‹ Les dames de RibeaupinChapitre 16 sur 16 · DERNIER ACTE · texte numérisé non relu

DERNIER ACTE

Trois jours après la première représentation du Homard mélomane, vers cinq heures de l'après-midi, madame de Ribeaupin était assise au chevet d'Estelle. La jeune fille doublement atteinte dans son amour par Tabandon de Rochebry, dans son orgueil par la chute éclatante que nous avons racontée, subissait les pre* miers symptômes de ce mal terrible qu'on nomme fièvre cérébrale. Les médecins ne s'étaient pas encore prononcés, et tous les efforts tendaient à conjurer cette redoutable maladie. Mais ces efforts paraissaient devoir être impuissants, car Estelle éprouvait une faiblesse telle qu'elle semblait toucher à la mort, et déjà le délire s'emparait de son cerveau. Madame de Ribeaupin ne voulut permettre à personne de lui prodiguer des soins. Charlotte avait proposé d'établir auprès de sa sœur une garde-malade.

— C'est moi seule qui veillerai sur elle, avait dit madame de Ribeaupin

Et, se réhabilitant en quelque sorte par Fardoiir qu'elle apportait à accomplir son devoir maternel, elle s'enferma dans la chambre d'Estelle, se jurant de ne la quitter qu'après l'avoir sauvée. Les épisodes des jours précédents avaient exercé sur madame de Ribaupin une influence aussi salutaire qu'inattendue. La fuite d'Adrienne, l'échec retentissant d'Estelle, le déshonneur de Charlotte, la conduite du baron Drivonne et de Rochebry, tout cela fut suffisant pour lui ouvrir les yeux et lui démontrer l'inanité et Tinfamie des espérances qu'elle avait fondées sur la beauté de ses filles. Jusqu'à ce jour, elle s'était crue une femme habile. Q lui était maintenant prouvé qu'dle avait été crédule jusqu'à la bêtise, jouée tout à la fois par ses filles, par leurs amants, par Dervaux, et que seule Adrienne n'avait pas manqué à ses devoirs et au respect qu'elle devait à sa mère. Elle avait eu foi dans le talent d'Estelle, dans la générosité de Charlotte, dans la noblesse de sentiments de Drivonne et de Rochebry. Elle possédait maintenant la conviction que la première était sans talent, la seconde sans cœur et les deux hommes qui les avaient séduites sans dignité. Charlotte surtout avait trompé toutes ses espérances. En devenant la maîtresse de Drivonne, elle était devenue dure» hautaine, insolente, et sa mère ne trouvait plus chez elle cette déférence qui est le premier et le plus vulgaire devoir des enfants envers leurs parents. Ainsi,

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tout lui manquait à la fois^ et tout aussi, sa maison vide et Estelle étendue mourante devant elle, lui rappelait les malheurs sans nombre qui, avec la fortune, étaient entrés dans sa demeure.

— Ah ! l'expropriation nous a été fatale, pensaitelle.

Et, comparant les jours présents aux jours passés, elle était obligée de reconnaître que ceux-ci étaient préférables à ceux-là, et elle regrettait presque de n'y être plus. Cependant, tandis qu'elle veillait sur Estelle, la malade s'était assoupie. Madame de Ribeaupin, qui étudiait avec anxiété les progrès du mal, se leva et fit quelques pas dans la chambre. En quelques jours, elle avait beaucoup vieiUi. Malgré son âge, elle était jusqu'alors restée en possession de la santé qui est le charme des vieillards. Maintenant, aux rides de son visage, à ses traits décomposés, à son corps courbé , on devinait qu'elle avait reçu un de ces coups desquels on ne se relève pas. Un journal se trouvait sur un guéridon. Machinalement elle le prit, l'ouvrit et ses yeux tombèrent sur un article intitulé : Les débuts de mademoiselle Estelle de Ribeaupin au théâtre des Drôleries- Parisiennes. Elle le lut avidement et lorsqu'elle eut fini, la feuille imprimée, à laquelle une intention malveillante avait seule pu ouvrir les portes de cette chambre, s'échappa de ses mains tremblantes. C'était un amas d'ironies cruelles, de critiques exagérées à l'adresse de sa fille.

— Cest infâme ! murmura-t-elie.

Elle ne songeait pas que l'artiste, en livrant noaseulement son talent et son nom, mais encore sa personne à la publicité, justifie à l'avance la plupart des attaques dont il est l'objet. Assurément, en blâmant Estelle, l'auteur de l'article avait dépassé la mesure, mais s'il l'avait dépassée dans le sens de l'éloge, qui donc aurait songé à s'en plaindre? Le journal gisait sur le sol. Madame deRibeaupin le ramassa avec l'intention de le faire disparaître, afin qu'il ne pût être mis sous les yeux d'Estelle, à laquelle il aurait fait le plus grand mal. Ses yeux s'attachèrent de nouveau à cet article sans pitié. Mais soudain elle pâlit et se laissa aller épuisée sur une chaise. C'est que, quelques lignes plus bas, sous cette rubrique : Déclarations de faillites, elle venait de lire ces mots : Dervaux^ marchand de nouveautés, ayant exercé le commerce, rue de la Chaussée-d'Antin, aujourd'hui sans domicile connUy et au dessous : Ribeaupin (baronne), ayant exercé le commerce en qualité d'associée de Dervaux 13, rue de Marignan.

— C'est impossible, s'écria-t-elle, l'association a été rompue.

Elle croyait s'être trompée. Elle relut. Son nom y était bien en toutes lettres* Alors elle fondit en larmesé

— Ruinée! déshonorée! mon nom doublement compromis! Que faire? se disaît-elle. Qui me conseillera?

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Consulter Drivonne, il n'y fallait pas songer. Depuis que Charlolte avait exaucé ses désirs, il ne, témoignait plus à madame de Ribeaupin qu'un dédain humiliant. Rochebry n'avait pas reparu. D'ailleurs, c'était un fou. Elle ne se [défiait pas moins de l'opinion de Charlotte qui n'avait plus aucun intérêt à donner un conseil sincère.

Soudain un nom se présente à sa pensée, celui de Gaston Rivière. Le jeune avocat qui avait défendu devant le jury d'expropriation les intérêts de la famille de Ribeaupin, qui aimait Àdrienne, ne refuserait pas d*aider la mère de sa fiancée de ses conseils et de ses lumières. Elle se rappelait son adresse et lui écrivit sur-le-champ afin, de le prier de passer chez elle pour affaire urgente. Gaston se présenta dans la soirée. Pressé d'unir sa destinée à celle d' Adrienne, il avait saisi avec joie l'occasion qui s'offrait à lui de se rapprocher de madame de Ribeaupin. Il devinait de quoi il s'agissait, car le bruit de la mise en faillite de la maison du Diable-Boiteux et de Dervaux avait déjà circulé dans Paris..

Sans s'arrêter à faire aucune aucune allusion au passé, madame de Ribeaupin lui dit :

— Je ne suis pas heureuse, monsieur, et j'ai cru que je pouvais compter sur votre dévouement.

— Vous avez eu raison, madame, répondit Gaston, qui ne voulait plus se souvenir des mauvais procédés de madame de Ribeaupin.

Alors elle lui exposa sa situation.

— J*ai été Tassociée de H. Dervaux, dit-elle en finissant ; mais je ne la suis plus. 'Pourquoi donc sa faillite entraînerait-elle la mienne ? Ne suis-je pas déjà assez cruellement éprouvée ? Ce désastre me laisse absolument ndnée.

— }i. Dervaux est en fuite depuis huit jours, madame, dit Gaston, et vous étiez seule à lUgnorer. Ses magasins sont fermés. Le coquin a réuni toutes les sommes dont il a pu disposer, y compris six cent mille francs qui lai avaient été comptés par la Ville pour l'indemniser du dommage que l'expropriation de ses magasins pouvait lui causer, et il s'est réfugié en Belgique à la veille d'une échéance formidable. Les créanciers lésés ont demandé au tribunal de commerce, qui l'a rendu, un jugement déclaratif de faillite. Le syndic désigné a pris aussitôt connaissance des livres. Il y a vu figurer votre nom comme associée de M. Dervaux à une époque où les affaires de ce dernier étaient déjà en désarroi, et c'est jusqu'à ce temps qu'il a fait remonter la faillite. C'est ainsi qu'il a pu obtenir du tribunal que vous seriez condamnée à partager le sort de Dervaux.

— Mais c'est une injustice î s'écria madame de Ribeaupin, puisque lorsque je suis devenue l'associée de Dervaux, sa position était compromise, puisque, j'ai été trompée par lui, et que, sans avoir rien reçu, sans lui rien devoir, j'ai versé dans sa caisse plus de cent mille francs.

— Ce sont là, madame, les considérations que je

ferai valoir auprès du syndic d'abord, et ensuite auprès du tribunal, à qui nous demanderons de déclarer son jugement nul et non avenu en ce qui vous touche.

— Ah ! monsieur, vous serez mon sauveur I s'écria madame de Ribeaupin. Je vqus ai peut-être méconnu, et néanmoins vous venez à mon aide quand tout le inonde m'abandonne !

— Vous êtes la mère de celle que j'aime, madame, répondit Gaston. Je vous dois le secours que je vous apporte. Mais, de votre côté, ne voudrez-vous pas donner votre consentement 7

— Mais je suis ruinée 1

— Je le sais, madame.

— Et vous prendrez Adrienne sans dot ?

— Je ne veux qu'elle.

— £t vous savez ce qu'ont fait ses sœurs ?

— Je le déplore. Mais elle ne peut en rien être atteinte par Tinconduite de ces demoiselles.

— Je suis cruellement punie, dit madame de Ribeaupin« Charlotte m'abandonne, Estelle se meurt et Addenne...

s^ Adrienne I consentez à notre mariage, et demain je vous la ramène douce et dévouée comme autrefois, prête à vous seconder dans les soins que vous donnez à Estelle.

Madame de Ribeaupin n'eut pas le courage de ré* pondre. Mais elle tendit la main à Gaston, qui la prit et la serra avec un attendrissement mêlé de pitié. Il sortit ensuite afin de s'occuper des intérêts de madame

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de Bibeaupin, et de ramener Adrieime, ainsi qu'il te lui avait promis.

Le même jour, dai}3 la soirée, tandis (jue loadame de Hibeaupio, brisée par la douleur que lui (^usaient les maux successif qui la frappaient, effrayée par la ruine, terrifiée par les progrès rapides et alarmants de la maladie d'Estelle, s'abandonnait aux larmes et aux regrets, elle regut une visite h laquelle elle s'était loin de s'attendre ; celle de son frère, l'abbé Mérille. Prévenu par Gaston de ce qui se passait dans la maison de sa sœur, poussé par son inépuisable charité, le digne prêtre, oubliant tous ses griefs, s'était empressé d'accourir les lèvres pleines de paroles consolantes. Loin d'adresser des reproches à sa sœur, il lui prodigua l'affection la plus tendre, la plus dévouée, et lui annonça que le lendemain Adrienne; accompagnée par Guillaume Hondet, rentrerait à Paris et reviendrait prendre sa place auprès de sa mère, afin de la seconder dans les soias que nécessitait Estelle,

Madame de Ribeaupin, qui ne se dissimulait plus qu'elle avait été injuste et cruelle envers son frère, ne put; en le voyant accourir auprès d'eUe, retenir son étonnement.

— J'ai tout oublié, ma sœur, pour ne me souvenir que de vos peines, répondit-il. Je vous avais annoncé que Dieu frapperait un grand coup parmi votre feiaille pour vous rappeler vos devoirs. Sa main s'est appesantie sur vous. Résignez-vous, et nfi voyeZjt dans la

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douleur qui vous déchire l'âme, (pie Texplatlôn qui tous est imposée Ici-bas.

En entendant ce langage dont elle était depuis longtemps déshabituée, madame de Ribeaupin tressaillit. Mais son Coeur était en ce moment livré à Tépouvante plus encore qu'il notait prêt pour ces conseils dont elle ne pouvait comprendre toute la vérité. L*abbé Mérîlle devina bien que ce langage n'était toléré par madame de Ribeaupln que parce qu'elle avait peur. Q jugea que l*heure n*était pas encore venue de travailler k la transformation de cette femme dont là légèreté, l'imprudence avaient causé toutes les câtas'trophes qu^elle subissait, et il attendit du temps une occasion meilleure' pour entreprendre une conversion qu'il avait doublement k cœur de conduire à bonne fin.

L*état d'Estelle s*aggravant de plus en plus, 11 ne voulut pas quitter sa sœur et la laisser seule durant cette nuit. Il reçut les médecins qui Se présentèrent vers minuit. Il apprit par eux qu'une crise était imminente et que si Estelle y échappait, elle serait sauvée. Mais ils n'osaient se prononcer dans un sens ou dans un autre sur le résultat de cette crise redoutable. Le lendemain, Adrienne arriva de bonne heure accompagnée par Guillaume Rondet. Elle n'avait pas vu Gaston, mais elle savait par une lettre de son oncle que madame de Ribeaupln consentait à son mariage. La maladie d'Estelle, la douleur de sa mère troublèrent seules le pur bonheur qu'elle aurait goûté ce jour-là.

Elle s'installa au chevet de sa sœur et madame de Ribeaupin fut de la sorte soulagée. Mais les soins dont Estelle était l'objet devaient rester infhictaeux. La crise que les médecins avaient prédite éclata terrible et presque foudroyante^Depuis trois jours, la malade n'avait pu prendre aucune nourriture. Sa faiblesse était extrême et durant les courts sommeils qui venaient fermer ses yeux des paroles sans suite et sans signification s'échappèrent de ses lèvres. Ce délire s'accrut et devint de la furie. 11 fallait se mettre à quatre pour la tenir. Elle appelait Rochebry , Charlotte; elle parlait de la pièce dans laquelle elle avait débuté et récitait des vers du Songe d*Athalie. Ce fut pendant un de ces transports effrayants qu'elle mourut. La veille de sa mort, l'abbé Mérille, profitant d'un moment où elle était paisible, lui avait administré les derniers sacrements. Au moment où elle venait de rendre le dernier soupir, Charlotte apparut ; mais en voyant autour de sa mère, essayant de calmer sa douleur, Adrienne, Gaston, Guillaume Rondet et l'abbé Mérille, elle ne fit que traverser la chambre, comme si elle n'eût pu supporter leur présence.

Deux mois plus tard, Adrienne et Gaston se marièrent. La cérémonie eut lieu dan3 la petite chapelle des Carmélites et fut célébrée par l'oncle Mérille. Quelques-uns des amis de Gaston et Guillaume Rondet furent les seuls témoins de ce mariage, auquel madame de Ribeaupin, considérablement affaiblie par

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les émotions qu'elle venait de subir, ne put assister, et auquel Charlotte n'avait pas été conviée. Le même jour les nouveaux époux partaient pour la ferme de Villiers-les-Pommes. Avant de quitter Paris, Gaston était parvenu, à force de démarches, malgré les efforts de la]Benott, créancière principale de Dervaux et ennemie intime de madame de Ribeaupin, à faire annuler le jugement qui déclarait celle-ci en faillite. Mais en la sauvant de ce péril extrême, il ne put lui rendre la fortune qu'elle avait perdue, car les créanciers de Dervaux ne touchaient pas le dixième des sommes qui leur étaient dues, ce qui réduisit sa part à dix mille francs. L'ancien propriétaire de la maison du Diable Boiteux passa de Belgique en Hollande, et depuis Ton n'entendit plus parler de lui.

Installés pour trois mois à la ferme de Rondet, le premier soin de Gaston et d'Adrienne fut d'écrire à madame de Ribeaupin, afin de la décider à venir au^* près d'eux. Ils espéraient que l'air pur des champs la remettrait complètement. Mais cette lettre ne la trouva pas à Paris. Au lendemain du mariage d'Adrienne, Charlotte, furieuse de n'y avoir pas assisté, et obéissant à des sentiments incompréhensibles, était venue chercher sa mère et l'avait emmenée avec elle dans une magnifique propriété, aux environs de Paris, qu'elle tenait de la générosité du baron Drivonne sur lequel elle prenait une influence chaque jour plus grande. Mais cet accès de piété, ou de générosité, ou d'orgueil dura peu. Lassée d'avoir à subir la société

SIS LES OAMBS DB RIBBAUPIN

de cette femme âgée, dont te préseûce glaçait tous ses plaisirs, elle la relégua dans im pavillon âldgné du cbAteau qu'elle habitait elle-même. C'est de là que madame de Ribeaupin, ayant séduit la femme spéciale^ ment attachée à son service» partit un matin pour rejoindre Âdrienne.

Le jeune ménage, dont le bonheur était sans trouble, la reçut avec joie. Orftce à ses enfants, grftce à son frère qui venait fréquemment à la ferme, grâce à Guil^ laume Rondet lui**méme, elle connut enfin les vraies joies de la famille, et ses derniers jours y puisèrent l'oubli, le repos et aussi le repentir. Elle mourut dans le courant de la même année. Gaston fit connaître la nouvelle de sa mort à Charlotte et ne reçut aucune réponse. La Ribeaupin, comme on l'appelait déjà, venait de partir pour Nice où elle comptait passer l'hiver.

Dix ans se sont écoulés depuis l'époque qui vit les événements que nous avons racontés dans les pages qui précèdent. Durant cette période, divers événements se sont accomplis qui sont comme le couronnement de cette histoire.

^ Gaston et Adrienne ont trois enfants. L'avôcata obtenu au barreau de Paris des succès qui l'ont enrl* CM et qui lui permettent d*élever honorablement sa famille. 11 a d'ailleurs en perspective pour elle l'héritage de Guillaume Rondet, chez qui les Rivière passent trois mois tous les ans et qui leur témoigne une ten*dresse toute paternelle.

Charlotte s'est enrichie. Mais elle a ruiné, OQ peu

c'en faut, le baron Drivonne, et lorsque, ne possédant plus ni argent ni santé, le malheureux a YU do^ vantjlui i'ouvrir Je gouffre de la misère, elle l'a contraint à lui donner son nom. Si vous vgule« voir le brillant baron Drivonne et savoir oe qu'il est devenu, aile? en hiveri vers une heure, dans le jardin des Tuileries, et si passe , se réohauf** faut au soleil, un grand vieillard maigri, à l'œil éteint, aux membres paralysés, étendu dans une chaise roulante que traine un laquaia en livrée, ditesvous :

— C'est lui.

Pendant que son mari traîne cette existence, à la^ quelle la mort serait préférable, Charlotte, entourée d'adorateurs qui ont oublié son passé ou qui ne s'en souviennent que trop, se promène à Paris, à Bade, à Spa, cherchant à justifier par l'excentricité de son caractère et de ses allures, par l'éclat de son luxe, les aventures galantes qu'elle eut autrefois, et qu'elle donne aujourd'hui à ceux à qui elle ne peut les cacher conmie le résultat d'une imagination trop vive et d'un cœur trop chaud. Elle est baronne, elle est riche, elle est belle. Quelle est donc la peine qui trouble sa vie? C'est que les femmes du monde ne veulent pas la recevoir. Les salons honorables de Paris restent fermés devant elle. Elle feint de braver l'opinion publique, mais elle éprouve une douleur très-vive en se voyant mise ainsi au ban des braves gens. Elle n'a jamais cherché à revoir Adrienne, à qui d'ailleurs son mari a

déclaré qu'elle devait se considérer coinme n'ayant plus de sœur.

Nous n'avons rien à dire du brillant vicomte de Rochebry : cocodès il était, cocodès il est resté.

Quant à l'abbé Hérille, il est toujours Taumônier des Carmélites. Seulement, le couvent, situé dans le faubourg Saint-Jacques, a été rasé pour cause d'utilité publique, et sur son emplacement passe un grand boulevard. Mais si le couvent a changé, Tabbé MériUe est resté toujours le même, à savoir une àme naïve et tendre, un cœur d enfant, sincère et enthousiaste, prompt à secourir les malheureux, en un mot, un prêtre selon l'Évangile.

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