ACTE PREMIER
riole de ma mort sur un champ de bataille une arrièreconsolation pour l'orgueil militaire de mon père.
MARGELLE
Et moi.
ROBERT, vivement.
Vous! M'aimeriez- vous donc?
MARCELLE
11 ne s'agit pas de cela. Mais de quel droit m'infliger le tourment de me sentir la cause involontaire d'un pareil coup de tète? Faut-il donc que les gens qui prétendent vous aimer ne s'ingénient jamais qu'à vous faire souffrir? Ah ! pourquoi m'avez-vous fait cet aveu ?
ROBERT
Pourquoi ! Parce que je ne suis pas un héros ! Parce que je ne suis qu'un homme. Parce qu'après mètre juré de me taire, je n'ai pas pu résister à cette force plus impérieuse que toute volonté, cette force qui vous pousse à crier à la créature adorée : Je vous aime. Je vous demande humblement pardon de cet élan brutal d'égoïsme, par lequel j'ai soulagé mon cœur, en oubliant qu'un galant homme doit toujours se garder d'évoquer des images lugubres, et de jeter une brume de préoccupation sinistre sur la pensée d'une jolie et charmante femme.
MARCELLE
Qu'il n'y ait pas de malentendu entre nous, monsieur de Chasseny. Ce n'est pas un simple cri de sensibilité superficielle, énervée, qui vient de m'échapper, quelque chose comme l'effroi d'un cauchemar. Je ne suis pas une coquette sans coeur, et c'est une sj'mpathie vive et sincère que j'éprouve pour vous. Je suis profondément troublée de vous voir partir avec des idées pareilles, et je vous supplie de revenir à la maison.
ROBERT
Adieu, madame. Merci de la sympathie que vous avez
3S LES l'\ M ES DU PLESSIS-ROUGE
bien voulu me témoigner ; merci de la douceur avec laquelle vous venez de me parler. Oubliez-moi, madame. (initiiez surtout ces paroles, ces paroles dont je rougis maintenant, car vous auriez le droit d'y soupçonner une indigne manœuvre pour surprendre votre pitié. Votre pitié ! Pourquoi ? Ce que je vous ai dit au sujet de mon départ là-bas, fanfaronnade de métier. Nous autres soldats, nous n'avons que le mot se faire tuer, à la bouche. On se fait tuer, ça ne veut pas dire qu'on en meure; remettons les choses en place. Je sais amoureux de vous; malheureusement pour moi, vous êtes une femme honnête, alors, pour changer les idées et secouer les nerfs, je m'embarque et vais parcourir quelques contrées pittoresques, en envoyant des balles aux bons nègres. Mais, ça se fait tous les jours, c'est même la seule façon de coloniser que nous connaissions en France ! Il n'y a dans tout cela rien à prendre au tragique. Gaiment on s'est rencontré; le sourire aux lèvres, on se quitte. Salut à la belle madame Richard comme dit le colonel, et en route pour la gloire ! Adieu, madame.