ACTE QUATRIÈME
ANTOINE
Hé ! Quoi ?
LA MÈRE FRANÇOIS
Ça serait-il pas maintenant, d'aller chercher le curé?
ANTOINE
Non. Je ne veux pas.
LA MÈRE FRANÇOIS
Pourquoi que vous ne voulez pas ?
ANTOINE
Je ne veux pas, que je vous dis.
LA MÈRE FRANÇOIS
Est-il têtu, bon Dieu ! est-il têtu ! ... Toine !
ANTOINE
Quoi?
LA MÈRE FRANÇOIS
Et si c'est trop tard après, pour aller chercher le curé?
ANTOINE
Assez! assez! je ne veux pas. — Ah! v'ià le petit. (Le
petit Thomas, un paysan d'une douzaine d'années, vient d'entrer.)
Eh bieD, est-ce qu'elle vient?
LE PETIT
Oui, elle a dit qu'elle venait tout de suite.
ANTOINE, se levant sur son séant.
Ah ! passe-moi mon pantalon.
LA MÈRE FRANÇOIS
Bonté du ciel! Vous voulez vous lever à cette heure?
ANTOIN E .
Qu'est-ce que ça vous l'ait, à vous?
l. V MÈR E FRANÇOIS.
Je suis-t-y là pour vous garder, oui ou non ?
Allez-vous en! J'ai pas besoin de vous. Passe-moi mon pantalon, petit.
LA MÈRE FRANÇOIS
Ne lui donne pas. Ne lui donne pas... Voulez vous rester couché. (Antoine, épuisé, se laisse retomber.) A-t-On jamais
vu ça, un homme que le docteur a dit qu'il allait passer dans la nuit, (au petit.) Tu vas rester là, toi petit, et prends garde qu'il se lève pas; moi, je vais aller chercher le curé.
Elle sort.
ANTOINE, se redressant, au petit.
Passe- moi mon pantalon.
LE PETIT
Pisque grand'maman a dit que non.
ANTOINE
Veux-tu, nom de nom !
LE PETIT, effrayé, prenant le pantalon et le donnant à Antoine.
Ah! tenez, le v'ià.
ANTOINE, sur son lit, enfile le pantalon avec peine.
Passe-moi l'eau-de-vie. (Le petit ne comprend pas.) la bouteille qui est là sur le bahut, et verse un verre... Apporte, apporte donc, nom de Dieul
LE PETIT, obéissant.
Eh bien ! v'ià.
ANTOINE, épuisé de l'effort qu'il vient de faire, après être descendu du lit sur lequel il reste appuyé, boit le verre.
C'est bien ! fous-moi le camp, maintenant.
LE PETIT
Pisque grand'maman a dit...