; mais les nouvelles sont tristes. 11 n'avait rien eu dans l'action, quand il a été atteint dans la retraite : on l'a vu tomber, mais personne ne sait s'il est mort ou seulement blessé ; en tout cas, s'il est vivant, il est prisonnier.

Le pauvre régiment est un des plus éprouvés : il reste 4oo hommes de 2,5oo et l'officier à qui nous avons parlé nous a dit que trois officiers seulement étaient i^evenus saufs ; 68 ont disparu, tués, blessés ou pnsonniers.

Ne va pas te figurer que tous les régiments aient autant de mal que le 2^ tirailleurs; du reste, maintenant que la fortune penche de notre côté, on peut espérer que les rencontres seront moins meurtrières.

Je crois que de Clédat s'en est sorti, mais je n'en suis pas très sûr.

ïrochu, Mac-Mahon, Lebrun et l'Empereur sont ici au camp.

Cinq cents wagons vides sont à la gare prêts à nous porter en quatre ou cinq heures sur le théâtre sérieux de la guerre. On attend l'ordre du départ : les soldats murmurent de leur inaction et nous allons quitter avec ivresse cette plaine ennuyeuse pour courir au feu.

Je vais bien, mais j'ai pris un fort rhume de cerveau et le nez rouge. Je vais effrayer les Prussiens : je laisse pousser ma barbe.

I. Maniai Dafour, son camarade de pro:nJtioa, soiis-lieiUenaiU au 2^ lirailieurs al(|(''riens, tué le 0 août à Reichshoffen.

- «9 - Voici mon adresse : M..., au 4^ de marine, année du Rhin, 12= corps, 3* division, camp de Chàlons. Faire suivre.

Adieu. Je crois qu'il y a du nouveau : on bat la marche.

Relhel, mercredi 24, soir.

Depuis ma lettre où je te parlais de Gabriel, nous sommes allés à Reims. Le surlendemain nous avons bivouaqué je ne sais où. En ce moment, il pleut à verse et nous sommes à Rethel ou plutôt près de la ville, car il n'y a ici ni arbres, ni maisons pour s'abriter. En ce moment, nous marchons beaucoup et à travers champs. Depuis deux jours je me nourris de biscuit et de chocolat ou de fromage.

Je ne sais trop ce que je dis, je suis fetigué, ému, exalté, etc. Oh ! ces Prussiens !

Il ne faut t'atlendre à recevoir toujours des lettres, ni régulièrement, le service se fait à peine.

On me dit que Dufour et Clédat sont tués ; j'espère encore, car beaucoup qu'on a vus tomber sur le champ de bataille sont prisonniers, ayant été blessés seulement.

Sur les grandes routes, je rencontre des masses de camarades. Oh ! comme nous les allons battre : tout le monde est d'une impatience difficile à maintenir.

Gabriel a été décoré : je ne l'ai pas revu '.

Nous partons sans doute cette nuit. Pour où ?

Sedan, le 5 septembre.

Ecrite presque illisiblement aii crayon.

Mon cher Père, Je ne sais si ma première lettre vous est parvenue. Je suis vivant ; je n'ai qu'une petite blessure. Nous sommes tous prisonniers. Je ne puis en dire davantage.

Faucher est en bonne santé ; prévenez sa famille. Rassurez tout le monde qui m'aime.

Tout a vous.

Joseph d'Algay.

Sedan, le G septembre.

Chère sœur, Voilà la quatrième lettre que je vous écris. Vous parviendra-t-elle ? Celle-ci va partir par la Belgique.

I. Nommé chef de bataillon au 3^ régiment d'infanterie de ligne le 6 novembre 1870, le commandant Gabriel Abjay est mort des suites de blessures reçues à Saint-Uueiilin.

Je me répète forcément ne sachant si les autres vous sont parvenu'fes.

Nous avons été battus après une bataille de quatre jours et on nous a fait entrer dans la place de Sedan, vraie souricière d'où nous n'avons pu sortir. Nos généraux ont complété notre faute en se rendant à' discrétion : nous sommes donc tous prisonniers. Les officiers peuvent rentrer chez eux ; mais je n'accepte pas les conditions. Je ne sais où nous allons être envoyés. Je n'ai rien : quand il y aura possibilité, je vous demanderai de l'ai^gent.

Je n'ai "qu'une blessure insignifiante à la jambe : je suis à l'ambulance, mais bientôt je vais rejoindre mes malheureux camarades. Nos régiments de marine se sont noblement conduits, de l'avis même des Prussiens. J'ai conscience d'avoir fait mon devoir.

Fais dire a Faucher à Brives, à la poste, que son frère est en bonne santé ; Teullères a disparu. Je n'ai pas de nouvelles de G...

Quelle honte ! toute la belle armée de Ghâlons prisonnière : plus de 100,000 hommes.

Quand je pourrai, d'autres nouvelles.

Je t'aime et t'embrasse. Mille choses k tous ceux qui s'intéressent à moi.

Sedan, le lo septembre.

* Reçue à Juillac le i4 septembre 1870, après le retour de Joseph.

Cher papa.

Je voudrais bien avoir de vos nouvelles, mais je crois que vos lettres ne me parviendront pas et puis je crois que je vais quitter Sedan incessamment. Je suis presque entièrement guéri, seulement je ne puis encore me chausser. Vous voyez que ma blessure était insignifiante ; mais il faut bien remercier le Ciel, car, réellement, au milieu des obus, des balles et des boulets, il y avait juste la place de passer : il faut dire que nos régiments ont été partout et tout le temps ; aussi ont-ils été assez maltraités.

Il n'v a plus guère ici que les blessés et les Prussiens ; tous nos hommes ont défilé désarmés, je ne sais pour où. Les officiers aussi ont quitté la ville pour se rendre prisonniers. Je vais demander k rejoindre ceux de mon régiment.

Je suis plus calme aujourd'hui que lorsque je vous ai envoyé mes premières lettres, mais je n'en pense pas moins. Tout ce que j'ai k vous dire, je le réserve pour le jour où j'aurai le bonheur de vous revoir.

Nous savons quelques nouvelles par la Belgique : la proclamation de la République, l'organisation de la résistance de Paris, etc.. Je pense que I\... et L... partiront cette fois, car la France ne peut rester

avilie comme elle l'est maintenant et il faut le concours de tout le monde.

Il y a ici trois officiers de mon régiment, blessés, que leur état fera sans doute partir avec moi : de cette façon, je ne serai pas isolé.

On est en vacances en ce moment-ci. Elles doivent être un peu tristes partout. J'éloigne de mon idée le bonheur qu'il y aurait à être tous réunis. Cette pensée me rendrait trop triste. Cette lettre partira sans doute par Bouillon (Belgique); je n'affranchis pas, je n'ai pas de timbre.

Joseph d'Algay, malgré sa blessure, parvient à s'échapper des mains des Allemands et se rend à Juillac. Mais son impatience de combattre ne lui permet pas d'attendre sa complète guérison. A peine se sent-il en état de marcher à l'aide d'une canne, qu'il rejoint le dépôt de son régiment à Toulon. Le lendemain de son arrivée, 29 septembre, il écrit à sa famille :

Toulon, 3o septembre 1870.

J'ai fait un excellent voyage et je suis arrivé hier à 10 heures à Toulon.

Nous avons au régiment pas mal de recrues, presque tous des engagés volontaires ; on les exerce activement et ils partent pour l'armée de la Loire par compagnies détachées de deux cents hommes.

Il y en adeux qui vont partir incessamment, je serai probad^lement placé à la troisième.

Les nouvelles sont bien mauvaises ; on annonce ce matin la reddition de Strasbourg.

Mon pied va très bien, mais je n'ai pas voulu encore me chausser.

Nous n'avons guère ici en fait de capitaines que les vieux en retraite qui ont repris du service.

Pour la régularisation de ma position, il faut que vous m'envoyiez la pièce suivante :

K M. de Joyet, docteur en médecine, déclare que M. d'Algay (Joseph), atteint d'un éclat d'obus au talon gauche, était en état de rejoindre son corps le 28 septembre. »

Vous ferez légaliser la signature du médecin par le maire, qui ajoutera : ce Vu bon pour rejoindre à Toulon, le 28 septembre. »

Vous m'enverrez cette pièce au plus tôt; elle est nécessaire pour décompter (ixactement la solde à laquelle je puis avoir droit pendant les jours que j'ai passés près de vous.

Toulon, le i3 octobre.

Je ne sais comment cela se fait, mais je n'ai reçu qu'hier la lettre de papa, datée du 3.

Peu de jours après mon arrivée, on a envoyé d'ici trois compagnies k l'armée de la Loire; mon état ne me permettait pas d'en faire partie, du reste les places étaient prises. Mais, au premier départ, c'est mon tour de marcher; du reste, il n'y aura guère à choisir, car je suis en ce moment le seul lieutenant présent à Toulon.

J'ai repris mon service et je marche sans difficulté ; j'ai une chaussure qui est parfaitement installée pour éviter tout frottement.

Je m'ennuie un peu ici, car je n'ai aucun de mes amis; heureusement qu'il y a encore quelques officiers de marine que j'ai connus dans mes voyages ou à Bourbon ; je passe avec eux le temps que le service me laisse libi'e.

Je suis parvenu à me procurer un sabre en le payant bien cher ; il m'était impossible de me servir de celui de M'"* de la B...

Ici nous n'avons guère que des engagés volontaires. Ils sont remplis de bonne volonté et d'une instruction facile.

Il doit commencer k faire frais k Juillac : quoique k Toulon la chaleur soit encore bien forte, je ne saurais te dire combien la campagne d'hiver m'effraie. J'ai une peur réelle du froid pour la plupart de mes hommes habitués aux climats les plus chauds.

Nous avons reçu des nouvelles de beaucoup de nos camarades prisonniers k Neubourg, Magdebourg, Stettin, etc. ; ils sont bien malheureux. Un de nos généraux de brigade, M. Martin des Pallières, est parvenu k se sauver, il a été nommé général de division et commande aux environs de Nevers.

Je n'ai pas de nouvelles kt'annoncer, je me contente de t'embrasser. Adieu k tout le monde.

Ton fi-ère qui t'aime,

Joseph.

J'ai reçu le certificat du médecin, il est très bien.

Toulon, le 17 octobre.

Je suis désespéré, je reçois a l'instant l'ordre de partir avec quatre compagnies pour porter secours k la Martinique, car les nègres se sont révoltés.

Je pleure de rage, mais je ne sais comment faire pour éviter ce

départ : nous ne sommes que deux lieutenants. J'ai à peine le temps de me retourner; le départ est pour cette semaine. A plus tard d'autres détails.

Toulon, le 19 octobre, soir.

(Le beau temps après la pluie.) Je ne pars plus pour les Antilles ; on y envoie les quelques officiers qui ont signé. — Il n'y en a aucun de Toulon, tous du 3*. — Je vais filer incessamment vers la Loire ; nous armons, nous équipons, nous instruisons tout à la fois. Ah ! il n'y a guère de temps à perdre, mais aus.si, ça presse, ça presse.

Bonnes nouvelles de nos camarades en campagne.

Nous soutiendrons notre bonne réputation.

Inutile de me parler dorénavant de ma petite blessure : je n'ai jamais eu d'aussi bonnes jambes qu'aujourd'hui.

Et les mobiles de la Corrèze ! Où en sont-ils ? Si je puis les rencontrer, je tâcherai de leur faire voir comment il faut se battre. Je suis persuadé qu'après la première hésitation, ils marcheront bien ; je crois qu'en ce moment le courage ne manque à personne.

Enfin, je jubile et je brûle de voir arriver l'ordre du départ, car, une fois en route, je sais que nous serons bientôt en vue de l'ennemi.

De revolvers, il ne faut pas en parler, il n'y en a pas.

Légers troubles à Toulon : tu verras les journaux. Adieu.

Toulon, mardi soir, 20 octobre.

Enfin je repars, l'ordre est arrivé cet après-midi de prendre demain matin 26 le train de 6 heures du matin.

J'ai l'honneur de commander une compagnie de deux cents hommes. Cette position pourra me servir à passer capitaine à l'issue de la campagne. Je ne sais pas trop 011 nous allons : je vous écrirai dès que je pourrai.

Laisse mes effets chez ma propriétaire, M™* Aillaud, boulevard Saint-Louis, 87.

Excusez-moi du peu de détails : j'ai mille millions de choses à faire et puis ma plume ne va pas.

D'après mes informations, je crois que nous allons d'aijord dans la direction de Bourges. Ensuite qui sait ?

Je pars cette fois comme le sage emportant tout avec ou plutôt sur moi.

Je suis tout fier de mon petit commandement : j'ai deux officiers pour me seconder. Mes hommes sont magnifiques et bien armés, mais

mal équipés, car les magasins n'ont plus pour tout le monde les vêtements en nombre suffisant. C'est égal, j'ai trente- et un évadés de Sedan qui brûlent de prendre leur revanche. On tapera dur.

Je vous embrasse avec affection. Adieu à tout le monde.

Votre fils qui vous aime.

On ne trouve plus de timbres ici.

Bourges, le 28 octobre.

Nous sommes arrivés à Bourges ce matin à 3 heures. Nous sommes installés près de la ville. Nous allons partir demain soir ou aprèsdemain matin pour rejoindre nos bataillons qui battent la campagne en première ligne, dans les environs d'Orléans, je crois.

J'ai été heureux de rencontrer à mon arrivée ici les mobiles de la Haute- Vienne. J'y ai rencontré une foule de mes camarades de Limoges et d'ailleurs : Roudaux, de Coux, Lépinard, Laurent, de Lassât, etc.

Peut-être un jour verrai-je la Corrèze !

Pendant tout notre voyage, nous avons eu une pluie incessante : elle continue ici.

Je me porte comme un charme, sauf un polisson de rhume que le voyage m'a fait pincer; je n'ai réellement pas de chance de ce côté.

Adieu, je t'aime et t'embrasse.

Joseph.

Argent, le i" novembre 1870.

Nous avons campé et couché avant-hier à Henrichemont, hier k Aubigny, aujourd'hui nous avons rejoint le corps d'armée du général des Pallières et nos bataillons de marine. Pendant toutes nos journées de marche, pluie battante : on campe dans un pied de boue.

Rien de nouveau : quelques coups de fusil isolés. Effet effroyable et terrifiant produit par la capitulation de Bazaine.

Je vais très bien. Ecrivez-moi k tout hasard : Armée de la Loire, i5^ corps, 4* régiment d'infanterie de marine. Camp d'Argent (Cher).

Adieu, je t'embrasse,

Joseph.

Châteauneuf, le 8 novembre.

Ma chère sœur,

Les événements vont probablement se précipiter pour nous ces joursci. Hier nous avons passé la Loire k Sully ; demain matin, nous mon-

— 9-^ — tons encore. Je crois qu'il doit y avoir jonction des i5'^ et iG' corps pour attaquer Orléans.

Tout irait bien sans ce maudit froid. Oli ! quelles nuits l'on passe, surtout lorsqu'on est de grand'garde comme j'étais hier et qu'il est défendu d'allumer du feu pour ne pas se faire voir, car il faut te dire que depuis deux jours nos avant-postes et ceux des Prussiens sont complètement enchevêtrés : on se croise, on se rencontre, mais par petits groupes.

Je laisse aux télégrammes officiels le soin de vous raconter les combats héroïques où il y a un tué, trois blessés et quelques chevaux pris, etc.

Adieu à tout le monde. Je vous embrasse tous.

Joseph.

Ce soir je couche dans un lit. Nous sommes campés dans le parc du château et la ville est à deux pas.

Adresse : 4* de marine, i5= corps, indivision, Ghàteauneuf (Loiret) ; faire suivre.

Chevilly, lo novembre, soir.

Ma chère soeur,

La victoire d'hier a dû produire un bon effet au pays : elle électrise nos troupes. Nous avons marché toute la journée d'hier au son du canon ; il fallait cela pour soutenir notre courage et nos forces. Pluie battante, quarante kilomètres à travers champs où l'on enfonçait jusqu'au genou ; on n'a pas eu besoin de notre division pour achever la déroute. On nous a fait marcher pour couper la route aux Prussiens et ramasser tout ce qu'il en restait dans les villages autour d'Oi'léans. Nous avons campé dans les faubourgs de la ville, évacuée depuis le matin.

Aujourd'hui, quand nos premières colonnes arrivaient à Chevilly, la queue des Prussiens venait d'en sortir ; nous les poursuivions littéralement l'épée dans les reins. Je compte que nous allons les poursuivre jusque sous les murs de Paris et qu'une attaque sera combinée avec la garnison qui sortira en masse.

Je prie Dieu que la fortune se tourne un peu vers nous. Bon espoir, moral excellent chez nos troupes.

Je t'écris de chez un meunier avec un bon feu dans la clieminée. Je crois que nous allons partir dans la nuit. On rétablit télégraphe et chemin de fer jusqu'à Artenay.

Adieu, je t'embrasse affectueusement.

Joseph.

Clievilly, i3 novembre.

Mon cher père,

J'ai reçu hier et aujourd'hui vos trois lettres à la fois : j'en ai été bien heureux.

Rien de bien important. Toujours ici. On attend que nos troupes soient concentrées pour pousser en avant.

Savez-vous que nous ne sommes qu'a 112 kilomètres de Paris? trois jours de marche !

Je n'ai pas encore vu M. de B.... et il doit être près de moi pourtant. Mais c'est une vraie cohue que notre camp. Il est bien difficile de trouver qui l'on veut, surtout dans la cavalerie, qui est presque toujours en reconnaissance aux environs.

Le beau temps semble revenu, mais nous sommes encore dans un pied de boue.

Adressez vos lettres : 10'= corps, i""^ division, i""® brigade, 4' de marine, Chevilly (Loiret) ; faire suivre.

Joseph.

Mon cher père.

Nous partons demain dans la direction de Pithiviers, à moins que les Prussiens ne préviennent notre mouvement, en nous attaquant ici. Une attaque de leur part n'aurait rien d'extraordinaire, car nous avons en avant de nous notre bataillon du 2' qui tiraille dans la direction d'Artenay. Mais je pense que ce ne sont que de petits engagements d'avant-postes, car jusqu'à présent nous n'avons pas reçu l'ordre de marcher.

On a bon espoir ici : je ne puis me rendre compte de nos forces, car les divisions sont échelonnées sur une ligne de bataille très étendue. Je compte néanmoins que nous avons des forces assez sérieuses.

Je vais très bien et le repos que nous avons pris à Chevilly a soulagé nos troupes. Mais il pleut constamment et on est littéralement campé dans un pied de boue. Comme ma compagnie est à cent pas du village, je couche fréquemment à l'abri dans une maison de braves gens.

Je suis chaudement couvert pour pouvoir dormir sans trop souffrir du froid ; j'en suis quitte pour avoir une charge pendant les routes.

Voyez un peu le nombre de mes enveloppes : une sous-ventrière de flanelle qu'on a donnée à toutes les troupes, une forte chemise de flanelle, un gilet d'uniforme, un joli tricot rouge avec manches, une bonne tunique boutonnée, ma capote, et enfin une épaisse couverture de voyage que je porte en sautoir et dont je me couvre la nuit. Je porte en outre deux caleçons ; un collant et un large.

Je uai pas de uouvellesde R.... ; il doit trouver bien dure la vie des camps. Pas vu M. de B....

Un bon souvenir à tout le monde.

Je vous embrasse.

Joseph.

Même adresse à Chevillj jusqu'à nouvel ordre.

Lourv, 27 noyembre. Ma chère sœur,

Reçu hier ta lettre. Nous sommes ici depuis deux jours ; on pousse des reconnaissances de tous les côtés ; petits combats de détail.

Rien de bien important ; j'espère avant peu t'annoncer pas mal de nouvelles.

Bonne santé. Il ne fait plus aussi froid.

Je vous embrasse.

Joseph.

Ici s'arrête la correspondance de Joseph d'Algay. Le 4 décembre, notre brave officier corrézien mourait au champ d'honneur la gorye trouée par une balle reçue à bout portant, alors que quelques faibles détachements d'infanterie de marine, jetés dans le faubourg Bannier, permettaient au gros de l'armée de la Loire d'évacuer Orléans.

Il semblait avoir pressenti cette fin. N'avait-il pas écrit en date du 20 janvier i865, de l'école Sainte-Geneviève où il préparait son examen de Saint-Cvr : « Si je suis militaire, comme je l'espère, il faudra peut-être un jour mourir sur le champ de bataille; soyez sûr alors que votre fils saura mourir en enfant chrétien et en soldat français ! »

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