‹ Les dames du Plessis-Rouge; pièce en cinq actes et six tableauxChapitre 121 sur 139 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

On va voir, on va voir. Faut s'acquitter à cette heure!

MARCELLE

Que demandez-vous, que voulez-vous?

ANTOINE, s'avançant vers elle.

Ce que je veux, ce que je veux... c'est vous.

MARGELLE

Moi?

ANTOINE

Oui, oui, vous ; votre bouche à baiser, votre chair à croquer, voilà ce que je veux. Ah! vous vous y êtes bien laissée prendre; vous avez cru que c'était pour quelques arpents de terre que je travaillais, pour avoir de la terre à moi comme les autres, les paysans de mon espèce. Ah I misère, ce qu'il m'en fallait de terre, c'est large comme vos épaules, et long de vos pieds à la tête, pour vous y coucher, et moi contre vous... Vlà ce que je voulais, et v'ià ce que je veux.

MARGELLE

Antoine, vous êtes fou.

ANTOINE

Vous voilà toute suffoquée, hein? Vous ne pouvez pas vous faire à cette idée qu'un homme comme moi ait osé jeter les yeux vers une femme comme vous. Pourtant, on n'est pas fait autrement que le beau monde, on a le même cœur et les mêmes entrailles, pourquoi donc qu'on n'aurait pas des goûts de riche comme les beaux messieurs, bien qu'on soit de la canaille:' Pourquoi donc qu'on ne voudrait pas aussi, un jour, se payer de la viande de maître?

Vous avez le délire; c'est ce que vous avez bu, là.

v N T OIN E .

Ah ' je l'ai bien gardé, mon secret, et vous ne vous doutiez il'1 rien, sans quoi; parbleu... Du jour que vous êtes arrivée au Plessis-Rouge, «lu premier jour, vous m'êtes entrée dans le sang, et je me suis mis ça la que je vous aurais. Dame! si j'avais voulu tout simplement me passer la fantaisie de vous, ah ! j'aurais bien pu : au fond du jardin là, dans les rosiers, je vous aurais jetée, et puis après, après... c'était fini; tandis que je voulais vous avoir tout a mon saoul... et profiter djg vous a la régalade, comme d'une belle fille qui se donne de complaisance à son amoureux, lit j'ai tiré les choses de loin. Pour commencer, la vieille, — pas la vôtre — la mienne: hein :'.. elle m'aurait gêné, et puis j'm'essayais à mes drogues, je ne perdais pas mon temps. Alors, quand ça a été le tour pour madame Richard, que je vous ai proposé de l'empoisonner, hein! uni' fameuse idée, pas vrai :' et j'u'attendais plus que la fin pour vous dire: minute, la belle, à nous deux, maintenant! Et je vous tenais alors, je vous tenais t'y bien? Et vous auriez eu beau faire la mijaurée!... Ah! misère de misère! faut-il que tout craque au dernier moment!

MARGELLE; avec dégoût.

Vous m'aimiez donc aussi, vous..., vous?

ANTOINE

Oui; moi. Ah! y en a eu qui ont tiré la langue après vous; mais y en a pas qui ont été plus goulus de vous que moi... jusqu'à en crever. C est-il pas de ça que je crève? — C'est histoire de vous voir la nuit dans votre chambre que je grimpais dans l'arbre qui est en face, et il y a deux nuits, quand il a tombé tant de neige, j'y étais, et pendant que vous étiez dans votre lit bien au chaud, et que je vous regardais dormir avec vos cheveux tout dénoués et votre bouche qui souriait, et votre poitrine qui battait, battait tout doucement sous le drap, il y avait la neige qui tombait, tombait sur moi. Quand j'ai voulu descendre de l'arbre, j'étais tout raidi; je suis tombé comme une masse, je suis resté dans la neige, cou-

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