ACTE TROISIEME
MADAME RICHARD
Non. Je crois et je dis que si mon fils a tué il a bien fait. Je dis que s'il a menti même à sa mère, pour sauver son honneur, il a bien fait ! que s'il a voulu se taire, il faut que nous nous taisions aussi I
MARGELLE
Vous voyez bien que nous ne pouvons plus rester en face l'une de l'autre.
MADAME RICHARD
Je vois au contraire que vous n'avez qu'à m'obéir et à rester ici.
MARCELLE
Non, madame, je veux partir.
MADAME RICHARD
Et où irez-vous? chez votre tante qui refuse de vous recevoir... Vous savez bien que vous êtes à ma discrétion, que vous n'avez pas un sou à vous, que même vos bijoux m'appartiennent.
M ARCELLE.
Je travaillerai.
MADAME KICHARD.
Quelle plaisanterie! Que pouvez-vous faire? Entrerez vous dans une famille comme institutrice, ou comme femme de chambre? Et en attendant, à qui irez-vous demander asile... à un des camarades de M. de Chasseny ?
MARCELLE
Madame.
MADAME RICHARD
Enfin, de quoi vivrez-vous, si vous ne mendiez pas aux autres l'argent que je vous refuserai, avec quoi paierezvous, là où vous irez,... avec la monnaie courante des femmes de votre espèce ?
100 LES DAMES DU PLESSIS ROUGE M Ai; GEL LE.
Madame ! Eh bien oui, je suis sans force et sans ressources. Je suis en votre pouvoir, je ne lutte plus, je ne résiste plus! Mais, prenez pitié de moi.
M AD A ME RICHARD
Avez-vous eu pitié de mon lils qui vous adorait? Meurtrier ou non, n'est-ce pas de votre Faute s'il a été condamné ? N'est-ce pas votre frivolité, votre coquetterie qui ont développé sa jalousie et qui l'ont accusé ?kCe cadavre qui vous épouvante, ce cadavre, c'est vous qui l'avez dressé entre votre mari et vous.
M A R CELLE
Vous rue torturez.
Vous pleurez de rage, et lui, lui, ne pleure-t-il pas en ce moment dans sa cellule? Ah! Je vous torture, et lui ne va-t-il pas être torturé, supplicié pendant ces cinq années. ? Eh bien, vous, aussi, vous le serez torturée quelquefois, pour peu qu'il vous passe la fantaisie d'en chercher l'occasion, comme aujourd'hui.
MARGELLE
Que demandez-vous ? Que voulez-vous? Qu'on retrouve mon corps, un matin, dans la rivière.