‹ Les dames du Plessis-Rouge; pièce en cinq actes et six tableauxChapitre 72 sur 139 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

elle me charge de la rappeler à votre bon souvenir, madame .

MADAME RICHARD

Ah! et que dit-elle en dehors de cela, votre tante...? rien.

MARGELLE

Non, rien, madame, (au docteur.) Eh bien, parlez, docteur, parlez.

MERLINET, à madame Richard.

Et pas de nouvelles de Paris, madame?

MADAME RICHARD

Nod, l'affaire va venir enfin en cassation; j'attends un mot de M° Carabet.

MERLINET.

Et vous avez toujours bon espoir?

MADAME RICHARD

Si j'ai bon espoir... Ah ça, docteur, supposeriez-vous une seconde que la cour de cassation laisserait passer ce jugement inouï, infâme et idiot?

Mais non, madame, non, certes je compte bien... nous espérons tous.

M A DAME RICHARD

Nous ne sommes plus au temps du courrier de Lyon, j'imagine, il y a encore une justice en France! Cet arrêt de la cour d'assises de Nevers est une chose monstrueuse et phénoménale qui ne s'explique que parla carrière qu'ont pu se donner des jalousies haineuses et des rancunes ignobles de province. Oh ! ces messieurs les jurés, vous les avez vus: une demi-douzaine de crétins, paysans ou quincailliers qui ont voté sans savoir ce qu'ils faisaient, et le reste, des honnêtes industriels ou capitalistes du pays qui ne m'ont jamais pardonné de ne pas m'étre laissé étrangler par eux à la mort de mon mari, et d'avoir fait

de ma fabrique ce qu'elle est aujourd'hui. Ah ' voilà le fils Richard, qu'on non- met entre les mains, ti fils «le c'tte affreuse madame Richard, qui nous a damé le pion à tousl Eh bien ! nous allons lui régler son atfaire à ce gaillard-là : cinq ans de réclusion. Pourquoi cinq ans de réclusion .' Si mon fils est coupable, qu'on le condamne à mort, s'il ne l'est pas qu'on l'acquitte. Pourriez-vous m'expliquer, vous, monsieur Merlinet, vous qui vous piquez d'avoir étudié les aliénations mentales, voudriez-vous m expliquer par quelle suite de déductions fantastiques des magistrats peuvent s'arrêter à cette condamnation de cinq ans de prison, pour un assassinat supposé ?

Mon Dieu, madame, je ne sais pas, moi... les juges posent leurs questions selon leur idée, les jurés, eux, répondent selon la leur..., alors, naturellement, le résultat est quelquefois un peu inattendu.

m AD ami; ki chai; d.

Une condamnation sans la moindre preuve. Le grand argument de l'accusation était cette balle de revolver retrouvée dans le cadavre de l'officier, balle du calibre, paraît-il, correspondant à celui du revolver de mon fils. En voilà une jolie plaisanterie! Est-ce que mon fils a le monopole des balles de ce calibre? Ah ! quelle histoire à dormir debout que celle de ce revolver, déniché par le juge d'instruction, ce revolver, un vieux revolver avec lequel mon fils s'était amusé jadis au tir dans le jardin, et qu'il avait oublié, égaré depuis longtemps. Sans doute quelque domestique,... l'ancien cocher renvoyé, l'avait volé, puis jeté. A-t-on épilogue sur ce fameux revolver jusqu'à ce que l'armurier ait démontré que les deux ou trois cartouches qu'il renfermait encore, l'arme elle-même, tout était hors d'usage, qu'on n'avait pas pu s'en servir! Ah ! tenez, ça fait bondir, quand je pense à ces choses-là! N'en parlons plus.

MERLI.NET.

Oui, madame, il vaut mieux n'en plus parler; car vous

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