ACTE PREMIER
MADAME MERLINET.
C'est tous les jours fête maintenant, chez les Valjuzon, ils ont du monde de Paris, et on danse tous les soirs.
MARGELLE
Ah ! On s'amuse là-bas. (Joseph paraît, tenant le chàle de machine Merlinet.) Tenez, chère amie.
MADAME MERLINET, prenant le châle.
Au revoir et à demain. A trois heures, n'est-ce pas, madame Richard sera ici ?
MARGELLE
A trois heures, oui.
MADAME MERLINET.
Nous serons là pour lui souhaiter la bonne arrivée.
Merlinet, sa femme et le curé sortent par la gauche. Un instant avant, Joseph e»t sorti par la droite, en emportant le café.
MARGELLE, seule avec exaspération.
Oh! quelle existence, quelle existence... en face de ces trois êtres qui m'obsèdent, ce prêtre borné et radoteur, ce médecin vulgaire et sa vipère de femme ! Et pour toute distraction, les querelles de mon mari et les sermons de ma belle-mère! Et il en sera ainsi, toujours, toujours ! E je resterai à végéter au fond de ce trou de province, sans
Une affection, sans Une joie! (Elle entend un bruit, et va à la
terrasse.) Une voiture! ah! oui, c'est le cocher qui vient de conduire mon mari à la gare. Tiens, mais qui vient
là... Monsieur de Chasseny. (Un temps... le bruit d'un cheval
qui s'approche.) Monsieur de Chasseny I c'est vous?
se km-: IX
MARCELLE, ROBERT, an instant ANTOINE.
ROBERT, à cheval sur la route, en contre-bas de la terrassa- . ( >n ne le voit pas.
Oui, madame.
A cette heure, sur la route?
ROBERT
Je voulais passer une dernière fois devant votre maison.
MARCELLE
Passer devant ma maison?
ROBERT
Je suis content de vous avoir revue une dernière fois.
MARC E L L E
Et moi aussi, monsieur de Chasseny, je suis contente de vous avoir revu. Adieu, bonne chance et bon voyage !
ROBERT
Adieu, déjà?
Nous ne pouvons pas continuer cette conversation du haut d'un balcon. Si l'on passait sur la route, que dirait-on?
ROBERT
Alors, dans ce jardin.
Mais, cher monsieur, vous n'y pensez pas ! Tlne visite à cette heure, mon mari en voyage.