‹ Les dames du Plessis-Rouge; pièce en cinq actes et six tableauxChapitre 38 sur 139 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

HENRI

Puisqu'il ne s'agit que d'une promenade, vous voudrez bien }r renoncer.

MARGELLE

Vous ne voulez pas que je sorte, ce matin ?

HENRI

La jument grise boite, le cocher a dû atteler un des chevaux bais ; mais comme nous allons chercher ma mère à trois heures avec le landau...

MARGELLE

Eh! bien, après?

HENRI

Vous savez bien que ma mère n'aime pas que ses chevaux sortent deux fois dans la même journée.

MARCELLE

C'est juste, j'oubliais : les chevaux de votre mère ! Je ne vois pourtant pas le grand sacrifice que j'exigerais d'une de ces nobles bêtes, en les priant de me promener quelques instants, quitte à se remettre respectueusement aux ordres de votre mère, dans la journée.

Puisque vous savez quelle importance ma mère attache à ces petites choses, pourquoi la mécontenter?

MARGELLE

Il n'y a qu'à ne pas le lui dire, si vous avez peur que ea la chagrine tant.

HENRI

Je préférerais ne pas vous voir prendre la voiture, ce matin.

MARGELLE

Ah! mon cher, si vous vous mettez sur le pied systé-

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matique de vous opposer à mes moindres désirs, et cela sous les prétextes les plus grotesques!

HE Ni; I.

C'est vous qui vous obstinez bien singulièrement pour une simple promenade. C'est la première fois qu'il vous prend fantaisie de sortir avant le déjeuner, et je ne pouvais pas prévoir de quel intérêt était pour vous cette promenade; c'est pourquoi j'avais risqué une timide opposition; mais, je n'insiste plus.

MARGELLE

Intérêt, intérêt... Que voulez-vous dire? Qu'y a-t-il donc d'extraordinaire, je vous le demande, à ce que j'aie l'idée de me promener aujourd'hui, quand je suis restée toute la journée d'hier ici ? Je voulais pousser jusqu'à Nevers ; j'ai besoin de passer chez ma couturière et de faire quelques petites courses, acheter des gants, que sais-je ?

Du moment qu'il en est ainsi, c'est bien simple. Partons ensemble une heure plus tôt, pour aller chercher ma mère, et vous aurez tout le temps de faire vos courses... à moins qu'il n'y ait pour vous un motif supérieur...

MARGELLE

Ça suffit. Je ne sortirai pas.

Elle enlève avec colère son chapeau, qu'elle pose sur la cheminée. HENRI, allant sonner.

Bien!

MARGELLE

Puisque je ne puis plus dire un mot, risquer un geste, faire un pas, sans m'exposer à des querelles inconcevables, je n'ai plus qu'à me résigner à vivre ici en prison, gardée à vue par vous ou votre mère. Eh! bien, c'est entendu! Mais je ne supposais pas que jamais votre tyrannie en descendrait à tant de niaiserie odieuse!

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